‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 98 sur 119 · XXX IX · texte numérisé non relu

XXX IX

Mémoire à La Be/lie de remoiistrer ce qui s'ensuit à la reyne mère , de la part du seigneur de Bourdeille.

Premièrement , que le dimanche d'après la Pentecoste, ledict seigneur de Bourdeille fut adverty de la mort du feu roy, estant en ceste ville, ayant avecques luy plusieurs seigneurs et gentilshommes qui luy avoient faict ce bien de le venir veoyr. Il les fit appeller, ensemble messieurs de l'église et de la ville, leur remonstrant la perte que nous avions eu de la mort du feu roy, et que nous en avions un autre vray, légitime et successeur de la couronne, amateur de ceste France, et désireux du repos public, comme il a faict cognoistre plusieurs fois par les victoires qu'il a obtenu de tant de belles baltailles ; qu^est le roy dePoulongne, lequel est à présent nostre roy.

Tous d'une voix promirent audict seigneur de Bourdeille de garder leur ville en sa subjection et obeyssance, comme à leur vray et légitime roy, et Tasseurerent qu'ils ne luy fauldronl jusqu'à la dernière goutte de leur sang, M. le viscomte d'Orte y estant présent et aussy M. l'advocat gênerai du roy au parlement de Toulouse, qui estoit venu de prison. Ledict seigneur de Bourdeille en a faict autant en la ville de Sarlac , les habitans de laquelle luy ont faict pareille response. Il plaira à Sa Majesté de leur escrire, afin de les faire continuer en ceste bonne volonté.

Remonstrera aussy que, incontinent que ledict seigneur de Bourdeille eut entendu que les sieurs de La Vallette et de Losse avoient mis en routte les viscomtes et leurs trouppes , estant adverty qu'ils vouloient passer au pays de Sarladois,il manda plusieurs gentilshommes de se trouver à Montigniac , là où il se trouva cin({uante ou soixante gentilshommes. Et estant illec assemblés , ledict seigneur de Bour^ ' deille leur fit pareille remonstrance qu'il avoit

LETTRES

faicte esdictcs villes de Perigueux et de Sarlac. Lesquels tous d'une voix firent response qu'ils employeroient leurs vies et biens pour faire très-huDible service au roy comme ses bons subjects , mesmes les seigneurs de Rastigniac qui y estoient, et lesquels sont tousjours prests avecques trente ou quarante chevaux de leurs amys, quand ledict seigneur dcBourdeille leur mande pour le service du roy.

Il avolt pieu au feu roy de donner aux seigneurs de Rastigniac Tabbaye de La Ghastre en la faveur du roy présent ; laquelle abbaye est de grande conséquence pour ce pays ; par ce , il plaira à la reyne de leur escrire et commander qu'ils la gardent bien^ et n'en bougent jusqu'à la venue du roy.

Âussy faut remonstrer à Sa Majesté qu'on laissera faire la récolte des Aruicts autour de Bergerac, aussy bien comme on a laissé fortifier la ville, et que les ennemys prennent tousjours quelques petits forts. Et si on n*y fait autre chose que ce qu'on fait , on cognoistra avecques le temps combien importe ladicte ville de Bergerac par toute la Guyenne, comme lediet seigneur Ta mandé par plusieurs fois audiet feu roy , et demandoit une compaignie de ses ordonnances pour empescher qu'ils ne courussent point si près de luy : remonstrant que le sieur de Losse n'avoit point de compaignie en ce pays, et que ceux de Bergerac viennent tous les jours courir jusques auprès de ceste ville : ce que ledict seigneur de Bourdeilleempescheroit s'il avoit quelques forces. Par quoy , il plaira à Ses Majestés luy en bailler , ou luy donner congé pour s'en aller; car il y a quatre mois qu'il est en ceste ville, et afaict toutce qu'il a pu pour conserver tout ce pays, et pour foire vivre tout le monde en paix ; mesmes ceux de la religion , qui luy avoient promis ne bouger de leurs maisons, ne bougent encor, et luy ont promis dereschef puis peu de jours ne bouger point.

Plus , remonstrera à Ses Majestés comment , quinze jours avant la mort du ffeu roy ledict seigneur de Bourdeille , voyant que les seigneurs d'Âubeterre et d'Achon se préparaient pour faire des assemblées l'un contre l'autre afin de faire la récolte des fruicts de ceste année de la baronnie d'Âubeterre , et , voyant que cela seroit préjudiciable au service de Ses

Majestés, et au feulement du peuple, il s'advisa d'escrire à M. de Ruffec, et luy demanda qu'il troavast moyen de faire ocxidescendre ledict sieur d'Achon en accord , et que de sa part ledict sieur de Bourdeil le se ass^iiraitde faire venir ceux d'Aubeterre à raisqn , luy remonstrant les inconveniens qui en pourroient advenir en son gouvernement. A quoy ils avoient tant faict, qu'ils les avoient «ocord^ pour œste année.

