DE LA GUERRE
les uns à main droicte, les autresà senestre; car il est plus aysé à la cavallerle d'aller trouver les gens de pied que non pas eux ceux de cheval. Et si l'assiette du pays porte de loger aussy avant que sa teste , leur sera baillé de gens de pied pour tenir escorte à montera cheval, et quelquesfois trouvera-on un village non loing de la teste, qui sera à propos de loger de la geudarmerie ou chevaux-legers, avecques quelques trouppes de gens de pied qui serviront de garde et vedette à farmée , et donnera advertissement s'il y a quelque chose qui marche; car petite trouppe ne peut enfourer, ny porter grand dommage, et grande trouppe ne marche légèrement, et la sent-on tousjours venir.
Ge sont les règles d'un logement, quî souvent ne peuvent estre toutes faictes comme elles sont designées ; mais il en faut approcher le plus près qu'on pourra, et pourveoir aux deffauts qui y pourroient estre pour les deffauts de l'assiette.
G'est au mareschal de camp de recepvoir les trouppes qui arrivent : jo nme aussy, lorsque l'armée se rompt, c'est à luy de leur donner le chemin qu'ils doivent tenir , ou faire entendre ce qu'ils auront à faire selon l'intention du gênerai , et ce qui aura esté arresté au conseil.
G'est au mareschal de camp à qui se doivent addresser les capitaines pour avoir le mot du guet; car par luy ils pourront entendre ce qui sera différé, soit de la garde, ou du deslogement, ou pour aller à la guerre.
Faut loger les trouppes mesmes des estran* gers desparties des vostres, afin qu'ils n'ayent occasion de se quereller, et mettre des corps de gardes à une et autre nation entre les deux logis pour éviter les querelles.
Faut que le mareschal de camp soit patient en beaucoup de choses. Mais aussy doit -il estre bien exact à faire observer les loys et règles, et à faire punir tes fautes; car il y va du service du souverain , du salut de tous, et de son honneur, pour les inconveniens qui adviennent quand on observe ce qui a esté ordonné et commandé , et mesmes en de petites choses.
Et faut noter que la charge la plus enviée
PAR ANDRE DE BOURDEILLE
et subjecte i la calomnie, et de qui on parle le plus, est le ma eschal de camp; car bien souvent le plus ignorant en veut raisonner.
L'arrMe du sotwemin, ou gênerai, au camp.
Après que toutes les trouppes sont arrivées au camp et logées, le souverain, ou gênerai de Tarmée, doit venir, et pense que nonplustost, afin de neveoyr beaucoup de desordres, insolences et ignorances qui se commettent à l'arrivée des gens de guerre à un camp : et est bon que le gênerai ne les voye, et que les mareschaux de camp et autres chefe qui seront là pour Tassiette et recevoir les forces , fassent entendre combien le gênerai trouveroit mauvais les desordres, afin que, lorsqu'il arrivera, tout soit rassis, et ne fera semblant de sçavoir ce qui est passé.
Estant arrivé au camp , sera bon qu'il aille en premier recognoistre la place de battaille, qui sera derrière Farlillerie, pour monstrer cxempleâunchascun,et recepvoirles capitaines et chefs qui n'auront esté au devant de luy, et qu1l se monstre à tous , afin qu'un cbascun le recognoisse.
Le mareschal de camp, sur le lieu, luy doit foire entendre la commodité ou incommo* diié du logis , les deffauts qu'il y a à cause de l'assiette, s'il y en a, les expediens que l'on a trouvé pour couvrir et remédier à ceste faute , Tordre qui y a esté mis pour les gardes , et les logis qu'il aura fallu faire dehors l'assiette du camp, quelquesfois par oontraincte, afin que le gênerai, y trouvant quelque chose à redire , y puisse augmenter ou diminuer.
Le gênerai doit aller par après à sou logis, et là entendra en quel estât tout est , s'il y a eocor des trouppes à joindre l'armée, si les vivres sont en bon estât, et s'il n'y en a point de fiaute, soit de l'ordinaire, ou des volontaires , quel marché il y en a , sçavoir et veoyr si le pain de la munition est bon et assez pesant, et en faire taster devant luy, faire estât devant un chascun qu'il veut que les soldats soient traictés, s'enquérir comme ils sont logés ^ quelle commodité, parler de la paye, afin qu'il fasse en sorte que les soldats luy soient affectionnés.
Le gênerai remontera à cheval sur l'assiette des gardes pour veoyr les advenues, et se foire desclarer aux mareschaux de camp quelles sont, quel ordre, et , s'il y a des tranchées , les re« cognoistre et sçavoir quelles trouppes sont ordonnées en chascun quartier pour les deffendre.
S'enquérir et sçavoir comment sont logés les gens de cheval , quelles gardes et forces ordon nées pour le guet, bref monstrer estre soigneux de touies choses, encor qu'il fîist asseuré qu'elles fussent très-bien.
Devant le logis ou tente dudict gênerai faut qu'il y aye une place, afin qu'il n'y aye presse à tant de gens qui le vont veoyr, aussy pour la garde de nuict et de jour auprès de sondict logis.
Le lendemain au matin, le gênerai communiquera les principaux chefo de son armée, et en peu de nombre , pour discourir et adviser ce qui est de faire, poiser les forces de l'ennemy avecques les siennes, quels deffouts ils pourront avoir en son armée, et quel sera meilleur de marcher vers l'ennemy, ou Tattendre; et discourir sur le desseing du souverain , soit d'assaillir, ou se deffendre, ce qui peut nuyre à l'ennemy, s'il est en campaigne, tant pour le garder de marcher que pour le couvrir et presser de venir vers vous au combat , si est vostre advantage: et après avoir conféré y faire une resolution; et, s'il ne se peot, la remettre à un autre jour que l'on y aura mieux pensé, et entendu plus amples advis de l'autre party.
L'après-disner faira autre conférence, où il y aura plus grand nombre de gens, à sçavoir les vieux capitaines des gens d'armes assistés d'autres jeunes capitaines de bonne volonté, qui seront debout pour escouter et apprendre, un ou deux autres maistres de camp de gens de pied, pour veoyr ce qui sera prof>osé, debattu etarresté: et quelquesfois, sur la fin du conseil y faire venir les couronnels d'yceux; et à ceste abordée il pourra contenter plusieurs , s'honnoraos qu'ils sont du conseil.
Le jour d'après, s'il est possible, faut faire la monstre et revue de ceux qui ne l'auront faicte , afin que par là il puisse cognoistre quelles forces il a, pour pouvoir là -dessus mieux résoudre à ce (;ui sera defferé , et ab-
DU MANIEMENT DE LA OUËft»E,
Ureindre un châscua et lier la foy atecques arment.
Sera boo « avant que l'armée deeloffe , de faire aaettre tous les gens de guerre en battattle une ou deui fois, comme si Ton vouloit aller au combat, et apprendre à faire eiercer toutea les trouppes à marcher, soit en ayant, ott quelqueèPois , pour gaîgner un advanrage , au coeté, sans se mettre hors des rangs et filets de battaille et ordonnance première. Par là , le gênerai ,les princîpaui cheft, les mareschaui de camp et les maistres de camp rerront les defFauts qui peuvent estre aux régfmens, trouppes ou compaignies particulières , pour y pourveoir; car chascun reçoit ses premiers ad-^ vertisaemeni. Les soldats de toute qualité apprendront â se mettre en ordre de battaille d'eui-itiesmes, et les capitaines, qui ne seront encor du tout tant expérimentés qu'il seroit de besoing, s'ils ont envie de Faire quelque chose de bon, tascheront d'apprendre : car, comme a esté dict cy-dessus , il n'en sera pas temps quand ils viendront au combat ; et ne s'arrester à ce qu'aucuns voudraient dire que c'est monstrer à l'ennemy le dcfFaut qui est en l'armée, et qu'il sembleroil qu'ils Fassent nouveaux soldats. Je dis que les vieux en doivent estre bien ayses, pour rafraischir la mémoire de ce qu'ils auront veu et appris; car toutes choses veullent estre exercées et practtquées ; et Faudra ftiire marcher l'artillerie en Testât qu'elle doit estre un Jour de combat.
Je diray derar<ilierfe qu'il est bon d'en avoir quantité , parce que bien souvent elle sert de beaucoup : et bien qu'aucuns tiennent qu'elle ne fait grand efFet , je suis de leur opinion ; mais peut-estre d'autre façon qu'eux. Je dis que l'artillerie, oà elle donne à plomb, est si furieuse, que nui ne la peut longuement souffrir, et foit desplacer le battalllon où elle donne, ou te Mt venir au combat mal à propos, desavunt, en pensement on en frayeur, et ne peut* on endurer qu'il flisae grand effet.
Le meinement de l'artillerie est un art militaire à part, comme celuy du mareschal de camp , qu'il faut apprendre particulièrement, soit le grand maistre d'ycelle, les commissaires ordinaires et extraordinaires, les canonniers , et plusieurs officiers qui y sont nécessaires : car il y a infinies choses qui consistent â ce
gonvemement et à ref eeuclon , qu*fl ftint ap« prendre de longue main par expérience et exerdeek
En premier , estre libéral de sa vie ; car les plus hardis n'y sont que les meilleurs : et, poni bien servir , but avoir du jugement et tn^ tendement; estre architecte et geometrîen pour cognoiatre les longueurs et distances ; estre ingénieux pour faire dresser les tranchées et loger les pièces et gens qui les gardent et exécutent; entendre aux fontes, alloyement d'ycellea, aux forges, i la charpenterîe, charroy , pour fiiire dresser le remontaige pris pour les ponts , tant à batteau qu'aux autres , auxquels bien souvent il faut mettre la main; l l'art de la conduite du charroy; s'entendre bien à la misne de sapé ; bon financier, afin qu'il ne soit trompé en infinité de despensos qu'il faut faire , mesmes extraordinairement et tout à coup.
Car le grand maistre de l'artillerie , ou son lieutenant gênerai en ycelle, ou particulier d'une bande, doivent estre sufBsans pour re^ dresser les officiers, gens de meslicret conducteurs d'ycelle , et les tiennent tousjours en office de leur devoir , sçachant que leur chef cognoistroit et descouvriroil leurs fautes et imperfections.
Et , pour parler du faîct de l'artillerie sainement, il faudroit en faire un long discours à part , pour la conduite et maniement et exécution d^ycelIe. Bien en sera-il dict quelque chose venant sur l'importante exécution.
Pour le deslogemeni de V armée et forme de marcher, et ce qu'a faut faire aulogis subséquent.
Avant que se résoudre à hire desloj^er l'armée , faut estre adverty de tout ce qui se passe, soit au pays de l'ennemy, si le desseing est d'y entrer , ou s'il est en campaigne.
Et ne faut que le gênerai croye légèrement auxadvis ou persuasions d*autruy, qui font souvent trop haster, mesmes à ceux qu^il ne cognofst; car là où Tennemy est près, il va souvent du péril à loger et plus à desloger, et sur-tout d une retraite : par quoy il Faut bien considérer avant que s'esbranler.
Si l'ennemy est pris et résolu dé donner k
PAR ANt)RÉ DE
bataille , feut que le gênerai , »'ll n'y peut aller, envoyé dc« principaux chefs, avccquea dea inareschaut de camp , visiter Tassiette , aoit pour la donner, ou pour se loger, et qu'ils en confèrent , et consultent enaemble sur toutes choses qui s'offriront , pour le rapporter au gênerai.
Est bon , st l'on n'est pressé, que la première journée que l'armée desplacera soit petite, et qu*au desloger Ton fist mettre l'armée en bat^ taille comme pour aller au oombat , et marcher quelque temps, et puis reeommancer leurohe^ nin, les faire mettre en grosses Mes, et , arri^^ vaut à un quart de lieue près du logis , se remeiire en battailte comme au ptrtir. Les effets desana dictsau séjour de farméelamet^ iront du tout en regle,et apprendront à un diascun ca qu'ils auront à bire pour oe respect.
Âussy, avant que marcher en eampaigne , il hut fiiire entendre aux cheft ce qui aura esté arresté et ordonné , afin qu'ils ne prétendent cause d'ignorance , et les fassent observer, oè sont comprises en cela les loix militaires, comme de se tenir chiscun en son rang, et ne se desbander de son enseigne.
Estant l'armée preste à marcher, se faut bien enquérir du chemin , et ne se fier à un seul guyde ou guydes , car ils se trompent souvent, n'entendant le poids de rarîilierie ny embarrassement du bagage : et ne faut craindre quelqnesfois de s'eslonger d'une demy ou une lieue pour prendre un chemin sec, et faire qu'on pourvoye pour la conduite ayséede l'ar* ttllerie , car elle arreste tout de mesmes , et faire, s'il est possible, qu'il y aye trois chemins, l'un pour les gens de cheval, lautre pour rartillerie et gens de pied, et le tierce pour le bagage, qui est une grande expédition pour marcher et bien aysé à mettre en ordre les battaillons et escadrons, car quand le bagage est pesie mesle , il y a de la difficulté et confusion.
Par quoy il f«ut envoyer, si on a loysir, un jour devant recognoiatre les chemins , ou partyead'yeeux, le plus loing que l'on pourra, par personnage entendu, aveoques un commissaire de l'artillerie et pioniers, pour les faire accommoder, s'il y a des fossés , pour faire les trois chemins suadicts , plua ou moins, aînay que l'on aura le temps et la seureté.
BOORDRILLE. 519
Faut avoir donné advis de bonne heure aux commissaires des vivres du deslogemenl , et leur f%i!rc entendre le chemin que Ton yra,afin d*3r ftiire dresser les vivres : et , si Ton est au pays de l'ennemy, voir s'il leur faudra escorte : car il fiiut sur-tout prendre garde au commancement, à l'acheminement, et garder qu'il n'y en aye faute en une armée, car cela donne mauvaise réputation qu'il y aura des deffauts en d'autres choses, et descourage le soldat , qui souvent est mal advisé et inconsidéré , et est cause de ce qu'il ne doit.
Dès le soir devant que mardier, faut advertir les chefs des trouppes de se tenir prests, et leur donner ou repeter Tordre qu'ils auront â tenir, et à quelle heure ils doivent partir, et, selon cela , l^ire sonner la trompette ou battre aux champs, chaseun à son quartier, sans que les autres ayent à se remuer qu'A l'heure qui leur sera ordonnée : et faut que tousjours, et mesmes quand on est sur un deslogement, il y aye un de la part de chaseun régiment près du mareschal de camp pour entendre ce qu'ils au • ront à faire ; car si tous deslogent à un coup , à sçavoir l'avant-garde , battaille et arrière-garde, ce ne pourroit estre sans confusion , et fout que les dernière donuent temps aux premiers de marcher.
