ACTE II, SCÈNE X VIL so
LUCRÈCE
Quoi donc! oubliez-vous, seigheur, quelle est Lucrèce?
TARQUIN
Oui, je veux l'oublier; car enfin, ma princesse,
Quand on peut regarder ce corsage joli.
Ce minois si bien peint, ce cuir frais et poli,
Cette boucbe, ces dents, cette vive prjmelle.
Qui, comme un gros rubis, cbarme, brille, éttncene;
Surtout ces petits monts , faits d'un certain métail^
Tenus sur Festomac par deux clous de corail;
Que Ton a vu ce nez... Ab! divine princesse.
On oublie aisémeqt que vous êtes Lucrèce,
Pour se ressouvenir, qu^èn ce pressant destin
Topte Lucrèce est femme , et tout homme és( Tarquin,
(Il veut loi baiser la main. ) LUCRÈCE.
Quelle entreprise ! ô ciel! quelle ardeur téméraire! Seigneur, que faites-vous?
TARQUIN
Rien qu'on ne pijiisse fairç.
D'un amour clandestin mon foie est rissolé ; Jusques au]t intestins je me sens grésillé.
Ah ! madame, souffrez que mop amour vous toqche. Que d'appas ! que d'attraits ! l'eau m'en vient à la bouche. ^
LUCRÈCE
On pourroit, par bonté, d'un amour mutuel...
Q Ce Ters étoit ainsi dans les premières éditions : (^ufind je suis tout en feu , serei-vous une souche ^
io4 LA FOIRE SAINT-GERMÀIN.
Mais, seigneur, vous allez d'abord au criminel.
TARQUIN
Madame, j^aime en roi, cela veut dire en mattre; Ma tendresse est avide , et veut de quoi repattre : Un regard, un soupir affriole un amant; Mais c'eât viande trop creuse à mon amour gourmand.
LUCAiCE.
Seigneur, à quelque excès vous porterez mon ame.
TAHQUIN.
Madame, à quelque excès vous pousserez ma flamme. Assez, et trop long-temps, vous attisez mon feu; J'ai trop fait pour tirer mon épingle du jeu,
LUCRÈCE
Avant qu'à tes desseins mon cœur se détermine, Ce fer, de mille coups m'ouvrira la poitrine.
TARQUIN
Il n'est pas temps encor d accomplir ce désir : Vous yous poignarderez après, tout à loisir.
LUCRiCE.
Qaoi, seigneur! ma vertu, cette fleur immortelle...
TARQUIN
Avec votre vertu, vous nous la baillez belle? Holà ! gardes , à moi*