En ce que la dame d'Aubeterre doit mettre le chasteau dudict lieu entre les mains du roy , ledict seigneur de Bourdeille supplye humblement Ses M^estés de le luy donner en garde , et il y mettra un gentilhomme de bien et d'honneur, pour garder fidellement ledict chasteau en son obeyssance. Et si SaM^ûesté octroyé ceste requeste, il luy plaira bailler commission pour l'entretenement de vingt-einq hommes , leur capitaine et lieutraant, sur toute la tem dudict lieu d'Aubeterre et cirooevoisins , ou autres lieux que bon semblera à Ses Majestés. Aussy faut avoir une autre commission pour faire payer les arrairages au eapilaine Gbambrelane de ceux qui n'ont pas voulu payer. Et, par ce moyen, ledict chasteau d'Aubeterre sera tenu et observé en l'obeyssance deSes Majestés.

Davantage remonstrera comment ledict seigneur de Bourdeille a entendu que Sa Majesté a escrit à M. de La Vauguyon et à messieurs des Gars et de Pompadour , de s'ea alkr trouver le seigneur de Moatpencier; que sera cause que beaucoup de gentilshommes, tant du pays de Perigord quedeLimosin,s'eDyrontaveQqucs eux; et, par ce moyen, lesdicts pays demeureront desnués de forces : et sera bien aysé aux ennemys de faire la recolle des fruicts , vea qu'il ne demeurera pas un seul homme à dieval en tout ce pays de Perigord pour les en empescher.

Quant aux seigneurs et gentilshommes de ce pays , ledict seigneur de Bourdeille les rassemble souvent , quand les occasions se preseor tent , pour le service de Leurs Mijestés ; mais sont gens voluntaires qui ne peuvent tousioois demeurer ensemble ; et , dès quMls sont retirés en leurs maisons, les ennemys tiennent ta campaigne, et y sont à ceste heure de telle sorte. qu'il ne faut point que le roy s^attende de lever que bien peu de tailles , ny estre payé de

D'ANDRÉ DE ^OUBDEILLE.

ses décimes ; s'il n^ est mis autre ordre, parce que lesdicts ennemys tiennent et occupent tous les bénéfices de ce pays. A ceste cause, il est fort nécessaire d'y envoyer deux compaignies de gens-d*armes pour esviter ce que dessus.

Aussy remonstrera à Ses Majestés que le fils aisné d'Aubeterre est tousjours avecques ledict seigneur de Bourdeille, et que, de la part de Langoyran , luy a esté parlé de la trefve pour ce pays, comme ce présent porteur dira.

Finablement, que le seigneur de Losse est devers Sarlac , et a prîns deux ou trois petits forts que les ennemis tenoient là autour. Et que ledict seigneur de Bourdeille attend sa venue en ceste ville, pour mettre ordre et trouver moyen d'empescher que les ennemys ne fassent la récolte des fruicts; mais ils n'ont pas grand moyen de ce faire. Plaira à Ses Majestés de commander audict seigneur de Bourdeille ce qu'il a affaire pour leur service.

Letire du seigneur de Bourdeille à la reyne

mère,

Enroyée par U Beylie , le 26 de juin 1575.

MiUliBiE,

Le dimanche d'emprès la Pentecoste , je fus adverty du malheur qui estoit advenu à ceste pauvre France pour avoir perdu un si bonroy, vostre fils , qu'elle se sent fort désolée. Aussy avions-nous espérance, comme nous le voyions du tout ardent et affectionné, suivant en cela vostre bon advis et conseil , de y mettre une telle paix et union, qu'en bref nous eussions eu tousjours occasion de nous contenter.

Toutesfbis, madame, on dit, en commun proverbe , qu^après tant de pertes et malheurs qu'il plaist à Dieu nous envoyer, il tourne son ire, nous regardant d'un œil de pitié et misericTorde, et nous remet en prospérité, comme il noos sera tesmoigné , s'il luy plaist, à Tadvenement du roy de Poulongne, vostre fils, nos- }re vray et légitime roy, lequel a par tant de fois donné expérience de sa grande providence pt vertu ) que nous n'en pouvons espérer que mot bien et repos en ce pauvre royaume, lequel a très-grand besoing de sa venue. Et en l'at-

tendant , je luy voue, comme à mon roy , tout le fidèle service et obeyssance que doit un bon subject. Et vous, madame, je vous recognois comme la mère de mon roy et régente ; supplyant très-humblement Vostre Majesté de me commander ce que je dois faire pour m'acquitter du fidèle service que je vous dois.

Et pour vous faire entendre comme toutes choses se passent de par deçà , le jour mesme que j'entendis la mort du feu roy voslre fils, je appellis messieurs de l'église , de la noblesse et de la ville, leur desclarant nostre commune perte, et que Dieu ne nous avoit point du tout oubliés, nous ayant laissé un roy son successeur, lequel est doué de tant de vertus, que chascun n'en peut doubter , luy ayant veu faire ceste expérience tant de fois , et le tout en la faveur du repos public, qu'ayant ceste obligation, avecques la naturelle (d>eys.sanceque nous luy devons, il faut que nous remettions toute nostre affection et fidélité à son service. Ce que tous d'une commune voix m'asseurerent de fiiire, et, en son absence, vous recognoistre oomme mère de nostre roy et régente. J'en ay autant mandé à ceux de la ville de Sarlac, qui m'ont faict pareille response.