Faut aussyque les compaignies quidebvront estre de guet de jour et de nuict, soyent advertis de partir au temps que les mareschaux de camp marcheront , afin qu'incontinent qu'ils seront arrivés où Ton veut faire Tassiette du camp, on les envoyé repaistre pour après estre plus prests à faire leur devoir.
De mesmes aussy deux ou trois compaignies de chevaux-legers, pour incontinent repaistre à rarrivée de l'assiette, af^n que, quand toute Tannée sera arrivée et empeschée pour se loger et aller au fourrage, lesdicta chevaux-le* gers ayen t;repeu,et puissentaller bastre Testrade au loing , afin d'estre advertyai l'ennemy mar» choit, et garder que l'armée ne aoit surprise, ny les logis qui pourroient estre esearcés ou fburagéa.
Le gênerai de l'armée et les principaux chefs ayant eu la prévoyance de sçavoir si Tennemy est plus fort de cavallerie ou d'infanterie , ou s'il iuy peut venir quelque secours, faudra de* libérer sur ta façon qu'on debvra marcher, et
DU MANIEMENT DE LÀ GUERRE
quel chemin on aura à prendre, selon la cpia- 1i(é des forces de Tennemy; sll est plus fort de gens de pied prendre la campaigne; si c'est de gens de cheval, prendre les coutaux et pays fort , ou mettre un ruisseau à costé pour n'estre enveloppé d'ycelle : et est à noter que communément le plus fort de gens de cheval fait quasy la loyaux autres.
Faut faire estât de partir tousjours de bon malin, afin de loger de bonne heure, pour avoir temps de recognoistre les advenues et assiettes de Tarmée, sçavoir et descouvrir Tennemy, pourveoir aux inconveniens qui pourroient advenir, faire faire des tranchées, et avoir temps d'aller au fourage.
Et est à noter qu*il faut sur-tout éviter, tant que Ton pourra , de ne loger l'armée de nuict ; car il advient plusieurs et tels desordres, que l'armée n'a de ressource de deux jours après, et ne peut-on desloger le lendemain; caria pluspart de l'armée n'a séjourné, dormy ny repeu , et une infinité d'autres incommodités qui ne se voyent quasy point , et sont d'importance. Gomme au contraire, logeant de jour, l'on va aysement au fourage, on trouve des vivres pour repaistre , et s'y logeant de bonne heure, le soldat a temps de se reposer et rafraischir ; et peut-on partir à minuit pour faire une bonne traitte : et ne faut , pour advancer l'armée de demy ou une lieue, loger de nuict ; car l'un en gaigne pour le lendemain trois fois autant. Par quoy les mareschaux de camp doivent solliciter toutes les trouppes et chefs de partir à bonne heure et au temps qui leur sera ordonné.
C'est une chose bonne , honnorable et agréable à Thomme de guerre , et qui donne quelquesfois effroy à Tennemy , de porter les grands estandarts et guydons quand l'armée marche, comme aussy quand il y a trouppes qui vont à la guerre ; car un homme d'honneur ne le veut abandonner , d'autant qu'il a serment , et craint reproche.
Le mareschal de camp doit donner l'heure à celuy qui a la charge des trompettes du gênerai en chef de l'avant-garde, pour sonner boutte-selle.
Et d'autant qu'il faut que le mareschal de camp parte plustost que l'avant-garde ny battaille , et qu'il est près du gênerai et autres
trou|q>es qui ne deslogent quand et luy, fera sonner sa sonodine pour faire monter à cbevai ceux qui doivent aller avecques luy et ses compaignies ; et s'il n'a loysir de partir pour faire quelque depesche ou commandement, ou pour parler au gênerai avant son partement, il envoyera ses trouppes à la place qui est derrière l'artillerie avecques sa cornette , qu'il faut qui soit remarquée., pour les trouver s'il est besoing, ou pour attendre quelque espace de temps qu'un chascun de ceux qui doivent aller avecques luy soient assemblés , comme les compaignifs qui doivent faire le guet le jour et nuict subséquent, les (rois oompaignies dechevaux-legers , les mareschaux de logis des regimens et oompaignies , un commissaire des vivres, et sur-tout un ou deux commissaires de Tartillerie , et des extraordinaires officiera et gens demestier, avecques bon nombre de pionniers pour accommoder les trois sosdicts chemins et ponts qui seront nécessaires de là , où on aura rabillé le jour précédant jusqu^à l'assiette.
Faut qu'il advertisse le couronne! et maistre de camp de gens de pied de Theure de marcher ; et si l'on pense rencontrer l'ennemy, qu'il se fasse bailler cinq ou six cens harquebusien pour le suivre pour les affaires qui pourront advenir.
Après les gens de pied doit marcher Tartillerie et munitions d'ycelle, lesquelles sont accompaignées tousjoure des Suisses qui en ont la garde ; tout du long du train et le gros desdicts Suisses va après, selon leur ordonnance; car il ne leur faut pas guieres apprendre de leur mestier, d'autant qu'ils sont observateura de leurs règles et charges mais leur donner advis de ce que l'on veut qu'ils fassent.
S'il y a avant-garde , c'est chose claire qu'il hui qu'elle marche la première de mesoie ordre.
Quand le mareschal de camp estimera que ceux qui doibvent aller avecques luy seront assemblés, il sortira avecques toutes ses tniuppes hors du camp, où le coronnelledechevaox-legera se doit trouver, et là despartir deux ou trois compaignies des siens, avecques des capitaines expérimentés , qui aillent du costé de l'ennemy I mesme, s'il y en a, par le flanc de rarmée , ou
PAR ANDRÉ DE BOURDEILLE
derrière, en des villes fortes , pour garder que rennemy ne vienne courir sur Tannée , et tenir escorte au deslogement tant que le temps marchera , fiûsant tousjours bonne garde du costé de . Tennemy , jusqu'à ce que Farmée soit logée et le camp assis; ayant tousjours la veue à Tarrière- garde , qui doit serrer le camp afin qu'ils se puissent secourir Fun à Tautre , et que , entre deux , l'ennemy ne puisse courir sur ceux qui marchent , ou donner à Tarmée.
Et si les ennemys estoient si forts qu'il fust crainte qu'ils puissent porter dommage par le costé, ou sur la queue, car s'il est sage il ne se mettra jamais à la teste de peur d'y tomber des despens, faut que le couronnel de la cavallerie légère avecques sa trouppe fasse ce qu'il a esté dict par les trois sosdictes compaignies , afin de tenir tousjours Tannée en seureté et sans allarme ; et pourra faire repaistre la moictié de sa trouppe en quelque village à demy chemin , la bride à Tarçon , et Tautre moictié tiendra cependant escorte pour en faire de mesmes par après , jusqu'à ce que toute la file de Tarmée soit passée sans alarme; car cela destoume grandement les irouppes qui marchent.
Fera reserrer les desbandeurs , picoureurs et fourageurs , le camp marchant, non-seulement pour la seureté d'yceux , et pour le dommage qu'ils peuvent porter en descouvrant Testât de Tannée estant pris , mais pour Thonneur d*yceluy.
Le mareschal de camp laissera personnage de qualité et de ses aydes avecques un de ceux qui auront esté le jour précédant recogaoisti e les trois chemins, dont ils auront desdié celuy qui sera le plus près des ennemys pour la gendarmerie et gens à cheval, et feront prendre à unchascun le chemin qui leur sera baillé, faisant acheminer les gens à pied françois , et puis le train de Tartillerie par le chemin du milieu , chascun à son rang , Tavant-garde la première et à heure dicte , et la battaille de mesmes; et pour le respect de Tarriere-garde , s il y en a, ou ceux qui la feront, leur faut ordonner de ne partir que quand tout^sera acheminé , et presser ceux qui feront les paresseux ou nonchalans, et serrer le camp et marcher en bon ordre; car Part de la guerre porte de donner toujours à la queue de Tennemy, et non
sur la teste, par quoy il fiiQt que le chef aoît bien ad visé, et sa trouppe leste, mesmes si l'ennemy a des retraites près de là.
Et , pour le respect du bagage , faut qu'il y aye un lieutenant de prevost, avecques httict ou dix archers, pour le faire marcher après une cornette qui sera remarquée pour ledict bagage , et yra à la teste , et se mettra sur le chemin qui sera ordonné avecques un trompette pour appeller ledict bagage, et fera suivre par après un chascun, avecques chastiment s'il y a quelqu'un qui outrepasse ce qui sera ordonné , et avoir un de Tartillerie avecques trente ou quarante pionniers pour rabiller quelque pont s'il venoit à s'enfoncer et rompre. Ledict lieutenant de prevost demeurera sur le derrière pour faire acheminer un chascun par ordre; et est à noter que les Suisses veuUent que leur bagage marche devant eux, mais ils ne s'en chargent guieres.
Le mareschal de camp doit avoir avecques luy un prevost avecques des archers pour chastier ceux qui auront ou voudroient outrepasser leurs rangs, pour les inoonveniens que j'ay dicts , et que le guet, comme c'est tousjours sa charge, garde que personne ne sorte du camp que ledict mareschal de camp ne soit acheminé, ou quil ne soit envoyé par luv ou autre supérieur.
Faut que la battaille suive de près Tavantgarde, pour se garder de tomber en des inconveniens qu'on s'est d'autresfuis trouvé pour estre si loing que Tune estoit desfaicte sans le sceu de l'autre, leur faisant tousjours tenir Tordre qui aura esté arresté, pour pouvoir plus aysement se mettre en battaille et se secourir.
S'il estoit possible , ne faudroit laisser aucune place ennemye aux espaules ou derrière ; mais, si Ton est contrainct, il faut pourveoir , à sçavoir de choysir quelque ville, et y mettre des gens qui leur fassent teste, ou fortifier quelque village en belle assiette avecques de bonnes forces, qui tiendra à seureté les vivres et les marchands volontaires qui yront au camp; car il faut que les chefs et mareschaux de camp pourvoyent à toute seureté de Tarmée, voire mesmes de tenir advertis ceux qui yront à la guerre de Testai en quoy ils ont entendu qu'est Tenuemy , et est à noter de ne le suivre par voyesincognues.
DU MANIEMENT DE LA GUERRE
Qttâtid le maresdiAl de camp oominaDcera à ' marcher, dut qall envoyé devant iuy des avant-coureurs, aveeqoes un chef sage, expe^ rifneniê et Iwrdy , afin qu'il puisse rappoi'ter au vray oe qu'il aura veu ou pu apprendre de l'ennemy, etmesmes avoir un grand esgani quand Ton s'approche des forces d*ycel1e, et que le mareschal de camp s'advanee jusques auprès de ses coureurs avecques des capitaines pour consulter et veoyr ce qui est à hire, pour garder que Ton ne tombe en ses embûches , et donner advts è l'armée. Car si Ton y envoyé quelqu'un par faveur qui ne soit expérimente, il rapportera une chose pour autre, en danger de tomber en quelque ruyne , et ne sçaurott estre trop adviséceluy à qui Ton donne charge d'aller devant.
Le mareschal de camp doit avoir cfaoisy demy douzaine d'hommes pour estre près de Iuy, afin que, s'il advient quelque nouveauté en advertir les trouppes qui viennent derrière loy et le gênerai, soit pour advancer, ou pour s'arrester.
S'il y vient nouvelles que Fennemy soit en campaigne et près , l^ut que incontinent il advise de choisir une place pour mettre en battaille l'armée, et encor envoyer recognoistre quel chemin il y a en avant, pour disposer l'armée à marcher , selon les advis que l'on aura et l'art de la guerre : et si l'armée avoit commancé à se mettre en battaille, et qu'il viast nouvelles que n'estoient que quelques trouppes d'ennemys qui se seroient retirées , ne faut laisser pour cela de mettre tout en ordre de battaille, afin que chascun voye que les chei^ sont soigneux et prevoyans, qui les fait entrer en réputation ; de sorte que les soldats pensent que toutes choses yront bien, et marchent en espérance de faire quelque chose de bon de leur costé ; car si le commun des capitaines et soldats n'ont bonne opinion des chefs, ils marchent froidement , et en danger qu'ils prennent effroy.
Le mareschal de camp estant arrivé au lieu destiné pour loger l'armée, doit adviser les oommodités de l'assiette forte, et, si le lieu nommé n'est assez bon, en choysir un autre près de là , comme a esté dict parlant de la charge et office du mareschal de camp pour le logement , et , ayant arresté de faire autre
assiette, en advertir le gênerai et autres chefs , comme dict est.
Et si le mareschal de camp trouve dtfBcnUé à Tassiette, et qu^elle ne se puisse faire plus tost pour quelques considérations , ou qu'il aye entendu nouvelles de l'ennemy, qu'il faut considérer ou attendre d'autres et plusieurs advis, selon que l'occasion s'offrira, envoyera vers le chef de l'advant-garde et le gênerai , Iuy remonstrer qu'il faut qu'il s'arreste jusqu'à ce qu'il Iuy donne autre advis; ce que lesdicts chei^ doivent faire.
Le mareschal de camp , estant arrivé an lieu où il veut feire son assiette , envoyera la moic* tié de deux ou trois compaignies de chevauxlégers qu*il aura mené avecques Iuy au loing, pour sçavoir des nouvelles de l'ennemy, afin d'en estre adverti et n'estre surpris . et Tautre moictîé repaistre pour y aller par après que l'armée sera assise. Si le conronnel de la cavallerie n'a marché avecques Iuy, et s'il y estoît, Iuy donner la charge d'y pourveoir, selon ce que dessus , et faire loger de bonne heure le demeurant de la cavallerie, afin qu'ils ayent loysir de se reposer et repaistre pour servir s'il en est besoing.
Les compaignies des mareschaux de camp, comme a esté dict cy-debvant , ne font point de guet, mais c'est à elles à se tenir en ordre de battaille , la sallade en teste , la lance sur la cuisse, jusqu'à ce que toute l'armée soit arrivée et logée , et le camp bien ai^sis, et que le guet de jour les viendra relever; lequel guet faut qui soit fort le jour que l'on marche , pour résister aux courses de l'ennemy, qu'il pourroit faire espérant que chascun sera empesché à se loger et aller au fourage : et la partie des trois susdictes compaignies de chevaux-legers , ou autres , et qui auront repeu , monteront à cheval pour aller au loing, jusqu'à la nuict, pour donner advis au guet de jour, et aux chefs de l'armée et mareschaux de camp, sll y a ennemys en campaigne, et quelles forces.
Le mareschal de camp ayant ordonné l'assiette de l'artillerie , et le lieu pour se mettre en battaille , les quartiers d'un chascun , sera trèsbon qu'il fasse faire une tranchée à la teste de l'armée s'il n'y a ruisseau, pour les raisons dictes parlant du logis de l'armée; encor que l'on
PAR ANDRE t)Ê BOURDEILLK,
Mit |0 {rtai IbPt , fie le filtre sekm Part et raison ; de il gaerte.
Le nareedial de camp, avecqaes ses compas gomia aydes , se doit tousjours tenir i cheval, pour reonefllfir les trouppes, et leor faire en-» tendre eeqo'ils ont à faire; doit envoyer quelqu'an an-debvant des cheft de l'adfant-^^arde et gênerai de Tarmée, pour leur donner advis que l'assiette est faiete.
Faut ordonner qu'il y aye tousjours une tente à rartillerie pour loger les compaignies qui fe* ront la garde, comme aussy il seroit bien nécessaire mxt quartiers de gens de pied , quand on séjourne ; car il faut que le mareschal de camp et chef ayent Tœil à faire conserver la santé de Tarmée , faire tenir net le camp là où on a séjourné. Par ainsy, il faut que Teau soit à commodité, que les tueries et ventrailles soyent loing des quartiers , faire enterrer ou esloigner les charroignes, qui sont les charges des prevosts de camp, qui doivent avoir quelques pionniers avecques un conducteur pour ceste exécution, et avoir soin des malades, et les faire retirer ou porter aux villes qui seront là auprès, où il faudra avoir ordonné des hospitaux pour les recepvoir et donner à vivre.
Ne doit estre oublié qu'à la teste du bagage doit marcher tout le premier le pain pour la journée, afin d'estre distribué incontinent que les gens de guerre arriveront. Mais il seroit encor meilleur que les gens de guerre, dès le soir auparadvant, Teussent pris pour lendemain, afin de descharger les caissons et les renvoyer . en quérir d'autre : car il Faut estre soygneux de la conduicte, et les commissaires des vivres prevoyans donnent à toute heure advis de ce qui se passe aux vivres, mesmes de l'abondance ou disette, et moyen de le faire venir; car par là Ton advisera de feiire plus ou moins , soit de marcher ou arrester, ou de quelque entreprise.
Le mareschal de camp, entendant que le chef de Fadvant-garde , s'il n'est là , vient , et le gênerai arrivant au camp, se doit trouvera rentrée pour luy faire entendre Testât de l'armée de son assiette, les commodités ou incommodités, la providence que Ton y a mis, nouvelles de Tennemy, s'il y en a , comme il a envoyé pour en sçavoir.
Le gênerai doit , debvant que entrer en son
logis, recognoistre Fassiette de Tannée et le champ de battaille , comme tous autres chefi doivent faire, pour là-dessus conférer etadviser ce qui est à faire.
Après qu'il se sera rasfraischy, et que un chascun sera logé , faut qu'il consulte et advise avecques ses principaux chefs si l'armée aura à desloger le lendemain , quel chemin , et en quel lieu , selon le rapport que luy fera le mareschal de camp de ce qu'il aura pu apprendre; quelle est l'assiette du pays où l'on doit aller, si les vivres y peuvent aysement venir sans danger, et si Ton ne s'csloigne point trop d'yceux; quelle faute II y aura , et au marcher pour la rabiller
Sur l'heure qu'il faudra poser les gardes sera bon que le gênerai monte à cheval, et aille au lieu où est rartillerie pour veoyr marcher lesdicts gardes , que ta pluspart doivent passer par là , et audict lieu s'assembleront les principaux chefis et capitaines; et est très-bon que le gênerai se monstre aux gens de guerre , et se promené par le camp.
Faut que les mareschaux de camp visitent à cest abord les gardes la nuict ; car cela fait tenir les autres par après en devoir, ne sçachant en quel jour et temps viendra le mareschal de camp pour les veoyr et recognoistre : et, quelquesfois, si le gênerai veut prendre la peine d'y aller , il ne sera que bon ; car il fera que un chascun se tiendra eu devoir non-seulement aux gardes, mais en toutes autres choses, sçachant qu'il est prévoyant et soigneux , et donne exemple aux antres de l'estre.
Cest à noter que , despuis quarante ans en deçà , Ton a faict grand estât des pionniers , et s'en est-on servy non-seulement à prendre des villes et à les fortifier, mais à la fortification des tranchées qu'il faut faire en un camp; et quelquesfois s'est trouvé que par tels moyens l'on a gaigné un advantage sur l'ennemy, ou l'on s'est gardé de luy quand il a esté le plus fort , et qu'il a voulu ou pouvoit venir avecques grand advantage au combat ; et fiiut tenur pour certain que lesdicts pionniers sont trèsutiles en plusieurs sortes de façons, et est be* soing d'en avoir bon nombre et les conserver; et d'autant que bien souvent l'on n'en peut recouvrer autant qu'on désire , ou qu'ils se perdent, ou meurent, il yen a qui sontd'advis
DU MANIEMENT DE LA GUERRE
que Ton fist comme les roys prédécesseurs, d*avoir tousjours trouppe de lansquenets, et ne fusse que trois mille, de la moictié ou deux part.s desquels vous vous servez â travailler en tranchées , en leur donnant quelque argent, la iDoictié debvant midy, et l'autre après : et mille font plus de besojgne que ne feront deux mille pionniers, pour estre plus gaillards, estant mieux nourrys et traictés, et outre ce il en advient deux effets : Tun, qu'ils ne prennent argent que le jour qu'ils travaillent , et le pion* nier le prend tous les jours; et, en outre, les lansquenets avecqnes les picques viennent au combat : et serait d'advis que Ton levast moins
de pionniers, qui coustent beaucoup an peuple soit pour leur bailler argent d'advanoe pour les faire marcher, car ils se font achetier au peuple, ou pour les vestir, et encor deux mois de paye ; mais je serais d'advis de prendre Targent de ceste levée pour payer des lansquenets.
Et seroit très-bon de dresser une milice , que nos soldats françois servissent an besoiog, mesmes les pauvres, qni gaigneroient tousjours quelque teston ; car il n'y a rien pire que \t séjour aux soldats, parce qu'ils deviennent nonchalans et yvrognes, jouent leur argent, se corrampent entr'eux et s'anéantissent. Ce des sus est par forme d*advis.
i»»lW^^<»»«^^»»»tl>>H%»%%t(>^(»r»»>ifcirtO»»»»»»%»i»»»»%»»»%»%»%%»»%%> %>»%»<»»%%%%%%%%%%%%»%*%»»»»%»»»»» »»'
LETTRES
DU SKIGNBDR
ANDRÉ DE BOURDEILLE
ALX ROYS CHARLES iX, HENRY III, LA REYNE LEUR MERE, ET AUTRES,
AVECQUES I4EURS RfiSPONSES.
aDYBRTISSBMENT.
En ce présent lîTre lont contenues les lettres que le Sf ifpiieur * de Bourdellle a escrit au roy * , à la reyne inere, et à M. le doc * ; ensemble les respooses de Leurs Majestés, et autres lettres envoyées audict seigneur en Tan plus bas escrit, y mises et insérées par I.D. L. pa.? le ooinmandemenc dudict seigneur de Bourdeille , yîscmnie, baron dudict lieu, seigneur des cbastellenies de la Tour-Blancbe, Archiac, Matas et la Commarcfae, cbevallier de Tordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances , conseiller eu son conseil prité, et senescbal de Perigord.
M. D. LXXIY.
Wtre du roy Charles IX à monseigneur de
BourdeUle,
De La Fere, le 25 octobre 1573.
Monsieur de Bourdeille, je voy la corruption des mœurs s'acroistre et augmenter tous les jours en mon royaume, sans que les remèdes que je m'efforce y appliquer par douceur et sévérité puissent arrester le cours de ce mal , dont je porte un estresme regret pour le désir que j'ay tousjours eu de rendre mon règne heureux à messubjects, qui est la plus glorieuse mémoire que je puisse laysser à la postérité. Je sçay bien que les troubles et guerres civilles ont donné occasion à ce mal ; mais il est aussy aysé A juger que les cœurs mal afFectionnés nourisaent et entretiennent la division : à quoy je de-
I André.
• Cbarles H et an roy Henry Itt.
sire ponrveoir partons les moyens que je pourray, avant que le mal soit du tout incurable.
Et parce que cestuy est intérieur et caché, et que la plus souveraine recepte de le bien cognoistre et sonder est d'observer dilligemmeot ics mœurs et comportemens de mes subjects de chascune de mes provinces , afin que je me rende pleinement informé de ce que je devray faire pour la conservation des bons, et remettre les autres au chemin de leur devoir , j'ay faict eslection de vous à ceste fin pour le pays de Perigord , ayant tousjours eu telle confidence en vostre vertu, et à Taffection que vous avei au bien de mon service et repos de mon Estât, que vous pourrez dignement vous acquitter de cest office , et aurez très-agreable de vous y employer selon mon intention.
Je vous prie doncques, ayant receu ceste lettre , de prendre Toccasion de vous pourmener par ycelluy de ville en ville et lieux principaux, et là vous instruire doucement et le plus dextrement que vous pourrez des comportemens des uns et des autres: premièrement des ecclésiastiques; quel devoir ils rendent en leurs charges, et s'ils sont joqyssants de ce qui leur appartient ou en trouble ; comme se comportent ceux de ma noblesse; les querelles qui peuvent estre entre aucuns d'eux portant conséquence; Tordre qui est en ma justice; ceux de mes officiers qui ont la réputation de bien s'acquitter de leurs charges; quelle inclination a le peuple, et comme chascun vit l'un avecqoes l'autre, et mesmes pour les dissentions qui I ont esté pour le fiiict de la religion. En somme,
LETTRES
notter et observer tout ce que vous jugerez appartenir au bien du repos bublic.
Ce faict, vous disposerez de me venir trovvér à Gompiefi^ne le vingt iesme de janvier prochain, où je délibère me rendre incoatinen^ après mon voyage de Mets , afin de me dire particulièrement ce que vous en avezapprins, et que vous ayant aur ee ouyjeputeaie paurveoîr à ce que se trouvera nécessaire, ainsy que je l'ay délibéré pour le bien et soulagement dç mes sabjecls. Asseuré que je tlendray ce service Tun des plus grands et important que je puisse recevoir devons, et que j'en auraysi bonne mémoire, que vous n'aurez regret de vous y estre employé. Pryant Dieu, monsieur de Bourdt'ille, vous avoir en sa saincte garde.
Escrit à La Fere, ce 25 octobre 1537.
Gharuss.
Et plus bas y FuES.
tjetire du rox Charles JX au mesme .
De Chaloni, le 20 de noyembre 1573.
Monsieur de Bourdeille, combien que je sois asseuré que vous ne ferez faute , en suivant ce que je vous ay escrît par ma dernière, de vous rendre en kna ville de Gompiegne le vingtiesme du mois de janvier prochain, bien et amplement instrorct de tout ce que je vous ay mandé, pour m'en rendre cotnpte par le menu; toutesfois, l'ay bien voulu vous faire ceste recharge , vous pryant, d'autant que vous desirez me faire servit!e agréable, et aymez le bien et repos de vostre patrie, de vous retrouver sans y faillir audict temps en madicte ville, en laquelle j'espère estre alors arrivé avecques la reyne ma dame et mère, mon frère le duc d'Alançon, et les antrrs princes et seigneurs de mon conseil (|ui sont allés conduire mon frère le roy de Pt .ilongne JQsquet sur la frontière de mon royaume; et, sur le rapport que me fairez de Testât des affaires de mon pays de Perigord, donner une bonne et utile provision à tout ce qui sera nécessaire. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.
Escrit à Ghalons, le% novembre 1573.
Gharles.
Et plu^ bas, DE Neufville.
Leiire 4u seigneur de Bourdeille au rox Charles IX,
. Envoyée par U Bejiie , de PeriS««MK , le 13 de mars 1574.
Sqt<,
Le jour du lundy gras , que lès perturbateurs du fQpos public d^ voslre royaume se sont eslevés, j'estois en chemin pour aller trouver VoiM^ealés, suivant les commandemens qu'il vous avoit pieu me faire. Toutesfbis, prévoyant qu'il importoit plus pour vostre service de m'en retourner au pays de Perigord que de parachever mon voyage, 'je mis peyne de me rendre le plus dflhgemment qo^il me fut possible dans la ville dePerigueux, ville principalle dudict pays, oi^ je trouvay tous les babitans en armes, et en bonne dévotion de fous oonserver ladicte ville. Et fus adverty que la ville de Sarlac avoit esté surprise par un capitaine nommé Vivansy comme le seigneur de LÔiae vous a cydevant adverty. Et en mesme instant, pour maintenir et conserver les autres villes, et retenir les seigneurs et gentiUbaqimes d'ycelluy pays soubs vostre obeyssaace, ypourveus en la forme et manière que vous discourrera ce gentilhomme, que j'envoie expressément par devers Vos Majestés, par lequel vous supplie très-humblement , sjrç , me commander ce que j'ay affaire pour vostre service , et employerai vie et biens d'aussy bonne volunté et affection que, sire, j« |irte Dieu vois maintenir en santé trb-lo^giMe et 4rts»heur^iiif vîit
D« Perigueui, c^ 13 loata 1574.
lettre du é^neaf é9 beurdeUie à ta m^
mère
Envoyée par La Beylie, de Pcrigucu?, le 13<l3 mars 1574.
Mapaw,
Pour le dcsîr que j'avols d'obeyr aux commandemens que le roy vOStre SU ©'«* voit faicis par deux lettres, je m'fsiob mis en
D'ANDRE DR BOURDEILLE
clieroio pour aller trouver Ses Majestés. Et enh pesché par les desseins et entreprfnses d'aucuns mutins et séditieux de ce royaume, je n'ay voulu faire faute de faire certain Ses Majestés et les Vostres de Tcstre de ce pays par ce (^gentilhomme , auquel j'ay baillé charge les vous faire entendre au long; par lequel vous supplie très-humblement me commander pour vostre service, auquel me trouverez tousjours autant affectionné que subject et serviteur que le roy ay t en son royaume ; et A tant, madame, je pryeray Dieu vous conserver longuement en santé très-longue et heureuse vie.