Je croy, madame, qu'avez pour agreaUe ce que j'en ay faict , ayant procédé en cela comme l'affection et devoir me le commandoit. Ausay, madame, ces jours passés, craignant, comme il estoit bien apparent , que ceux d'Aubeterre et d'Achon s'assemblassent les uns contre les au*tres, pour la récolte des fruicts de la baronnie d'Aubeterre, et voyant que cela imporioit grandement leservice du roy et le repos public^ j*ay ad visé escrire à M. de Ruffec, luy remonstrant les inconveniens qui pourroient advenir en son gouvernement, le pryant de les accorder de ces fruicts pour ceste année, l'asseurant que je ferois venir ceux d'Aubeterre à raison , comme despuis ils ont faict ; et sont d'accord, par telle convenance, que la dame d'Aubeterre doitremestre le cbasieaa dudict lieu en l'obeyssance du roy, aux conditions que ce gentilhomiiie présent porteur voua dira. Voua supplyant trëahumblement , madame, de considérer combien ledict chasteau importe pour le pays , et le remettre entre mes mains; car je vous nommeray gentilhomme de bien et d'honneur.

11 vous a pieu me mander, par le gentil*

LETTRES

homme que je vous avois envoyé, que je ne bougeasse encor de ce pays. Il vous plaira me commander ce que je dois faire. Et , sur cela , jeprieray le Créateur, madame, qu'il veuille mainctenir vostre grandeur en toute prospérité, très-longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 29 juin 1674.

Lettre du seigneur de Bourdeille au duc d'A-

lançon.

Escrite le 29 de juin 1574.

Monseigneur ,

Le malheur m*a esté si grand par les trois fols que je me suis acheminé, mesmes à ce coup, estant prest à monster à cheval pour aller devers vous , afin de vous faire cognoistre combien je vous suis fidèle serviteur; mais la reyne, vostre mère, m'a mandé, par le gentilhomme que i'avois envoyé devers le feu roy vostre frère, que je ne bouge d'îcy.

A ceste cause, j'ay depesché ce gentilhomme présent porteur, pour sçavoir ce qu'il luy plaira me commander, et luy fais entendre comme toutes choses se seront passées de par deçà, comme vous pourrez entendre par cedict porteur.

Et puisque j*ay ce malheur de ne vous veoy r sitost que je desirerois bien , je prendray la hardiesse de vous mander ce petit mot, pour vous supplyer très-humblement de penser pt veoyr combien la pauvre France est désolée par la mort du feu roy vostre frère : laquelle ne se peut remettre sans vostre bonne ayde et conseil que devez donner à la reyne vostre mère ; laquelle ne désire autre chose que la grandeur du roy vostre frère et la vostre, avecques le repos de ce pauvre royaume. Et en ce faisant, monseigneur, nous ne pouvons espérer que une bonne paix, en attendant la venue du roy vostre frère: lequel estant icy, par les prières et supplications que vous luy ferez pour ce pauvre royaume tant affligé, nous reoepvrons toute con- .solation et reqouyssance, que vous sera un los immortel : et Tunion et amytié de vous deux baillera craincle et intimidation à tous ceux qui voudroient entreprendre sur vos grandeurs et

couronne de France, qui ne se peut autrement conserver que par ce moyen.

Vous suppliant très^bumblement, monseigneur, me vouloir pardonner si je vous parie en ceste façon ; c'est le zelle que j'ay au service de vous deux , pour lesquels je sacrifieray toosjours ma vie. Si vous voyez que mon service vous soit agréable auprès de vostre personne, je vous supplyeray très-bumblement d'obtenir mon congé de la reyne vostre mère, vous asseurant que je ne fauldray d'y aller. Et attendant vos commandemens , je prieray le Créateur, monseigneur, qu'il maintienne vostre grandeur en toute prospérité, très-longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 29 juin 1574.

LeUre du seigneur de BourdeiUe à la repit

mère.

Envoyée par le baron d'Aulou, le 8 de juillet \Si

Madame,

Je despeschis un gentilhomme devers Vos Majestés le trentiesmedu mois passé, parl^ quel je vous ay faict entendre tout ce qui se presentoit de par deçà, et, entr'autres cbases, qu'on parloit de faire la trefve en ce pays. Le seigneur de Losse est arrivé icy il y a deux jours, auquel j'ay communiqué de ladicte trefve, ce qu'il a trouvé fort bon, et a esté d'advisque j'ay renvoyé devers le sieur de Longa, lequel m'en a voit parlé, pour sçavoir ce qu'il vouloit dire, et pour le vous faire sçavoir ayant Mtu leur volume. Et si avez faict la trefve avecques ceux de Poictou, Xaintonge et Ângoulniois, comme on dit, vous feriez fort bien d'envoyer icy de la cavallcrie, atîn de contraindre les eonemys de faire plustosc la trefve.