De Perigueux, ce 13 mars 1574.
Lettre du seigneur de BaurdeiHe au due
d'Atançon.
Envoya p«r La Beylie» k 12 de murt l^i
MoFttuoNemR ,
Je m'estois acheminé jusques en ma maison de Matas pour m'en aller en cour ; mais, le lundygras estant adverly que aucuns personnages de la religion prétendue reformée s'estoyent eslevés, je changeay d'o- . pinion, prévoyant que le service du roy me commandoit, pour le devoir de ma charge de senescbal de ceste province, de m'en retourner en ycellè, plustost que de poursuivre mon voyage, afin de dilligemment pourveoir aux affaires qui concerneront le service de Sa Majesté, pour après luy faire entendre comme toutes choses se seroyenl passées, et à vous aussy, monseigneur, qui avez telle charge et puissance en ce royaume que le roy de Poulongne avoit, dont je suis grandement ayse, et tous les bons subjecls du roy, pour l'espérance qu'Hs ont que désormais vous mettrez peyne de faire vivre le pauvre peuple de ce royaume en paix, union et tranquillité, lesquels sont si affligés qu'ils n^en peuvent plus, si vous n'obviez aux desseins des perturbateurs du repos commun et public, auquel s'il ne y est de brief pourveu, \e crains grandement qu'il sera difficile de guérir ceste maladie sans grande perte et dommage, de tant que le malcroist dejour à autre. £t si j'avois cest honneur d'estre deux heures
près de vous , je vous dirois des ebosei lesquelles vous trouveriez estranges et malicieusement inventées; de façon que, si le roy, la reyne mère et vous , ny pourvoyez autrement que par le passé, je crains de vous veoyr aussy petits compaignons que moy. Vous suppliant très-humblement, monseigneur, me pardonner si je m'advance à vous escrire tels mots ; car le zele que j'ay à vostre service le me commande , voyant Testât de ce royaume de jour à autre diminuer. Vous suppliant très-humblement, encor un coup, de croire que je le dis pour la très-aFfec(ioni)ée volunté que j'ay aux services de Ses Majestés et Vostre, avecques laquelle \t prie Dieu, monseigneur, vous donner autant de grandeur et prospérité que vous desirez, et vous maintenir en bonne santé très-longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce 13 mars 1574.
m niiw
Instruction à .la Be^iie pour remonstrer au roy.
De faire entendre au roy, ft la reyne mère, ft monseigneur le duc, que le seigneur de Bourdeille estoit party du pays de Perigord pour aller trouver Leurs Majestés : et le iundy gras dernier, heure d'une heure après minuit , avofr esté adverty que, par tout ce pays, oeux de la religion prétendue reformée s'estoient eslevés. A ceste cause, pour la conservation dudict pays, en l'heure mesme seroit party du lieu où il estoit , et se seroit rendu le plus dilligemment qu'il avoit pu en la ville de Perigueux.
Où il avoit trouvé tous les habitans en armes , avecques bonne volunté et affection de la maintenir et conserver soubs l'obeyssance du roy , comme pendant tous les autres troubles ils ont tousjours faict.
Combien ladicte ville soit peu forte, et n^' ayt aucuns estrangers ny gens de guerre.
Et , adverty que la ville de Sarlac avoit esté prise par un capitaine nommé Vivans, afin que autres villes , chasteaux , forts dudict pays , ne fussent surprins, ledict seigneur de Bourdeilte advertit promptement les citoyens et habitans d'yceux de faire bonne garde, et aux lieux fbibles y envoya forces.
LETTRES
Par mesme moyen , piya par lettres les seigneurset genCilshommes dudict pays qui vivent selon la religion prétendue reformée de ne partir de leurs maisons^ comme ils luy avoient promis peu de jours auparadvant en faisant une chevauchée par tout le pays de Perigord , et aussyde ne bailler ayde , secours, ny faveur aux seditieui ; ains qu'ils vivroient en leurs maisons selon ce qu'il auroit pieu au roy leur commander et ordonner par ses derniers edicts, lesquels Sa Majesté desiroit entretenir , quoyque aucuns séditieux et mutins fissent courir le bruict au contraire ; et de ce ledict seigneur de Bourdeille les asseura.
Et en ceste asseurance, les seigneurs de Gaumont, Beynac, Satnct-Geniés , Longa et plusieurs autres gentilshommes ne sont partys de leurs maisons, ne aussy baillé aucun secours , foveur, ny ayde auxdicts séditieux, que ledict seigneur de Bourdeille ayt pu descouvrir et entendre.
Auquel despuis, par plusieurs lettres, ont promis qu'ils ne bailleroient faveur ny ayde auxdicts séditieux et perturbateurs du repos public de ce royaume , et qulls trouvoient très-mauvais ce que par ceux-cy avoit esté faict : par ce , qu*il seroit bon que Leurs Majestés leur escrivissent avoir entendu par ledict seigneur de Bourdeille leurs voluntés , afin de leur augmenter la bonne volunté qu'ils ont d'obeyr aux commandemens du roy.
Aussy , que ledict seigneur de Bourdeille a adverty tous les gentilshommes et bons subjects du roy de se tenir prests avecques leurs chevaux et armes, pour se rendre la part qu'il leur mandera lorsque les occasions se présenteront pour le service de Leurs Majestés, et en attendant leurs commandemens.
Et des autres affaires et prise de Sarlac , qui sont survenus par deçà despuis ledict jour du lundy gras, lediùt seigneur de Bourdeille en eust adverty le roy pluslost , n'en eust esté qu'il estoit asseuré que le seigneur de Losse avoit adverty Ses Majestés du tout , mesmes de ladicte prise; aussy, que ledict seigneur de Bourdeille ne vouloit donner aucun advertissement dont il ne fust asseuré.
Désirant aussy, par mesme moyen , faire ^entendre à Leurs Majestés bien au long en quel lestât estoient les affaires de ceste province , et
l'ordre que ledict seigneur avoit tenu et tenoit pour maintenir les habitans de ladicte province en l'obeyssancede Leurs Majestés ; les asseurant que ladicte ville de Sarlac a esté prise d'intelligence que le capitaine Vivans avoit non seulement avecques ses complices , mais aussy avecques plusieurs habitans de ladicte vilk catholiques.
Faira aussy entendre à Leurs Majestés que le marquis de Trans a escrit audict seigneur de Bourdeille que ceux qui se sont emparés de la ville de Saincte-Foy ont escrit audict marquis de pryer le seigneur de Losse de les laisser vivre en paix en leurs maisons soubs le bénéfice de vos derniers edicts de pacification ; et que telle prière fait présumer ledict seigneur de Boardeille que lesdicts séditieux n'ont pu exécuter ce qu'ils avoient projette en leurs esprits.
Et que le seigneur de Losse a mis à Bergerac pour gouverneur le capitaine Labaume, qui est de la religion prétendue reformée , toutesfois ayant tousjours porté les armes pour le service de Leurs Majestés.
Les habitans de laquelle ville envoyèrent puis peu de jours un citoyen , lequel de leur part auroit promis audict seigneur de Bourdeille que lesdicts habitans ne prendroient les armes, ny ne donneroient faveur, ayde, ny secours à ceui qui estoient eslevés.
Et que ledict seigneur de Bourdeille menoit à Leurs Majestés le seigneur d'Aubeterre, comme il leur avoit pieu commander à sa mère; laquelle Tavoit adverty qu'elle ne pouvoit plus payer la solde de la tierce parlye des soldats destinés pour la garde du chasteau d'Aubeterre, pour ce qu'elle est pauvre, et que le seigneur d'Achon jouyt présentement de tout le revenu delà terre d'Aubeterre. A ceste cause, qu'il plaise au roy mander au seignçur de Ruffoc de bailler moyen à ladicte vefve d'Aubeterre d*eDtretenir lesdicts soldats
Davantage , dire à Leurs Msùestés que le capitaine qui a esté mis par le comte de Goconas dans ledict chasteau d'Aubeterre, a mandé audict seigneur de Bourdeille , ensemble ladicte vefve, qu'il n'entrera homme dans ledict chasteau , si n'est ceux qui sont ordonnés pour la garde d'ycelluy, et qu'ils le conserveront tousjours soubs l'obeyssance de Leurs Majestés.
Aussy, que le seigneur de Losse fait assem*
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
blée de gens de guerre en la ville de La Linde ^ et aussy les seigneurs de Bourdeille et Branthosme, pour s'aller joindre avecques ledict seigneur de Losse alors qui! sera besoing pour le service de Leurs Majestés; et s'il leur plaist de commander audict seigneur de Bourdeille de communiquer ^ le ban etarriere-bandece pays, ledict seigneur aura moyen d'assembler plus de forces : et qu'il plaise à Leurs Majestés de luy en ordonner d'autres , afin qu'il se puisse acquitter de sa charge; car il est entièrement destitué de forces, fors de quelques gentilshommes qui sont bon serviteurs de Leurs Majestés, qui leur font service à leurs despens.
El si Leurs Majestés veulent que ledict seigneur de Bourdeille fasse fortifier ladicte ville de Perigueux aux despens de tout le pays, veu que , si ladicte ville estoit prise, ce seroit la perte de tout le pays; et peuvent vivre ceux de la religion prétendue reformée selon le dernier edict de pacification Et de toutes les susdictes choses qu'il plaira au roy accorder, et ordonner audict seigneur de Bourdeille en pourchasser lettres en forme, afin qu'il puisse suivre ses comroanderoens.
Response du roy Charles IX au seigneur de
Bourdeille.
Envoyée par La BeyVie , le 15 de mars 1574.
M. de Bourdeille, j'ay receu le cayer et procès verbal que m'avez envoyé, bien feict à la vérité, contenant la visite qu'avez faicte es lieux et endroicts de vostre charge , et sur quoy est besuing de pourveoir. Mais, à présent que sont survenus ces remuemens et nouvelletés , je ne vois pas que les provisions que je y pourrais bailler en beaucoup de choses, bien que trèsrequises, y pussent profiter. Par quoy je reserve cela â plus de commodité et opportunité, pour m'arrester à ce qui le plus importe maintenant : et vous diray que j'ay aussy veu le mémoire qui m'a esté présenté de vostre part, qui me tesmoigne vostre grande affection , vigilance et bon devoir dont avez usé pour la conservation du pays de delà , mesmes de ma ville de Perigueux, cognoissant qu'il ne se
"^ Convoquer.
BBANTOMK. 11.
pouvoit mieux ny plus à propos, et selon mon intention , en asseurant et confortant mes bons et loyaux subjects de ladicte ville et antres villes et chasteaux circonvoysins , et faisant toucher au doigt aux gentilshommes et autres delà nouvelle opinion la sincérité de mes intentions. Je loue pareillement la prudence et dextérité dont avez usé pour persuader aucuns desdicts gentilshommes de demeurer paisiblement en leurs maisons, et vivre soubs la grâce et bénéfice de mon edict de pacification, et ne bailler ayde, secours, ne assistance aux séditieux et perturbateurs de mon Estât.
J'escris de bonnes lettres aux seigneurs de Caumont , Beynac , Sainct-Geniés et Longa , pour leur tesmoigner le contentement que j^ay de leurs desportemens, suivant mesmes ce que m'en avez escript , les pryant de continuer : et désire aussy que, de vostre part, vous ne vous lassiez de les y entretenir et tous autres que cognoistrez de telle humeur; les asseurant que de ce je vous ay baillé charge expresse et particulière, et que j'auray tousjours souvenance de leurdicte bonne volonté , que jestimerois encor plus s'ils pouvoient traverser dextrement et empescher l'effect des mauvaises intentions de mes perturbateurs.
De ce qu^avez adverty tous les gentilshommes et mes bons subjects de se tenir prests avecques leurs chevaux et armes , pour se rendre la part que je leur manderais lorsque les occasions se présenteraient pour mou service, vous avez très-bien et sagement faict. La prise de Sarlac et de Saincte-Foy m'a grandement desplu ; ne doublant point au demeurant que la douceur et toUerance dont j'ay cy-devant usé envers d'aucuns n'ayt esté mal employée, et qu'ils n'ayent eu de grandes intelligences et baillé les moyens pour faire de telles surprises. Au moyen de quoy je veux et entends que ceux qui demeureranten mes villes, desquels on aura manifeste cause de se desfier, soyent desarmés, et que on leur oste tout pouvoir et moyen de mal Faire sans toutesfois que on les offense aucunement.
Ce m'a esté plaisir d'entendre la continuation de la bonne et obeyssante volonté de la dame d'Aubeterre , et qu'elle soit résolue de conserver ceste place soubs mon auttaorité, ainsy que d abondant vous dites le capitaine qui y a esté I mis par le comte de Gayasse vous l'a tesmoigoé;
LETTRES
dont je baille advis au seigneur de Ruffec , et luy mande faire tout ce qu'il pourra pour y entretenir ledict capitaine et ses soldats ; ou bien , s'il jugeoit que ceux qui y sont ne fussent suffisans, qu'il y en commist d'autres.
Au reste, monsieur de Bourdeilie, vous estes personnage de tel jugement et cognoissance , que n'ignorez point ce à quoy je dois principallement travailler, qui est en somme , et pour toute fin , de me monslrer tel que je dois, roy, et Favorable à ceux qui me rendront l'honneur, subjection el obeyssance qu'ils doivent; comme au contraire bien délibéré d'avoir la raison de ceux qui se sont tant oubliés , et osent entreprendre contre mon Estât et authorilé , méritant d'estre fort rigoureusement Iraictés et chastiés , puisque la douceur et voye amiable ne ti*ouve lieu en leur endroict.
Ainsy doncques je vous prye de vous faire fort par tous les bons moyens que vous pourrez, en vous joignant , selon qu'il sera besoin , aux seigneurs de Losse , d'Escars, de La Vauguyon , à mon cousin le comte de Ventadour , et autrement vous aydant le mieux et plus vertueuse* ment qu'il sera possible , mesmes en convocquant l'arriére ban ; ce que vous pouvez fiiire d'autant plus facilement qu'estes senesclial du pays : de sorte que j'estime n'estre besoing vous en envoyer autre mandement particulier , pour lequel , en toute advanture , et pour vostre descharge , je veux que la présente vous serve.