Et si on voit qu'ils soyent opiniastrés à la faire, vous pourriez commander à monseigneur de Montpensier de y venir luy-mesme en personne à toutes ses forces, avecques commandement à M. de Biron de donner pouldrcs et artilleries pour aller assiéger Bergerac, lequel est de grande conséquence pour le service du roft et aussy pour obvier à plusieurs desseins qu'ils ont ; car ils attendent les forces qu ou dit venir de Languedoc pour se joindre avecques eus,

D'ANDRÉ DE BOURDEILLE

qu'est quatre mille harqaebusiers et mille chevaux, lesquels s'en viennent en ce pays, parce qu'on dit que la trefve est faîcte de ce costé là. Aucuns disent que c^est pour aller en France. Et s'ils s'assemblent, ils prendront des places en ce pays, qui seront mal-aysées à reprendre s'il n'y a de la cavallerie.

Car je vous asseure, madame, que ledict seigneur de Losse n'a pas un seul homme à cheval, si n'est quelques gentilshommes qui sont à sa suite pour leur plaisir. Et si ne mettez ordre en ce pays bien tost, je crains bien qu'il y adviendra plus de malheur que vous ne pensez. Par quoy, madame, il vous plaira d'y adviser. Ge gentilhomme présent porteur vous fera entendre plus amplement ce qui se fait au pays de Gascoigne, car il y a esté toutes ces guerres avecques M. de Vesin , et en vient ; vous asseurant qu'il est bon serviteur du roy. Il a quelques affaires devers Vosdictes Majestés. Je voussupplye très>humblement, madame de luy octroyer sa requeste, afin qu'il continue tousjours à vostre service.

Sur cela, je prieray le Greateur, madame, qu'il veuille mainctenir vostre grandeur en toute prospérité et très-longue vie

De Perigueux, ce 8 juillet 1674.

Lettre du t&gneur de BaurdeUte à ia repie

mère.

Envoyée par le sieur de SaîDct-Mvere , Ie26 juillet 1 574.

Madame,

Le sieur de Sainct-Alvere s'en va devers Vos Majestés pour quelques affaires qui sont d'importance pour luy. Je fusse esté bien ayse qu'il n'eust bougé d'icy, pour l'affection et bon zelle qu'il a au service du roy en ce pays, comme il Ta bien monstre durant ces guerres. Mesnies il n'a espargné sa vie ny ses biens pour mettre une ville et un fort appelle Trimolac en Tobeyssance de Sa Majesté, ayant tué et desfaict un nommé le capitaine Gabeîs qui y commandoit avecques plusieurs de ses soldats; et tout ce qu'il en a faict a esté à ses despens; et a tousjours esté prest à se mettre en campaigne, luy et tous ses moyens, quand je Tay mandé pour

le service du roy, comme je l'ay mandée au roy vostre fils. Par quoy je vous ,supplye très-humblement, madame, de commander qu'il soit depesché de ce qu'il demande , qu'est fort raisonnable, afin qu'il s'en vienne en ce pays pour vous y faire service. Et me semble que c>st le meilleur de depescber promptement ceux qui ont des affaires, et de les envoyer cbascun en sa province, mesmes ceux-là qui ont le moyen et bon zelle de faire service à Vos Majestés, comme a ledict sieur de Sainct-Alvere.

C'est tout ce que je vous puis mander pour ceste heure touchant les affaires de ce pays. Sur quoy je prieray Dieu, madame, qu'il maintienne vostre grandeur en toute prospérité, très-longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 26 juillet 1674.

Lettre du seigneur de Bourdeille à la remt

mère,

Etavoyée par La BoMtere le 8 d*aoutt 1574.

Madame,

J^ay receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escrire du diiiesme de juillet, et suis très-ayse du contentement qu'il vous plaist avoir de moy de ce que je fais pour vostre service très-humble , n'ayant jamais eu autre volunté ne intention que d'y employer et ma vie et mon bien; ce que j'espère continuer toute ma vie.

J^ay cognu, madame, que n'avez cru de moy ce que j'ay esté adverty vous avoir esté rapporté par un nommé La Borye de ceste ville, lequel, soubs semblant de vous eslre bon advertisseur, vous a dict chose qui n'entra jamais dans mon ccnir; ce que j'ay chargé ce gentilhomme présent porteur vous remonstrer, lequel je vous supplye très - humblement ouyr et croire, ensemble d'autres affaires concernant le service de Vos Majestés. Gomme il porte par mémoires bien amples, vous avez, en faveur dudict La Borye, divisé l'estat déjuge criminel d'avecques le civil, au grand préjudice deceluy en est pourveu il y a trente ans, et en a payé deux fois finance, et s'y est tousjpurs comporte

LETTRES

en homme de bien et gentilhomme, comme il est. Je supplye très-humblement Vos Majestés ouyrsa requeste en vostre conseil privé; car, si ledict La Borye a faict service qui mérite re* compense^ vous avez assez de moyen, madame, pour le recompenser, sans destituer un homme de bien de son estât , n'ayant forfaict.