J'eusse bien désiré pouvoir vous envoyer des forces d'icy ; mais pouvez estimer et considérer le peu de moyen que j'en ay , si bien que pour ce regard , et pour la fortification de ma ville de Perigueux , aux habitans de laquelle j'escris le contentement que j'ay d'eux , est nécessité esvertuer et ayder des moyens et commodités qui sont sur les lieux , attendant que Dieu me hisse la grâce d'effectuer plus advant ma droite intention.
Ge porteur vous dira le surplus de mes nouvelles , et de ma bonne disposition ^ et combien je voua ayme et estime , suivant la charge que je luy en ay baillée. A tant , ie pryeray Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa saincte garde.
Escrit au cliasteau de Vincennes , le 16 mars 1^74. Gharxbs.
tiipius. oas, DE NEUFnuuB*
Response de la rejme mère eu ftigneur de
Bourdeille,
EDVoyëc par La BeyJle , le 15 de mirt 1574.
Monsieur de Bourdeille, j'avois tousjourt cru que vous feriez bien , et je suis bien ayse d'estre non-seulement en ceste bonne opinion et asseurance , mais encor Tay-je accru par le mérite de vostre prudence et vertu. Le roy , M. mon fils , vous fait response si ample et particulière , qu'estant mon intention conforme à la sienne , je ne vous foray la présente plus longue que pour vous pryer estre asseuré que je seconde ledict seigneur roy mon fils en la bonne volunté qu'il vous porte. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa saincte garde.
Escrit au cbasteau de Vincennes, le 16 mars 1674. Gatheruib.
Et plus bas, DE Nevfvule.
Response du duc d'Alançon au seigneur dû
Bourdeille.
Envoyée par La Be>He, le 15 de mars 1574.
Monsieur de Bourdeille, je suis bon tesmeing du contentement singulier que le roy , mon seigneur et frère , a de vos bons desportemens , et de la prudence et dextérité dont vous avez usé en ces dernières occasions.
Je vous prye bien fort de continuer, et avoir rœil au surplus du contenu de la depesche qui vous est présentement faicte, à laquelle je me remets aussy : vous promettant bien qae , oà l'occasion se présentera devons gratifier, je m*y employeray de très-bon cœur : pryant Dieu qu'il vous ayt, monsieur de Bourdeille, en sa saincte garde.
Escrit au cbasteau de Vincennes, le 16 mars
Vostre bon amy FàAirço».
D'ANDRE DE BOURDEILLE
Lellre du duc d^Mançon au seigneur de
Bourdeille.
Do 17 de mars 1574.
Monsieur de Bourdeille, encorque le roy, mon seigneur et frère, vous mande , par la depesche que vous baillera ce porteur , que ne partiez de delà , y estant vostre présence bien nécessaire , comme je croy qu'elle est , et à la vérité : toutesFois je me conforme â son intention pour vous dire que, vous venant par deçà , je seray fort ayse de vous veoyr. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa saincte garde.
Escrit au chasteau de Vincennes, le 17 mars 1574. Vostre bon amy François.
Lettre du seigneur de BourdêUle au rof
Charles JX.
Envoyée par Le âancet, le 20 de mari 1574.
Sire,
Le seigneur de Losse et moy , avons advisé d'envoyer par devers Vos Majestés le scindic de ce pays de Perigord , qui vous est fidèle et affectionné subject , pour vous faire entendre que ledict seigneur de Losse , par Tadvis et conseil de moy et d'aucuns seigneurs et gentilshommes dudict pays , a ordonné qu'il seroit levé sur icelluy certaine somme de deniers pour la solde àes gens de pied qu'il a commandé estre levés pour vostre service , afin de contenir en devoir les soldats , et empescher que le pauvre peuple ne fust par eux pillé et redutct à plus grande ne-* cessité qu'il est à présent , laquelle est telle que tous les moyens luy défaillent; tellement que la pluapart n'ont de quoy se substanter : et la prinse de Bergerac tes réduit encor eu plus grande extrémité, pour ce que la pluspart des vivres venoient de ce lieu j duquel il ne fout en espérer désormais que tout mal , pour ce que i'ay esté adverty que, despuis peu de jours, le seigneur de Langoyran y est arrivé en délibération de le fortifier ; ce que importe beaucoup
pour toute la Guyenne , pour ce que ladicte ville de Bergerac est en une belle et fertile situation sur la rivière de Dordoigne, par le moyen de laquelle les rebelles de Languedoc et Provance se pourroient facilement joindre avecques ceux du Poictou , Anjou et Bretaigne , veu qu'elle n'est esloignée que de vingt lieues de Montai ban , et vingt-cinq de La Rochelle.
Par ce, sire , je vous supplie très-humMeroent pourveoiràce qu'il ne soit baillé temps auxdicia séditieux de la fortifier ; ains , pour mettre empeschement à ce , qu'il plaise à Vos Majestés ordonner à tous vos Ueutenans qui ont des forces en ceste Guyenne , de venir trouver le seigneur de Losse pour reprendre ladicte ville , et au seigneur de Biron de luy bailler canons et poudres pour eflfiect nécessaires , d'autant que lesdicts séditieux n'ont surprins |iar deçà ville qui importe plus que eelle4d. Ou , si vos lieutenans ne veulent joindre leurs forces avjecques celles dudict seigneur de Losse, qu'il vous plaise envoyer par deçà un prince ou grand seigneur pour commander à tous , pour ce que les forces, estans séparées comme elles sont à présent , ne vous peuvent faire grand service, ains plustost dommage ; car, à la longue, vostre pauvre peuple sera si foulé, qu'il n'aura moyen de vous secourir.
A ceste cause, je vous supplie très-humble« ment , sire , y pourveoir , car Testât de vostre royaume est autre que vous ne pensez , et me donner des forces , desquelles je suis entièrement desnué , fors d'aucuns gentilshommes qui me sont parens et amys, lesquels se tiennent prests pour s'employer à vostre service lorsque l'occasion se présentera , avecques lesquels toutesfois je ne peux exécuter ce que je desirerois pour vostre service , pour lequel je vous asseure que je n'espargneray jamais ny vie , ny biens. Pryant Dieu, sire, vous maintenir en santé , prospérité très-longue , et trèi^ heureuse vie.
De Perigueux « ce 20 mars 1674
LETTRES
Lettre du seigneur de Bourdeiile à la reyne
mère.
Envoyée par Le Sancet, le 30 mars 1574.
Madame,
Le seigneur de Losse , estant arrivé en ce lieu pour pourveoir aux afFaires de ce pays , a esté d*advis d'envoyer par devers vous le scindic d'icelluy, qui vous est fidèle subject, pour vous fiiire entendre sa délibération et estât dudict pays, et principalicment de quelle conséquence est à toute la Guyenne la prinse de la ville de Berf^erac, de quoy j'escris au long au roy; et ay chargé ledict scindic vous faire entendre le tout : qu'est la cause qu'à présent , madame , je ne vous en feray autre discours, mais seulement ftupplieray trës-humblement Vos Majestés de vouloir faire expédier prompt ement ledict scindic , et me commander pour vostre service, pour lequel j'exposeray tousjours vie et biens d'aussy bonne volonté que je vays pryer Dieu , madame, vous maintenir en santé , prospérité très-longue et heureuse vie«
De Perigueux , ce 20 mars 1674.
Besponse du roy Charles IX au seigneur de
Bourdeiile.
Envoyée par le scindic de Perigord, le 7 d'avril 1574.
Monsieur de Bourdeiile , j'ay entendu , par vostre lettre du vingtiesme du précèdent , et par ce que le scindic de Perigord m'a faict entendre , l'occasion pour laquelle le seigneur de Losse, vous, et autres gentilshommes dudict pays, avez esté d'advis qu'il fust levé sur icelluy certaine somme de deniers pour satisfaire à l'entretenement des soldats que ledict seigneur de Losse a fiiict lever : qui a esté principallement afin d'éviter à la foule de nos subjects , et pouvoir, par ce moyen , contenir lesdicts gens de guerre et soldats en la discipline militaire qu'il est requis; ce qui seroit autrement fort difficile.
J'en ay faict sur ce bien au long entendre ma volonté audict scindic, et expédier les provisions
nécessaires , dont je ne vous feray autre plos long discours, et vous prieray seulement re{;arder avecques ledict seigneur de Losse des moyens , tant pour empescher la fortification de Bergerac, que des autres places qui importent au pays , et s'il est possible de les forcer; ne vous pouvant maintenant secourir d'autres forces de deçà , pour m'en trouver si esloigné, et tellement empesché d'ailleurs, qu'il foulque j'y desploye la pluspart de ce que je puis.
Le seigneur de La Valette doit avoir maintenant les siennes prestes. Je luy ay maDdé qu'il ayt à en ayder ledict seigneur de Losse, et tous deux marcher unanimement de si bon pied , que je m'aperçoive de la dévotion qu'ils ont à mon service, dont je ne fais double, et que de vostre part vous ne les assistiez, comme vous avez tousjours bien faict ; ce que je vous prye continuer. Pryant sur ce le Créateur, monsieur de Bourdeiile, vousavoiren sasaiocte et digne garde.
Escrit au boys de Vincennes, le 7 apvrii 1574.
Charles.
Et plus bas» Fucs.
l/^lre du seigneur de Bourdeiile au wy Charles IX ^ pour le seigneur de Saincl-Geniés.
Du 13 de mars 1574
Sire,
Combien je soye très-asseuré de la bonne volonté et affection que vous portezau seigneur Saincl-Geniés , pour le devoir que luy eise$ prédécesseurs ont tousjours continué à voa$ faire très-tiurable service, si est-ce que, envoyant par devers vos Majestés pour les supplier de vouloir bailler en sa faveur Tabbaye de Saulve, de laquelle un sien oncle est despuis peu de jours mort paisible possesseur, je n'ay voulu faillir Vous tesmoigner que Taffotionné devoir que ledict seigneur de Sainct- Génies a eu à vostre service luy a faict ouUyct famille , biens et vie, tellement que son cha$* teau Dayday, qui est en Bearn, y a esté bru>i^« luy pendu en figure, et privé du revenu qnii avoit audict pays de Bearn.
Piir ce, sire, je vous supplie très-humble-
D ANDRE DE BODRDEILLE.
ment, en considéra lion de ses services el pertes, de vouloir bailler en sa faveur ladicte abbaye, afin que à Padvenir il ayt moyen de pouvoir remettre ledict chasteau en son entier , et de continuer le service qu'il désire faire perpétuellement à Vos Majestés ; m'asseurant que telle récompense incitera beaucoup de gentilshommes de vostre royaume , outre ce qu'ils y sont naturellement obligés, à faire le semblable, et suivre les traces dudict seigneur de Sainct- Geniés.
Je ne vous escris pour le présent , sire, aucune chose des affaires de ce pays , pour ce que despuis les dernières que j'ay escrit à Vos Majestés, il ne s'est passé chose qui mérite vous estre escrite, si n'est que le seigneur de Losse, après avoir pourvu au bas pays de Perigord , est arrivé aujourd'huy en la ville de Perigueux, pour adviser ce que y sera besoing et es environs pour vostre service , pour lequel désire exposer vie et biens. Pryant dieu m'en faire la grâce, et vous, sire , vous maintenir en saiucle prospérité , longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce 13 mars 1574.
Lettre du seigneur de Bourdeille à ta reyrie mère pour le seigneur de Sainct-Geniés .
Du 13 de mars 1574.
Madame,
Le seigneur de Sainct-Gcniés envoyant par devers Vos Majestés du roy et vostre, afin de les supplier très-humblement de bailler en sa faveur l'abbaye de La Saulve , qui estoit à un sien oncle, je n'ay voulu faillir vous supplier très-humblement le vouloir gratifier de ladicte abbaye , en rescompense de tant de services qu*il a faict à Sa Majesté et Vostre; mesmement estant asseuré que , à ces troubles , il a oblyé , pour s'acquitter du service quHI vous devoit , personne et biens. L'exécution en figure que les Bearnois firent de sa personne, brusiement de son chasteau Dayday, el privation du revenu quil avoit audict pays de Bearn , me servira de tesrooings. Les autres je les obmets pour n'estre si recens et rcmarcables , aussy que vous en estes très-asseurée. Et telle gratuité, madame,
sera cause qu'il aura cy-après meilleur moyen à vous faire très-humble service, et poussera beaucoup d'autres gentilshommes à l'imiter et à prier dieu, madame, pour vostre santé, prospérité , longue et heureuse vie.
De Perigueux, ce 13 mars 1674.
Response du roy Charles IX au seigneur de Bourdeille pour le seigneur de Sainci^Geniis.
Du 21 mars 1574.
Monsieur de Bourdeille, outre le tesmoignage que vous m*avez rendu , par vos lettres du 13 du présent , de la singulière dévotion du seigneur de Sainci-Geniés à mon service , j'en avoisdesjà bien bonne cognoissance, et volunté de le gratifier, comme ses semblables en tout ce qu'il me sera possible.
J'ay commandé que l'abbaye de La Saulve fîist employée sur les roltes que je verray à la fin de ce mois pour la luy conserver. Les ayant veus, il luy en sera faicte expédition qu'il peut désirer. Partant , je vous prye l'exorter de continuer au mesme zelle qu'il a lousjours eu pour mon service, et, de vostre part aussy, me tenir adverty de ce qui se passera de delà le plus souvent que vous pourrez. Pryant sur ce le Créateur, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa saincte garde.
Escrit au boys de Vincennes , le 21 mars 1674. Charles.
Etplusbas,¥uEa.
xvn.
Lettre du roy Charles IX au seigneur de
Bourdeille.
Envoyée par La Beylle , le 17 de mars 1574«
Monsieur de Bourdeille, j'eusse bien désiré que fussiez demeuré par de là , y estant vostre présence bien requise ; et ainsy le vous mandois par mes dernières , que vous baillera ce porteur. Toutesfois , j'ay despuis advlsé que , si me voulez venir trouver, j'en seray bien ayse, et de vousveoyr. Cependant je prye
LETTRES
Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeitle , . santé , prospérité très-longue , et très^ieoreose
en sa saincte garde. vie.
Escrit au chasteau de Vinoennes , ce 17 mars 1674. Charles.
Et plus bas, DE Neuf VILLE.
XVIH.
LeUre du seigneur de Bourdeilie au rof Charles JX, pour la vefve d'Jubeterre.
EnToyée par un gentilhomnM» le 15 de mare 1574.
Sire,
Je vous ay cy-devant faict entendre, paV le gentilhomme que j'ay depesché vers Vos Majestés, l'afFection que la dame d'Aubeterreet son fils avoîent à vous faire très-humble service, et, pour la démonstration d'ycelluy , m'avoit envoyé son fils pour vous le présenter. Despuis ladîcte dame m*a asseuré par plusieurs lettres de ceste bonne volunté , et qu'elle mettroit toute la peyne et vigitlance qu'il luy seroit possible pour conserverie chasteau d'Aubeterre en vostre oboyssance , pour la garde duquel le comte de Gayasse , passant en ce pays, y ordonna trente soldats soubs la charge du sieur de Ghambrelane: lequel, ne pouvant estre payé de la solde d'yceux en vertu de ta commission que ledict comte luy fit expédier , il a depesché ce gentilhomme par devers vous , sire , afin qu'il vous plaise de authoriser ladicte commission , et vous faire entendre au long le devoir qu'il faict à la garde dudict chasteau ; lequel estant de grande importance , comme Vos Majestés sont très-bien adverties, pour les pays de Perigord et Angolmoys , je supplie très-humblement Vosdictes Majestés vouloir authoriser ladîcte commission , et commander que ledict gentilhomme soit promptement expédié , afin que ladicte place soit mieux gardée , et que ledict sieur de Ghambrelane ayt meilleur moyen d'en faire son devoir , auquel il m'a asseuré qu^il ne manquera.
Au surplus , sire , vous me commanderez ce que j'ay affaire pour vostre service ; et je me sentiray très-beureux d'exposer pour ycelluy et santé et biens : pryant Dieu m'en donner la grâce, et tous maintenir, sire, vostre grandeur,
De Perigueux, ce 16 mars 1574.
Response du roy Charles IX au seigneur de Bourdeilie, pour la dame d'Jubeterre,
Do )6 de man 1574
Monsieur de Bourdeilie , j*ay entendu, par vos lettres du 15 du présent, comme laviscomtesse d'Aubeterre s'estoit disposée deovoyer son fils aisné avecques vous en ceste cour, et la bonne volunté qu'elle a de conserver le chasteau d'Aubeterre en mon obeyssaoce; ce que j*ay très-agreable : vous asseurant que, continuant en ceste bonne volunté, elle me donnera occasion d'avoir ce qui luy touscben en la recommandation qu'elle peut désirer de moy.
Au reste, pour le regard des provisions concernant le payement du sieur de Ghambrelane, et des soldats proposés à la garde de ceste place , je mande au sieur de Ruficc d'y pourveoir , ensemble sur raugmentatioo di nombre d'yceulx , ainsy qu'il verra estre requis pour le bien de mon service ; ce qu'il pourra mieux que nul autre juger % estant sor les lieux comme il est. Pryant sur ce le Créateur , monsieur de Bourdeilie , vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escrit au boys de Vincennes le 26 mars 1574.
Charlis.
Etplusbas,FuïS.
LeUre du seigneur de BourdeUle au ^
Charles IX.
Enroyée par La Beyile, le 3 d'anfl \Sli
SlB£,
J'ay receu les commandemens qu^il a plen à Vos Majestés me faire par vos lettres da 15 du mois passé, suivant lesquelles j'ay ^^^ tenir , par le gentilhomme que je vous avoi$ envoyé , celles qu'escriviez aux seigneurs de Gaumont , Reynac , Sainct-Geniés et de Longa.
D'ANDRE DE BOURDEILLE
eC leor ay Met entendre au long Tostrè voiunté ; lesquels m'ont asseuré qu'ils centinueront tousjours à vous fiiire très-humble service. Et, pour confirmation de ce, ledict seigneur de Gaumont ravoye par devers vous un gentilhomme duquel j'ay senty que ledict seigneur desiroit grandement estre employé: et s'il vous estoit agréable, en pourriez tirer quelque bon service ; car il est seigneur de grande suffisance et honneur, homme de bien, et grand terrien en ce pays.
J'ay aussy envoyé la lettre qu'il a pieu à Vos Majestés e^crire à la dame d'Aubeterre, et, par mesme moyen, faict entendre Tayseet contentement que vous aviez receu d'entendre qu'elle avoit votunté de conserver le chasteau d^Aubeterre soubs votre obeyssance , en laquelle m'a asseuré qu'elle continueroit. Et semblable asseuranee m'a Met te capitaine d u chasteau.
Je tascne , par tous les moyens quMl m'est possible, de retirer tous les gentilshommes et autres de ce pays qui sont de la nouvelle religion de leurs mauvaises conceptions, et remettre en train de s'employer pour vostre service , pour lequel , puis peu de jours, j'ay foict convocquer le ban et arriere-ban de ce pays, auquel peu de gentilshommes ont comparu ; tellement que je suis esté contrainct , pour les occasions qui se présentent , d'employer tous nos parens et amys, desquels j'en ay assemblé deux cens chevaux: et , avecques ccste trouppe, me suis joinct à messieurs de La Vauguyon , qui en ont autant ou plus , ou intention de trouver La Noue, qui est aujourd'huy à Ghaleres , pour le combattre s'il nous est possible ; vous asseurant que n'y espargnerons nos personnes, car je ne trouve la bonne volunté dudict seigneur de La Vauguyon aucunement refroidye à vous faire trèshumble service, combien j'aye entendu qu'il en ayt quelque peu d'occasion pour n'avoir esté couché sur le rolle des compaignies entretenues.
Le seigneur de Limeuil se doit joindre à nousavecques sept compaigniesde gens de pied que le seigneur de Losse luy a baillé charge de conduire , et , outre ce , commission pour commander en son absence , tant à la caval- *erie que infanterie de ce pays de Perigord ;
qu'est entreprendre sur Testât de Maesehal duquel il voua a pieu m'honnorer. Par ce , je supplie très - humblement Vos Majestés me faire entendre sur œ vostre volunté ; et , en ce faisant , si vous avez pour agréable que ledict seigneur de Losse donne à autre en son absence puissance de commander qu*àmoy, à qui , par le moyen de ladicte charge de seneschal en ce pays de Perigord , naturellement l'authorité et le commandement appartient en absence de vos lieutenans , afin que suivant ycelle je me règle désormais comme je désire ; et jamais ne outrepasseray vos commandemens , pour effectuer lesquels me trouverez tousjours prest à y employer vie et biens , pryant Dieu m'en donner le moyen et grâce , et vous, sire , vous maintenir en santé très-longue et très-heureuse vie.
De Perigueux, ce 3 avril 1674.
Lettre du seigneur de Bourdeilie à la reyne
mère.
Envoyée par La Bcylic, le 3 d'avril 1574.
Madame ,
J'ay receu la lettre qu'il a pieu à Vos Majestés m'escrire du 15 de ce mois passé , par laquelle j'ay cognu au doigt l'asseurance et fidélité que vous avez en moy, vous suppliant très-humblement croire que, si vous avez eu occasion cy-devant d'en avoir confirmation par services bons et loyaux que j'aye faicts à Vos Majestés , que je m'efforceray par cy-après de Taccroistre , s'il m'est possible: et, pour ce faire , mes biens et vie n'y seront espargnés: estant bien marryque le seigneur de Losse n'aye cy-devant entendu ceste bonne opinion que vous avez de moy , pour ce qu'il n'eust baillé commission au seigneur de Limeuil de commander en ce pays de Perigord en son absence, comme il a faict: en quoy faisant , il me semble, madame , qu'il m'a faict tort ; d'autant que c'est du devoir et charge des seneschaux de commander en leurs pro« vinces en l'absence des lieutenans de Vos Majestés.
A ceste cause, je vous supplie très-humble-
ment que telle usurpation et entreprinse ne soit tollerée en mon endroict , vu le bon zelle que j'ay à vostre service, et faire entendre audict seigneur de Losse et à moy vostre volunté au retour de ce gentilhomme, auquel ay baillé charge de vous faire au long entendre comme les affaires se passent par deçà. Qui est la cause que, en cest endroict, je pryeray Dieu , madame, vous maintenir en bonne santé, prospérité très-longue , et très-heureuse vie. De Perigueux, ce 3 apvrii 1574.
Lettre du seigneur de BourdeUle au duc d'A^
lançon.
Envoyée par La Beylie, le 3 d'arril 1^74.
Monseigneur,
Jamais je ne fus plus ayse que d'avoir entendu par le gentilhomme que j'avois envoyé par devers Vos Majestés , que vous aviez eu pour agréable Fadvertissement que je vous faisois par mes lettres, comme provenant de celluy qui vous a esté tousjours et sera perpétuellement loyal et fidèle serviteur, ayant voué , et biens et personne pour vous foire trèshumble service. Et de tant que je cognois vostre bonté estre si grande , je ne craindray d'abondant de vous supplier très-humblement d'avoir pi(ié du pauvre peuple de ce royaume, lequel est tant désolé et affligé qu'il n'en peut plus. Et ce faisant, monseigneur, il vous plaise de lascher, par tous les moyens que vous pourrez , de ayder à le remettre ; ce que ne se peut bonnement faire, ce me semble , que par une perpétuelle et asseurée paix et concorde , laquelle vous pouvez sur toute autre chose conseiller, et par là acquérir une réputation de los immortel ; et tout ce pauvre peuple de France sera à tout jamais enclin à pryrr Dieu pour vostre grandeur , prospérité et santé: et aussy ce sera le moyen de fermer la bouche à beaucoup d'imposteurs , qui vous ont voulu taxer d'avoir consenty à chose que de ma part je n'ay jamais pu croire estre véritable, voyant les effects et issues contraires.
Et afin que vous embrassiez de meilleure volunté cesle affaire , j'ay donné charge à ce
gentilhomme de vous faire entoidre an long les misères, afflictions et calamités que les pauvres de ce quartier souffrent à cause des troubles ; lesquels prye Dieu vous donner le moyen et grâce d'assopir , et vous préserver , monseigneur, en santé, prospérité très-loogue, et très-heureuse vie.
De Perigueui, le 3 apvrii 1674.
Response du roy Charles IX au seigneur de
BourdeUle.
Eicrite le 16 d'apTril 1574.
Monsieur de Bourdeille, j'ay veu, par vos lettres du troisiesme d'apvril, l'asseurance que vous me donnez de la dévotion à mon service des seigneurs de Gaumont, Rey nac , Saiuct-Geniés et de Longa , en laquelle je seray bien aysc que vous les confirmiez tousjours , et pareillement la visoomtesse d'Aubeterre pour la conservation de son chasteau en mon obeyssance. Gognoissant bien davantage la peyne que vom mettez à retirer les gentilshommes qui sont de delà de leurs folles conceptions , et les remettre au droit chemin de leur salut, je vous prye ne vous espargner , asseuré que vous ne me scauriez faire service plus signallé, n'y chose plus à Tadvantage desdits gentilshommes, ainsy qu'ils le pourront avecques le temps cognoistre.
Je m'attends bientost d'entendre quelques bonnes nouvelles et exécution de vos forces joinctes à rencontre de La Noue, dont je prye Dieu vous faire la grâce, et que vous puissiez tous me tesmoigner en cest endroict vostre dévotion , dont j'auray toute la souvenance que vous pouvez désirer.
Il ne vous faut mettre en peyne de la charge que vous dites que le seigneur de Losse donne au seigneur de Limeuil pour commander en son absence, au préjudice du pouvoir attribué de tout temps aux bayllis et seneschaux de mon royaume; car, outre que je sçay que ce sont les gouverneurs nais , je vous veux tousjours conserver le lieu, rang et degré que vos mérites et services vous ont acquis. Doncques, et à tant, je vous prie vous reposer sur moy, et continuer cy-après ce que vous avez si bien comroancé, sans que aucune chose vous en puisse
D'ANDRE DB ROURDEILLE.
dcsmouvoir, suivant la dévotion qae vous en avez tousjours eue, à laquelle il n*est besoin adjouster autre chose , si-non que je prie Dieu , monsieur de Bonrdeille, vous avoir ensasaincte et digne garde.
Escrit au boysde Vineennesie 16apvrill574.
GHilLRUgS.
Et plus bas, FiZES.
Et sur la marge :
Monsieur de Bourdeille, je vous prie, si Toccasion de combattre est passée, que vous )>arliez incontinent pour me venir trouver, pour ce que je me veux servir de vous icy.
S'ensuivent les remonstrances faictes au rqjr Charles JX de la part du seigneur de Bour^ deille.
Par luy envoyées par La Beylie à Set Majetrés te tiers d'aTrîl 1574, arec les leiu*es prece* dentef de pareille date.
Premièrement que ledict seigneur , pour rompre les desseings de La Noue , a assemblé au pays de Perigord deux cens chevaux voluntaires des seigneurs et gentilshommes ses parenset amys, en nombre de deux cens; et, a veoques telles forces, s'est joinct avecquesles seigneurs de La Vauguyon et de Pompadour, qui en ont de leur coûté autant ou plus , et marchent ensemblement le long de la rivière de Lisie , pour empescher que ledict l^a Noue ne passe ladicte rivière comme il a délibéré , pour se joindre avecques les forces qui sont à Bergerac, en Garcy et en Agenois.
Et que le seigneur de Losse, ayant esté adveriy par lesdicts seigneurs de Bonrdeille et de La Vauguyon, par plusieurs fois, des desseings dudict de La Noue , ne pouvant se trouver â telle entreprise, aurolt donné au seigneur de iLiimeuil la charge de la conduite de sept enseignes de gens de pied levées en ce pays de Perigord par le moyen dudict seigneur de Bourdeille , et , outre ce , décerné commission audict seigneur de Limeuil pour commander audict |»ays en son absence; chose qui importe beaucoup audict seigneur de Bourdeille, pour ce que c'est desroger, entrer à la puissance et autborité qu'il a audict pays comme seneschal»
lequel, en absence des lieutenans de Ses Majestés, y doit commander, et non autres.
Ce nonobstant, afin que le service de Leursdictes Majestés n'en Fust retardé, il a laissé couler pour ce coup telle surprinse, espérant qu'il y seroit pourveu par le roy.
Par ce, supplie Ses Majestés faire déclaration de son vouloir, et y pourveoir.
Et aussy que les derniers qui se lèvent en ce pays de Perigord pour la solde de ces gens de pied ne soient délivrés, ny les payemens faicts auxdicts soldats que en présence dudict seigneur de Bourdeille , et de son consentement ; veu que les estats du pays , par son moyen et prière , ont conseniy au despartement et cothisation desdicts deniers, non d'autre, et ce pour empescher les larrecinsqui se commettent.