Madame , il vous a pieu mander au sieur de Losse vous aller trouver , et laisser les affaires de ce pays entre les mains des bayllifs et seneschaux : ce qu'il a faict, pour le regard de Périgord, entre les miennes; ce que j'ay accepté, pour la nécessité et affaires qui estoienl en ce pays, attendant qu'il pleust à Vostre Majesté y pourveoir. Et lemesme jour qu'il partit de ceste ville, je sortis pareillement, estant adverly de quelques entreprinses de vos ennemys, et mis deux chasteaux qu'ils tenoient en Tobeyssance du roy, ayant assemblé le plus de noblesse et autres gens voluntaires, à mes despens, qu'il m'a esté possible; ceque j'ay desjà faict quatre ou cinq fois, et de mesmes tousjours par drçA despuis ces guerres, comme à toutes les précédentes avecques le roy, sans en avoir eu dou ne pension; de façon qu'il ne m'est plus possible y satisfaire. Et vous supplie très-humblement me donner congé pour aller trouver Vos Majestés, madame.

Il vous a pieu semblablement me mander qae cy^devant m'avez faict entendre votre intention et volunté touchant l'abbaye de La Ghasire ; de quoy, madame, je n'ayreceu aucunes nouvelles ne lettres: vous supplyaiit très-humblement la laisser entre les mains des sieurs de Rastignac, en attendant la venue du roy vostre fils; d'autant que par son moyen le feu roy la leur avoft donnée, aussy que sont personfies fort affectionnées au service de Vos Majestés, et tousjours prests, avecques cinquante chevaux , à marcher quand vos affaires le requièrent.

Je vous aycy-devant escrit combien quelque oompaignie de cavallerie est requise en ce pays. Il vous plaira y pourveoir; car je crains que, à faute d'einpescher les courses et entreprinses de vos ennemys, il n'en advienne inconvénient. Et sur ce je prieray le Créateur . madame , maintenir vostre grandeur en toute prospérité, très^heureuse et longue vie.

A Perigueux, le 8 aoust 1574.

Uitre du seigneur de Bourdeilieau due d'A

iançon.

Escrite le S d*ioust 1574.

MONSteTGIfEITR

J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m"escrire , vous remerciant très-humblement de la promesse que me faites de me demander mon congé à la reyne , afin que j'aye cest honnear d'estre auprès de vous pour faire très-humbie service, comme je désire. Et envoyé ce gentilhomme présent porteur, tant pour ftire entendre à Sa Majesté les affaires de oe pays, qne pour luy faire très-humble requeste me permettre vous aller trouver; joinct que ne f»s pas grand service en ce lieu , et ne m'est que autant de ruyne. Je vous supplye très-humblement m'y estre aydant de votre coaté : et je prieray Dieu, monseigneur, voaa maintenir en grandeur et prospérité, très- henrease et longue vie.

A Perigueui, le 8 aonst 1674.

Inttoduciiôn ei memairw.

BaiUés à La Buniere , pour faire entendre à la rerDe, le 8 d'aoutt 1574.

Que ayant pieu à Sa Majesté mander le sieor de Losse la venir trouver , et laisser la charge qu'il a en Guyenne entre les mains des bayiiifi et seneschaux , il auroit laissé les affaires de Perigord au seigneur de Bourdeille , seneschal dudictpays, pour y commander en sonabsence.

Lequel seigneur de Bourdeille, préférant le service du roy à son particulier, n'estant rien moins dans ledict pays que ledict sieur de Losse , n'a desdaigné de recepvoir de luy le pouvoir de commander en son absence; craignant rinconvenient que cependant pourrott advenir , et les affaires qui se presenteroient.

Ckimme de faict, ceux de la religion prétendue, ayant failly beaucoup d'entreprinsea qu'ils avoient sur aucunes villes, estoient en délibération de se saisir de tous les chasteaux et

D'ANDRE DE BOURDEILLE

places fortes qu'ils pourroient , et deliberoient prendre le chasteau de La thapelle Fochur, de Roebe-Monnoy, de La Resnaudie, et le chasteau de Tevesque.

De quoy adverty , le seigneur de Bourdeille assemble le plus qa*il peut de la noblesse de ce pays fcy et de gens de pied, tons voluntatres ^ fors une seule compaignie qu'il trouva près Perigueux , et se met en campa igoe vers le chasteau de La Chapelle, qu'il trouva desjâ saisi par lesdlcta de la religion prétendue.

Lesquels, n'ayant eu encor le loysir de se munir de vivres et autres choses nécessaires, il contraignit en quatre jours se rendre par Gom> position : et, en mesme temps, fait entreprises de prendre le chasteau d'Âucor, appartenant à madame de Mezieres, par la practique et menée d*une partie de ceux qui le detenoienl; lesquels, pendant que leurs elièft s*estôient allés pourmener, leur fermèrent la porte, et se rendirent maistres dedans. De quoy promptèthedt adverty , lé seigneur de Bourdeille s'y achemine en haste, et met la place en Tobeyssance du roy.

Au moyen de quoy lesdicts de la religion prétendue ne tiennent plus rien, et n'ont retraicte en tout ce costé de Perigord ;; lesquels auparadvànl ayant ces deux places pouvoient ordinairement tenir jusques aux portes de Perigueux , et aller à Angoulesme.

Remoustrera semblablement à Sa Majesté f{ue ledict sieur de Losse luy laisse sept compflîgnies de gens de pied pour tenir en garnison dans les places et chasteaux de ce pays; mais il ne luy laysse aucun argent ny moyen pour les soldoyer : et ne sçait ledict seigneur de Bourdeille où en prendre ; à quoy il est requis de pourveoir.

Il n'a pareillement aucune cavallerîe en tout ce pays de Perigord , comme il seroit Irès-necessaire y avoir quelque compaignie pour empescher les courses ordinaires des ennemys : et faut qu'il fasse toutes ces assemblées de gentilshommes volutitaires tousjours à ses despends, comme il a desjâ faict quatre ou cinq fois; que luy vient à grande charge, et â quoy il ne peut plus fournir pour la grande despense qu'il a faicte despuis le commanccment de ces guerres, de quoy II n'a eu un seul denier de ' moyen, si-non de son bien: supplyant (rèshomblement Sa Majesté y avoir esgard.

Aussy vouloir donner congé audict seigneur de Bourdeille pour venlt trouver Leurs Majeî»tés , et mettre tel autre pour commander eti ce pays que bon luy semblera.

Qu'il plaise à Sa Majesté cscrire une lettre au sieur de Rastigniac de garder bien Tabbaye de La Ghastre jusqu'à la venue du roj^, pou^ y pourveoir comme bon luy Semblera.

Sera aussy dict à la reyne que le sieur de Losse assembla ceux de la ville de PerigueUx , leur remonstrant qu'il èstoit nécessaire qUils eussent une garnison en leur ville, voyant qu'ils estoient menacés, et que les ennemys avoient intelligence en leur ville; comme aussy le sieur de Bourdeille Tavoit entendu , et les en avoit advertis. lis firent response qu'ils garderoient leur ville en Tobeyssance du roy soubs la charge desdicts sieurs de Losse et de Bourdeille, leur seneschal, mais qu'ils n'y recepvroient aucune garnison, si-non qu'ils ont permis audict sieur de Bourdeille tenir douze gentilshommes avecquesluy, montés et armés, et leur donner cinquante livres par mois, qui est toute la force que a ledict sieur de Bourdeille avecques luy.

Néanmoins , enoor qu'il cognoisse la fidélité desdicts habitans, si est ce que n'estant que comme mal eiiperimentés, il craint que s'il venoit au bon du faict il en advins inconvénient. Par quoy supplie Leurs Majestés y pourvoir, et escripre leur volonté auxdicts habitans.

Lettre de la reyne mère au èeigneur de Boui^

deiiie, ^

Receue le 16 d'aoust 1574.

Monsieur de Bourdeille , estans les sieurs de Losse et de Ia Vauguyon allés au devant du roy , M. mon fils , il est beseing qae quelqu'un aye l'œil à la aeureté, conservation et repos du pays de Perigord. C'est poorquoy, sçachani ta bonne affection que vous portez aux affaires et service du roy , M. mon fils , et au soulagement d'ycelluy pays, j'ay bien voulu vous faire ceste lettre pour vous prier de prendre garde à tout par delà , et y pourveoir si bien à toutes choses , en attendant l'arrivée du roy , mondict seigneur et fils qu'il ne puisse advenir aucun

LETTRES

changement ny desordre au préjudice de son service : commandant aux gens de guerre qui y sont ce que verrez estre nécessaire pour cest efFèct , aux habîtans des villes qui auront à faire pour leur repos et conservation , comme je m'asseure que sçaurez très-bien faire, et eux aussy vous recognoistre et obeyr en cela comme celuy qui leur est bien agréable. Pryant Dieu , monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escrit à Paris, ce 6 aoust 1574.

Catherine.

Et au dessoubs , Pinard.

Ijeltre 4e la reyne mère au seigneur de

Bourdeilie,

Receue le 22 d'aousc 1574.