Aussy qu'il ne se puisse faire despartemens désormais de deniers en cedict pays, de quelque nature que ce soit , que ce ne soit en sa présence , pour les raisons susdictes.
Et pour ce que les forces voluntaires ne sont de durée , et que le seigneur de Lx>8se n a en son gouvernement que partie de la compaignie de M. Tadmiral , car il ne peut assembler celles du roy de Navarre et de M. de Montluc , il plaise à Ses Majestés ordonner que celle du seigneur de La Vauguyon demeurera en ce pays de Perigord. En ce faisant , casser partie des compaignies des gens de pied , de tant que le roy en sera mieux servy, et ce pauvre peuple soulagé. Aussy que Ses Majestés considèrent que les deux villes principalles de ce pays sont prinses.
Et que cejourd'huy il a esté adverty que les seigneurs de Terride et Reyme se assemblent avecques ceux de Bearn pour venir se joindre avecques ledict La Noue à Bergerac.
Et que ceux qui sont dans ladicte ville de Bergerac la fortifient ; qui prejudiciera beaucoup à toute la Guyenne ; et , s'ils se joignent ensemble, sera bien difficile de les rompre, combien il y ayt prou de forces par deçà, si cellescy estoient commandées par un prince, ou grand seigneur et aydées de quelque peu d'autres.
LETTRES
Ifittre du seigneur de Bourdeille au roy
Charles IX.
EKHte le 24 4'afril 1574
Sire,
J'ayreceu uoe commission de Vostre Majesté , datée da vingt-sixiesme de mars dernier, pour lever, sur les villes et bourgs de Perîgord, la somme de quinze mille livres. Incontinent Tavoir receue , j*ay faict assembler vos oFHeiers pour dilligemment la mettre à eKecutlen , qui ont advisé que diPAcillement ladicte somme se pourra lever, d'autant que trois des priodpanes villes dudict pays sont prises par ceux de la nouvelle religion , qui sont Bergerac , Sarlacet Essigeac, et le reste du pays grandement mangé et foulé de la gendarmerie. Je leur ay dict , sur ceste rc* moosCranoe , combien vous recepvrlez de des* plaisir de veoyr vostre pauvre peuple tant molesté, mais que, pour la nécessité des affaires de vostre royaume , estiez contrainct vous ayder de ces moyens. Qui a esté cause que promptemeat nous nous sommes mis en devoir d'exécuter vostre commandement.
Et vous asseure, sire, que j'ay tousjours trouvé vos subjects de ce lieu bien affectionnés à vostre très-humble service. Ils envoyent, pour leur particulier, un homme exprès vers Vostre Majesté, pour vous remonstrer que de tout temps, es levées de deniers qui se sont faictes en cas semblables , ils n'ont esté cothisés ny compris que pour une douziesme partie , et que, par le dernier estât , ils y sont pour un tiers; ce qui leur est insupportable. Je vous supplie très-humblement, sire, pour le bon dt^voir qu'ils employent à la conservation de ceste ville , les avoir pour recommandés , et les soulager en ce qui sera raisonnable.
Et pour respondrc à la lettre qu'ay receue de Vostre Majesiéfdu 7de ce mois, par laquelleme commandez d'assister pour vostre service avecques messieurs de Lusse et de La Valette, pour empescher que Bergerac ne se fortifie, je vous ny drsjà adverty par le seigneur de Sainct- Muthieu que, ayant laissé à AngoulesmcLM. de U Vauguyon avecques ses trouppes , et luy
malade , je m'eatois retiré en ee paysaTcequcs les miennes, délibérant de me joindre avec* ques M. de Mooferan. Mais , me trouvant foible pour ce faire , suis demeuré en ceste ville ^ et la noblesse qui m'accompaignoit retirée en leurs maisons, avecques promesse et bonne aaacurance d'estre tousjours preste quand je leur manderay pour vostre service, comme je vous puis asseurer, sire » de leur très-bonne affection et volunté.
Cependant j'ay envoyé devers M. de Monferan sçavoir si son artillerie estoit preste , lequel a trois canons et deux colevrines. Aussy, sire , estant de relour en ce lieu, j'ay sceu que Vi vans estoit party de Sarlac , où il estoit chef, pour aller trouver Langojrran à Bergerac, et que tous deux voulans retourner audict Sarlac, rentrée leur a esté refusée par ceux de la ville, lesquels se sont saisis de la fomme et des enfans dudict Vi vans , et ont rompu ses coffres, penaans trouver le butin qu'il avoit faict dans ladicte ville. M. de Losse, ayant sceu ce discord, est venu d'Agen en diligence avecques quatre cens chevaux pour trouver lesdlcts Langoyran et Vivans en campaigne, qui n'ont voulu attendre , ains ont passé la rivierre de Dourdoigne, et pris leur chemin vers Beauliea en Limosin, où ils tiennent quelques places. Ledict seigneur de Losse les suivant en a tué douze, ou quinze , comme il vous a adverty ces jours passés par la voye de la poste.
C'est tout ce qui se passe pour ceste heure en ce pays, et ne foray faute d*advertir Vostre Majesté de ce qui surviendra à Tadvenir, et obeyray de tout mon pouvoir aux commande* mens qu'il vous plaira me Caire. Pryant Dieu , sire, vous maintenir en très-beureuse et longue prospérité.
De Perigueux, ceS4 apvril 1674.
Letîre du seigneur de BourdeiUe an roy
Charles IX.
Sire,
Eicrice le 6 de may 1574.
J'ay receu la lettre quil vous a pieu ro'escrire du seiziesme d'apvril , par laquelle me mandez que je continue aux seigneurs et gentils-
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
hommes de la religion de ce pays de demeurer en leurs maisons en paix , et vivre suivant vos edicts; ce que je fais: et ceux qui m^ont promis n*ont encor bougé , mesmes la dame d'Aubeterre, laquelle désire de conserver son cbasteau en vostre obeyssance , et de obeyr à vos commandemens. Mais elle n'a pas moyen d*cntretenir Icsdicts soldats pour garder ledict chasteau en vostre obeyssance , comme elle et moy vous avons mandé plusieurs fois, et encor n'a pas deux jours que je vous ay faict une depesche bien ample sur ce subject. H vous plaira y mettre bientost ordre , craignant qu'il y advienne quelque inconvénient.
Il vous a pieu aussy me mander que incontinent vostre lettre veue que je vous allisse trouver, et que me vouliez tant honnorer de vous servir de moy auprès de vous. A quoy je ne fauldray de m'en aller le plustost qu'il me sera possible pour obeyr à vos commandemens« et vous serviray bien fîdellement. Et cependant j'ay bien voulu vous escrire la présente pour vous faire entendre comme les affaires se portent de par deçà.
Après que M. de Losse a esté venu d'essayer combattre Laiigoyran, et le chasser jusqu'à Beaulieu , il s'en est retourné à Sarlac , pensant l'avoir et mettre en vostre obeyssance par douceur, voyant le barbouil qui estoit là dedans entre eux ; ce qu'il n'a pu faire. Et de là s'en est venu en ce lieu pour mettre ordre à l'assiegement de Bergerac ce qu'il veut faire; et est party ledernier jour d'apvril avecques deux cens clievaux, tant d'ordonnance que de ceux qui y sont pour leur plaisir, et s'en est allé trouver M. de Limeuil auprès de Gastiilon , avecques les gens de pied qu'il avoit laissés avecques luy, et de pour là s'acheminer là où sont les trois canons et deux colevrines, et les forces de M. de Monferan, pour aller tous ensemble audict Bergerac.
Je viens de recepvoir toot à teste heure une lettrede luy, par laquelle il me mandeque Langoyran et VIvans sont dans ledict Bergerac qui fortifient fort. Toutesfois, j'ay esté adverly qu'ils ont faict nne petite assemblée à Argentan avecques les viscomtes, et le viscomte de Gourdon eut quelque dispute, disant qu'on luy faisoit tort qu'il n'eust la cliar{];c de commander à Bergerac et en ce pays de Perigord, comme il avoit aocoustumé, et que ledict Langoyran n'y
debvoit point venir commander. Mais ils se sont accordés que ledict Langoyran yroîl commander là debsous le seigneur de Gourdon , et Vivans yroic devers Neyrac, Gasteljaloux et le pays des Lanes commander par delà : et fairont ce qu'ils pourront pour empescher l'assiegement dudict Bergerac, pour l'importance qu'ils ont de ladicte ville. Et si leurs forces s'assemblent pour y venir, je crains bien que M. de Losse ne sera pas assez fort, s'il n'a ayde de ses voysios, et principallement de cavallerie.
A ce que je puis veoyr que vos lieutenans de ce pays ne taschent qu'à nettoyer chascun leur gouvernement ; et n'avez , sire , une ville plus d'importance pour vostre service et pour vostre pays de Guyenne que ladicte ville de Bergerac, et de laquelle Tennemy fait grand estai; car ils la fortifient tous les jours. A quoy il me semble que vous devez mander aux lieutenans pour Vostre Majesté en ces pays d'y aller avecques ledict seigneur de Losse, ou luy envoyer le plus de force qu'ils pourront , parce que vous avez vos pays d'Angoulmois et Limosin qui n'ont pas grandes affaires pour ceste heure , si n'est que Beaulieu en Limosin ; mais, ayant eu Bergerac, on yra après audict Beaulieu.
Voyià tout ce qui se présente pour ceste heure eu tout ce pays icy, si -non que je prieray le Créateur, sire, vous donner très-longue et trèsheureuse vie.
De Perigueux, ce 6 may 1674.
XXVU.
Lettre du seigneur de Bourdeille à ia refne
mère,
Excriie le 5 de may 1574.
Maoaime,
J'ay receu une lettre da dii-septiesme jour d'apvril, qu'il a pieu auroy, vostre fils, dem'escrire,et me commander d'aller le trouver, et qu'il me veut honnorer de se servir de moy auprès de luy. A quoy je ne fauldray m'en aller devers Vos Majestés le plustost que je pourray, pour obeyr à tous ses commandemens et aux vostres , lesquels j'executeray fidellement. Et cependant je n'ay failly faire une depesche devers Vos Majestés pour vous hire entendre en quel estât sont les affaires de ce pays , comme
pourrez veoyr bien aniptcmeiit par la lettre que j'ay escrile à Ses Majpsiés. Je ne vous diray autre chose, si-non que je supplieray toute ma vie le Créateur, madame, vous vouloir donner en parfaite santé, très-longue et heureuse vie
De Perigueux, ce 6 may 1674.
LETTRES
Créateur , monsieur de Bourdeîlle , vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escritau boys de Vincennesie 25apvril 1&74.
Charles.
Et plus bas, Fizfs.
Lettre de la reyne mère au seigneur de
Bourdeilte,
E8critelel7d'apvTil1574.
Monsieur de Bourdeille, nous avons veu, par ▼os dernières, que vous avez assemblé un bon nombre d'hommes pour vous aller joindre avecques les seigneurs de La Vauguyon et Pompadour, qui nous Fait promettre que bientost vous pourrez accouster La Noue avecques ses trouppes, pour les combattre avant qu1l soit joinct. Qui sera bien un des signalés services que vous sçauriez faire au roy M. mon fils, dont je vous prye bien fort, et le Créateur, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escrit au boys de Viocennes le 17apvrîl 1674.
Catherine.
Et plus bas, FizES.
Lettre du roy Charles IX an seigneur de
Bourdeille.
Eflcrite le 25 d'apvril 1574.
Monsieur de Bourdeille, j'ay veu, par vostre lettre du 17 du présent , comme La Noue, vous sentant approcher avecques vos forces, s'est retiré avecques les siennes , ayant repassé la rivière de Boulhonne. Surquoy vous avez résolu de prendre une roule vers Bergerac pour tascher de la rentrer en mon obeyssauce, ainsy que le&eigneurdeSainct-Mathieu m'a faict entendre. Et parce qu'il sVn retourne de là bien instruict de ma volonté et intention sur tout ce que vous 60 pouvez désirer, je ne vous en diray icy autre chose f joinct que je vous ay despuis peu de jours escrit bien au long, et satisfaict à toutes vos orecedentes depeschcii. Pryant sur ce le
Lettre de la reyne mère au seigneur de
Bourdeille.
Eicrite le 25 d*aprril 1574.
Moasieur de Bourdeille, le roy, M. mon fils , satisfait de response à vostre lettre du douziesme du présent par le sieur de Sainct-Mathieu, lequel s'en retourne si bien informé de sa volunté et intention sur toutes choses, que je ne vous en diray icy autre chose, si-iion pour pryer le Créateur, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escrit au boys de Vincennes le 26 apvril 1674.
Catheriiie.
Et plus bas. Vues,
Lettre du roy Charles JX au seigneur de
Bourdeille,
Escrite le 13 de may 1574.
Monsieur de Bourdeille, j'ay veu la difficulté que vous faites que mes subjects ne puissent acquitter les quinze mille livres portées par la commission qui vous a esté cy-devant envoyée, et les remonstrances que vous leur avez faicies en cest endroict, procédant du zelle et affection que vous avez tousjours monstre à mon service; estant bien fasché que je ne les en puis soulager du tout; et le desirerois de bon cœur pour la pitié et compassion que j'en ay. Mais je suis tant surchargé d'affaires; qu'il faut nécessairement qu'un chascun s'efforce de m'ayder à la nécessité, asseuré que, cest oraige passé, je sais en très-bonne volunté de les descluirger le plus qu'il me sera possible.
Vous avez entendu , par mes dernières, que je desirois après que vous aurez poorveu à œ qui se présente de plus pressé de de là , que vous me vinssiez trouver, me voulant servir de vous icy, et vous retenir près de moy. Ao
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
moyen de quoy je tous prie, après que vous aurez satisfaict à ce que vous jugerez plus expédient et nécessaire pour mondicl service, de vous y disposer; advertissant le sieur de Losse, ou le sieur de La Vauguyon , que j*ay commis en son lieu , ayant mandé audict Losse de me venir aussy trouver , de ce que vous jugerez importer mondîct service.
Estant bien ayse que ceux de Sarlac se soient rendus maistres de la ville, et qu'ils ayent refusé rentrée à celuy qui s'en estoit auparadvant saisi, je m'asseure qu'il y sera si bien pourveu, qu'ils ne retomberont en cest accident.