Monsieur de Bourdeilie , j'ay veu par vos lettres du 26 du mois passé, le bon tesmoignage que me rendez de i* affection que le sieur de Sainct-Aivere porte au bien du service du roy , M. mon fils , comme il a monstre par effect en toutes les occasions qui se sont présentées dedelà;ce que j'ay sceu encor d'ailleurs. Aussy vous veux-je bien asseurer que je Tay bien en telle estime que Ton doit avoir un gentilhomme de valeur et mérite : et ne tiendra jamais à moy qu'il ne soit satisfoict et rendu content. Et bien que sa présence fust fort requise par delà , toutesfois , ayant sceu qu'il desiroit aller au-devant de son roy, mon seigneur et fils, pour luy faire service, je ne luy ay peu desnyer, mais ay eu bien agréable qu'il y allast. Cependant il faut que tous ceux de voslre quartier qui sont bien a^ectionnés au service du roy, mondict seigneur et fils, se subviennent et employent en toutes les occasions qui s'y présenteront. Ce que me promettant, pour vostre regard que ce y sçaurez bien conduire , je ne vous fais ceste lettre plus longue , que pour prier Dieu , monsieur de Bourdeilie , vous avoir en sa saincte garde.

Escrit à Paris, ce 2 aoust 1674.

Catherine.

Et au dessoubs , Pinard.

Lettre de la rejme mère au seigneur de Lasse

Receue le 19 d'aousc 1574.

Monsieur de Losse, par ces lettres que le sieur marquis de Trans m'a escrites du 26 du mois passé, et le mémoire qu'il y avoit envoyé à sa femme , lequel m'a esté rendu par le sieur de Lansac , j'ay amplement sceu la perte qu'il a soufferte à cause de la guerre qui se fait par delà , dont je suis bien marrye. Ce sont les fruicts de la guerre , avecques laquelle je seray très-ayse qu'il se puisse revancher sur ceux de la nouvelle opinion qui luy ont faict ce tort, et qu'il s'employe aussy par mesme moyen en toutes les occasions qui se présenteront pour le service du roy , M. mon fils , selon la bonne affection que je sçay qu'il y a. Occasion de quoy je vous prie l'assister et ayder le mieux que vous pourrez des moyens qu'avez par delà à reprendre ce que lesdicts de la nouvelle opinion luy ont pris et occupent. Et , n'estant la présente à autre fin , je prye Dieu , monsieur de Losse, vous avoyr en sa saincte et digne garde.

Escrit à Paris ce 5 aoust 1674.

Catherine.

Et au dessoubs, Pinabik

Mire du seigneur de Bourdeilie à la repie

mère.

Envoyée par Le Breulh , le 29 d'aoutt 1574

Madame ,

J'ay receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escrire, dattée du 5 du présent mois, par laquelle me commandez de prendre garde aux affaires de ce pays de Perigord , et d'y commander pour le zelle que j'ay au service du roy et vostre, et au soulagement du pays. J'acceptis ladicte charge inoontinent que le sieur de Losse me dit qu'il avoit receu une lettre de vous pour vous aller trouver avant , laquelle je vis , comme je vous ay faict entendre par le gentilhomme que je vousay envoyé.

Puisque j'ay ce malheur de n'avoir l'honneur de baiser les mains du roy à son arrivée l je luy envoyé ce gentilhomme présent porteur

D'ANDRE DE BOURDEILLE

pour luy faire entendre les affaires dudict pays, et à vous aussy , madame , qui sont tels que ne peuvent estrc pis ; car il n'y a pns un seul homme de f^nerre, ny moyen d'en avoir, pour obvier aux desseins de vos ennemys , qui sont grands. Et si n*y mettez ordre de bonne heure, je crains qu'il vous adviendra beaucoup de maux , parce que lesdicts ennemys veullent assembler le plus de forces qu'ils pourront pour faire nn petit camp voilant, affin d'empescher les desseins de M. de Montpencier , et ravager le pays. Ce qu'ils feront aysement , veu que je n'ay aucunes forces : et si j'eusse eu de la cavallerie , comme je vous ay souvent mandé, j'eusse à ceste heure le lieutenant de Poictou en vostre obeyssance, lequel a passé en ce pays, et n'a sceu si bien faire qu'il n'ayt esté blessé , six ou sept des siens, mesmes le capitaine Puyraneau et son designé.

Vous sçavez, madame , qu'il y a huict mois que je suis icy , où je n*en espargne ma vie ny mon bien pour vostre service, sans avoir autre moyen que du mien, ayant faict des assemblées, pour cinq ou six fois , de la noblesse du pays, non sans grands fraix, pour empescher les desseins des ennemys, de façon que Dieu m'a faict la grâce qu'ils n'ont rien exécuté ny avancé sur ledict pays , ny ne feront , pourveu qu'il vous plaise de m'aydcr de vos moyens et forces , ou il me coustera la vie , et de beaucoup de noblesse du pays , qui me font ce bien et honneur de venir quand je leur mande pour le service du roy. Et si mon labeur et despense a porté quelque bon fruict pour le service de Vos Majestés, il vous plaira , madame, qu'un autre n^en ayt point l'honneur et le profict: car en cela on me feroit grand tort de telle affection que j'ay faict.

Madame , M. le marquis de Trans m^a demandé pour son fils la charge de cent chevauxlégers que le pays veut lever pour deux mois : ce que j'ay remis au roy et à vous. Vous sçavez cfuMl est de grande maison , et qu'il a moyen de recouvrer gens , encor qu'il a perdu beaucoup en ceste guerre.