Pour le regard de la commission que vous desiriez pour faire le dénombrement d'hommes capables de porter les armes, c'est chose à quoy il a desjà esté pourveu , et dont j'ny escrit à tous les gouverneurs de mes provinces, partie desquels ont jà satisfaîct à mon intention.
J'rscris au sieur de Ruffec pour ne travailler, le sieur de Sainct-Mesmes se contenant en sa maison suivant mes edicts, et à luy encor du contentement que j'en ay. Partant je vous prie leur faire tenir mes lettres, qui est tout ce que vous aurez à présent de moy, après avoir prié le Créateur vous avoir, monsieur de Bourdeilte, en sa saincte garde.
Escrit au chasteau de Vincennes le 13 may 1674. Charles.
Et plus bas , FïZES.
Letirc de la reyne mère au seigneur de
Bourdeiile,
Escrile le 13 de may 1574.
Monsieur de Bourdeiile, le roy, M. mon fils, .satisfait de response à vos dernières lettres, et désire que, après que vous aurez pourveu de là à ce que vous pourrez juger appartenir au bien de son service, que vous le veniez trouver, ayant faict estât de vous retenir près de luy. Je vous prie de vous disposer à l'en satisfaire, et je prieray le Créateur, monsieur de Bourdeiile, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escrit au boys de Vincennes le 13 may 1674.
Catherine.
Et plus bas, FizES.
LeUre du seigneur de Bourdeiile au roy
Charles IX,
Escrite le 17 may 1574.
Sire,
Je vous avois faict une despesche le cioquiesroe de ce mois, par laquelle je vous faisois entendre ce que se passoit en ce pays ; et despuis ce jour là, est survenu que mardy dernier, environ midy , je fus adverty que le sieur de Puymartin , chevallier de vostre Ordre, beau frère de M. de l^osse, avoit prins et gaigné une des portes et tours de la ville de Sarlac par intelligence qu'il avoit avecques aucuns de ceux qui estoient dedans. Et craignant que ceux de Bergerac, ou autres de leur faction et voisius, eussent voulu secourir leurs compaignons, incontinent j'ay adverty plusieurs gentilshoumies et seigneurs de mes parens et amys qu'ils me vinssent trouver; ce qu'ils firent le lendemain bon matin; et cependant j 'ad vertis deux compaignies de pied que M. de Losse m'avoil laissées pour marcht^r droict vers Montigniac, où j'avois donné le rendez-vous. Et ainsy que je voulois monter à cheval avecques ceste noblesse, pour aller secourir le sieur de Puymartin, je fus adveriy que ladicte ville estoit du tout en vostre obeyssance.
Non content de cela je depeschis un homme, et escrivis audict sieur de Puymartin, le pryant de m'en faire certain ; lequel me fit response telle que pourrez veoyr par un double de sa lettre que je vous envoyé. Et, voyant qu'il n'avoit point besoin de forces, j*ay donné congé aux seigneurs et gentilshommes que j'avois assemblés, de se retirer en leurs maisons, afin de leur esviter despense, et pour le soulagement de vostre pauvre peuple. Tous lesquels m^ont asseuré que toutesfois et quantesqueje leur manderay pour vostre service, ils ne fauldront à venir; vous asseurant, sire, qu'ils y vont d*un fort bon zelle.
Et, ayant receu ladicte respon.se dudict sieur de Puymartin, je luy ay dereschef envoyé un homme pour sçavoir plus amplement la ve* rite et confirmation de .sa dernière lettre ; lequel
LETTRES
me fit autre réponse, comme pourrez veoyr par une coppie que je vous en envoyé, par laquelle oognoistrez ceux qui sont dans ladicte ville pour vostre service. Et me semble, sire, que leur devez escrire , et entre autres audict sieur de Puymartin, qui est cause de la reprinse de ladicte vîlie. et est homme de service : et aussy un nommé Prouhet, lequel fit Tentreprise avecques ledict sieur de Puymartin, qui demande la confiscation et amende de vostre lieutenant de Sarlac, qui fut cause de la reddition dudict Sarlac la première Fois aux huguenots ; ce que me semble que vous la luy devez octroyer, et, en ce fiaisaut, sera une bonne occasion que tous , cognoislront qu'avez envie de rémunérer ceux qui vous fout service. l>e sieur de Losse a esté adverty du tout , afin d'y mettre ordre.
J'ay receu cejourd'huy une lettre de luy, qui à Tonneins , datée du treiziesme du présent mois, par laquelle il me mande que le sieur de 1^ Vallette et luy sont joincts ensemble avecques Tartillerie, pensant que ledict Tonneins voulust tenir ; mais tous ceux qui esloient dedans se sont retirés à Gleyrac; et les sieurs de La Vallette et de Losse s'en vont devers ledict Gleyrac avecques leurs forces , et , Payant pris s'en viendront devers Bergerac. Toutesf6is» j'eusse bien vonlu que ce ftist esté plustost, parce que Langoyran fortifie le plus qu'il peut ledict Bergerac, et, à ce que je puis veoyr, il coustera bon devant qu'on Taye : et vous importe beaucoup, et à ce pays-cy, comme je vous ay tousjours mandé. Et si vous me eussiez mis une compaignîe de gens d'ordonnance en ce pays, je eusse bien empesché que vos ennemys ne eussent pas faict ce qu'ils ont faict et qu'ils font tous les jours.
Sire, il y a un gentilhomme nommé Beaulieu, qui passa il y a huict jours en ceste ville, et s'en alloît à Montauban, devers M. de Terrides pour vostre service, estant en assez bon équipage ; et le lendemain qu'il fut party d'icy , il me vint trouver tout desvalisé, et me dit que ceux de Bergerac l'estoyent venu prendre en son logis, et ne luy avoient rien laissé. Ce nonobstant, il estoit requis et nécessaire qu'il paraclievast la nuict son voyage. Quoy voyant, mesmes de tant qu'il estoit question du service de Vostre Majesté , je i'accommodîs de cheval
et d'argent. Qu'est la cause , sire, que je vous envoyé ce présent porteur, pour vous faire entendre ce que dessus, et autres choses que je luy ay donné par mémoire. Vous supplyant très-humblement me mander vostre volunté, afin que je l'accomplisse de poinct en poinct fidelliement;et le feray d'aussy grande affection que je prie Dieu , sire, qu'il maintienne Vostre Grandeur en bonne prospérité et très-longue vie.
De Perigueux, ce 17 may 1674.
Lellre du seigneur de BourdeUle à la rfyn&
mère.
Escrite le 17 de may 1674.
Madâsie,
Despuis la dernière depesche que je vous fis le cinquiesme de ce mois, concernant ce qui se passoit de par deçà, estant despuis venu nouvelle occasion de vous fiaire entendre en quel estast sont les affaires de ce pays , j'ay bien voulu depescher ce gentilhomme présent porteur pour vous en faire certaine; teqoel vous discourra bien amplement sur le tout. Et aussy vous pourrez veoyr, par la lettre que j'escris au roy, l'estast de toutes choses. Et là dessus, madame, il vous plaira adviser qu'est-ce que je dois faire , afin que je mette peine d'exécuter fidellement vos commandemens selon vostre voluaté. J'adjousleray en ce faict l'affectionné désir qu'ont une infinité de gentilliommes de ce pays au service de Vos Majestés, afin que vous ne doubliez, madame, que tous n'employons de bon cœur nostre vie et ce qui en dépend pour ce faire. Sur cela, je feray fin, pryant Dieu, madame, qu'il maintienne Vostre Grandeur en toute prospérité, très-heiu*euse et longue vie.
De Perigueux, ce 17 may XSIA.
D ANDRE DK BOURDEILLE.
Lettre du seigneur de Bourdeille au duc d'A-
lançon,
Eicrite le 17 de may 1574.
MONSEIGNECK ,
Parce que le roy m*a commandé expressément que je ne faillisse de Tadvertir de ce qui se passe en ce pays concernant son service, je n'ay voulu faire faute à depescher ce gentilhomme présent porteur, comme il vous dira, et comme pouvez veoir par la lettre que j'escris à Sa Majesté. Qui me gardera vous en faire plus longs discours, si-non que, incontinent qne ledict porteur sera de retour, je ne fauldray d'aller vers vous pour obeyr à vos commandemeus. Et mettray toutes les peines qu'il me sera possible pour les accomplir : et par là oognoistrez que je n'espargncray ny ma vie ny mes biens pour ce faire. Par quoy, monseigneur, je vous supplleray très-humblement me tant honnorer que de le croire. Sur cela, je prie Dieu , monseigneur, qu'il vous donne la puissance de maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, heureuse et longue vie.
De Perigueux, ce 17 may 1574.
Mémoires bcdiléê à La Beyliê, pour faire entendre de remonstrerau roy ce que dessous^ de la part du seigneur de Bourdeille,
Envoyéi à Sa Majesté le 17 de may 1574.
Et premièrement , que ledict seigneur de Bourdeille, ayant entendu que le seigneur Puymartin avoit surprins une des portes de Sarlac et une tour , il avoit assemblé promptement plusieurs gentilshommes , ses parens et amis , pour le secourir, et mandé à deux compaignies de gens de pied qn*avoîent esté laissées par le seigneur de Losse en ce pays , de se rendre promptement en ladicte ville de Sarlac. Et, estant prest de monter à cheval, fut adverty qne iadicfe ville estoit entièrement en Tobeyssance de Sa Majesté ; que fut la cause qu'il fit retirer lesdicts gentilshommes , affin de soulager le penpie , et envoya par devers ledict seigneur
de Puymartin par deux fois , pour entendre comme toutes choses s'estoyent passées; lequel luy fit response telle que Sa Majesté pourra voir par les doubles des lettres dudict seigneur de Pujrmartin.
Aussy a esté adverty que plusieurs de la religion de ce pays , qui n'estoyent partis encore de leurs maisons depuis quinze jours en çà , sont allés trouver La Noue pour tous ensemble s'efforcer de combattre monseigneur de Montpencier.
Et , au contraire, partie des gentilshommes de Xainctonge , entre autres les seigneurs de Guitinieres , des VergnenI, Joazac, Montandre le jeune , Russin, Fontaines et Mouzac, se sont retirés en leurs maisons, en delibei'ation de ne suivre plus ledict La Noue, ains de vivre désormais en leursdictes maisons selon la voluntédu roy, et soubs le bénéfice de ses edicts ; auxquels Sa Majesté advisera s'il sera bon qu'il leur escrive pour les retenir en ceste benne volunté , en laquelle les gentilshommes , qui avoyent promis cy-devant andict seigneur de Bourdeille de ne partir de leurs maisons, ont persévéré despuis, tellement qu'ils luy ont confirmé ladicte promesse par plusieurs fois.
Aussy que, le quatorze du présent mois, le seigneur de Puyderogers , ayant esté adverty qu il passoit environ cent huguenots près de sa maison de Sainct-Almere , accompaigné seulement de vingt-cinq hommes , les chargea eu ung village appelle Sainct-Geyrac, où il fut à la seconde charge extresmement blessé ; et un gentilhomme de ceux qui estoient avec luy , nomiué le seigneur Labalue , homme de maison et de bonne espérance , y fut tué d^une harquebusade , et trois soldats des leurs , et plusieurs blessés. Et du costé desdicts huguenots y en demeura six ou sept; lesquels, se voyant chargés de telle furye, bien que la partie fost mal faicte , deslogerent de tel effroy dudict village de Sainct-Geyrac, qu'ils y laissèrent une charge d'eschelles de trois qu'ils conduisoient pour surprendre quelque place de ce pays, ensemble y laissèrent beaucoup d*autre bagage.
Faut aussy remonster que lesdicts huguenots fortifient bien fort la ville de Bergerac , et, pour ceteffect, contraignent les paysans, de trois et quatre lieues des environs , d'aller
travailler à la fortification dadict lieu : ce que ledict seigneur de Bourdeille eust empesché 811 eust près de luy une compaîgnie de gens d'armes , laquelle feroit beaucoup plus de service en une heure que le grand nombre de compaignies de gens de pied qui sont levées en ce pays ne sçauroient faire en un an ; car la pluspart ne sert que de manger et fouler le pauvre peuple. De façon que si lesdictes compaignies ne sont payées et disciplinées autrement , les recepveurs ne pourront eslre payés par deçà des tailles pour Textrcsme pauvreté en laquelle la pluspart des habi(ansde ce pays sont reduicts. A ce moyen seroit bon que le roy y pourveust . car le seigneur de Lusse a seullement avecques luy une partie de la compaignie de monseigneur l'admirai , et ne fait aucun estât de celle du roy de Navarre.
Davantage , ftiira entendre à Sa Majesté que le sieur de Beaulieu , s'en allant , par son commandement , à Monteauban parler au seigneur deTerrides, fut desvalisé de trois chevaux et de deux cens escus, en un lieu appelle Sainct- Brieux, par les huguenots de Bergerac. Et affîn que le service de Sa Majesté ne fust retardé, ledict seigneur de Bourdeille accommoda ledict de Beaulieu d'argent et chevaux, comme ledict Beaulieu en escrit bien au long à la Reyne.
Pareillement sera remonstré à Leurs Majestés que le sieur de Bourdeille Fust allé trouvé M. de Monipencier à Fontenay, suivant le commandement que ledict seigneur luy avoit faict, n'eust esté qu'il attend de jour à autre le retour du seigneur de lx)sse pour aller assiéger Bergerac, lequel luy a mandé de tenir prest la noblesse de ce pays à cest effect.
En outre qu'il plaise au roy avoir esgard à ce que le seigneur de Bourdeille , puis le renouvellement de ces troubles, a supporté tous les frais qu'il a fallu taire en ce pays pour assembler sa noblesse et gens de guerre , entretenir espions , messagiers et autres choses nécessaires pour le service de Sa Majesté. A ceste cause , qu'il luy plaise donner moyen, afân qu'il puisse continuer comme il désire de ny espargner vie ny biens.
Qu'il plaise aussy à Ses Majestés d'escrire aux seigneurs de La Douze , de Puyderogers , de Montanceys, de Las Goust, de Restigniacs ;
LETTRES
de Garlus et de Goustures , qui sont gentilshommes fort affectionnés au service de l^urs Majestés , lesquels , pour cest effect , sont ordinairement en la compaignie du seigneur de Bourdeille, aftin de les accourager à continuer cest assidu service.
Et honnorer tant les seigneurs de Montanceys et de Goustures que de bailler son ordre ; et de tous les susdicls articles faire respon>e audict seigneur de Bourdeille.