Je vous ay escrit plusieurs fois, et au feu roy , le bon devoir que les sieurs de Rastigniac font pour le service de Vos Majestés, et qu'ils sont tousjours prests avecques trente ou quarante chevaux, quand je leur mande pour

vostre service. Il avoit pieu au feu roy de leur donner l'abbaye de La Ghastre en la faveur du roy qui est à ceste heure. II luy plaira, et à vous aussy , de leur escrire qu'ils ne bougent deladicte abbaye jusqu'à ce que Sa Majesté en ayt ordonné. Iiadicte abbaye ne vault que sept à huit cens livres , mais elle est près de leur maison. Cela les obligera de plus en plus à vous faire très-humble service.

Aussy , madame , M. de La Geste , doyen de Poictiers, m'ayant foict entendre le commandement que luy avez faict de parler au lieutenant de Poictou , j'ay trouvé occasion de ce faire , envoyant quérir par mon trompette un prisonnier à Bergerac : mais , pour le peu de temps que ledict lieutenant a séjourné audict Bergerac , ils ne se sont pu rencontrer. Toutesfois, il a mandé audict doyen et a moy aussy comment il voyoit une misérable guerre en ce pays pour le pauvre laboureur et marchand qui trafique ; me priant d'y regarder de ma part , disant qu'il avoit trouvé Langoyran et ceux de Bergerac en bonne volonté de ce faire. Je leur ay mandé qu'ils mettent leur intention par escrit, et que je leur fairois response ; mais ce ne sera pas sans eu advertir premièrement Vos Majestés. A ce que je puis veoyr, ils veullent trefve, affin d'assembler et esmouvoir tout ce qu'ils pourront de ce pays, affin d'aller joindre La Noue pour rompre les desseings de M. de Montpencier. Mais j'espère de les en engarder, pourveu qu'il vous plaise de me bailler les forces que je vous mande. Ledict sieur La Geste , vous eu escrit bien amplement, vous asseurant qu'il vous est bien fidèle et affectionné serviteur , et a moyen de le faire si vous l'employez.

J'ay esté adverty , madame , que sur l'acte d'octobre dernier passé des décimes de ce pays, reste onze mille deux cent quatre livres dixtuiit sols cinq deniers , qui sont prests à estre levés , d'autant qu'ils luy sont deus sur les bénéfices qui sont aux pays de conqueste des ennemys et de Vos M^estés : s'il vous plaisoit m'en faire donner cela au roy , ce sera rescompeuser partie de la despense que j'ay faiicte peiv dant ces guerres. Je sçay bien qu'on vous dira que ces derniers sont destinés ailleurs ; mais je vous isseure qu'ils ne sont payés de long-temps, encor que nous eussions une paix. Le mien il ira tousjours devant en attendant cestuy-)à ,

LETTRES

comme il i accoustumé ; et , si me le faites donner , asseurez-vous qu'il ne sera employé en meubles ny acquests.

Il vous plaira ordonner sur cela, et sur le mémoire que je vous ay envoyé , ce que dois faire, afin d'obeyr fidellemenl à vos commandemens. Sur cela , je prye le Créateur, madame, maintenir Vostre Grandeur et prospérité en longue et heureuse vie.

De Perigueux , ce 29 aoust 1674.

laire du seigneur de BourdeiUe au

UenryllL

Envoyée par Le Breulh , le 29 d'aoïist 1574.

fay extresme regret que je ne puisse aller vous baiser les mains, avecques beaucoup de gentilshommes qui se rejouyssent de vostre venue tant désirée en cesiuy-cy pauvre royaume désolé , de façon qu'un chascun espère , par le moyen de vostre adveoement , sagesse, grande vertu et expérience , avecques fortune qui vous accompaigne.

Il a pieu à la reyne vostre mère me commander de ne bouger d'icy , pour avoir Tœil et commandement aux affaires du pays concernant vostre service. A quoy je ne voulus faillir, n'ayant rien en ce monde plus cher que vostre service , duquel jVspere m'acquilter comme j'ay faict fidellement jusqu'icy , ainsy que la reyne vostre mère vous tesmoignera bien amplement. Et, despuis le commencement de ces guerres dernières , je ne bouge de ce pays icy , qu'est ma totale ruyne ; n'ayant tant de bien , pour ceste heure , de pouvoir jouyr de ce frnict que de vous veoyr que de temps à autre , il plaira à Vas Majestés , sire , me tenir à vos bonnes grâces, et me commander pour vostre service : vous asseurant que je ne m'espargneray vie ny biens pour m'eroployer à l'exécution de vos oommandemens.

J'envoye le sieur de Breulh , présent porteur, exprès devers Vostre Majesté pour vous faire entendre bien amplement les affiiires de ce pays. Sur cela je prieray le Créateur, sire, vouloir

maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 39 aoust 1674.

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