ACTE t, SCÈNE V. aS
ISABELLE
Si j'èii étiis dégbâtée, cest que les femmes aiment naturellemont le changement ; et si je me suis lassée d'être fille, je me lasserai encore plus d'être mariée.
COLOMBINE
D'être mariée! Vous voule* donc l'être?
ISABELLE
Je ne dis pas cela; mais si l'envie m'en venoit par hasard (on dit que cela prend tout d'un coup), dismoi, en conscience, comment faut-il qu'un mari soit fait pour être joli? Tu sais que je ne me connois pas bien en hommes.
COLOMBINE
Si fait bien, moi. Il faut qu'il soit pâle, fluet, débile, et raccourci, comme ces petits échantillons de magistrature, qui n'auroient pas la force'de porter leurs robes sans l'aide de deux grands laquais.
ISABËLLE4
Ohl fi! fi! pela est trop colifichet gour un mari*
COLOMBINE
Cest que vous ne tous connoissez pas en hommes.. Vous voudriez peut-être de ces bourgeois renforcés de l'ancien collège, moitié noblesse, moitié roture, ou de ces gros commis... là.., de ces ballots vivants qui entrent et sortent de la douane sans rien payer.
ISABELLE
Pour ceux-là, je les trouve trop matériels.
La pauvre enfant t elle ne se connott pas en bommes»
a6 Les GHiNOI!^;
ISABELLE
i^olombine, tu es une coquine. Tu ne me parles {)omt de ce qui me paroît le plus fripoaen amour.
Est-ce que tu i^as jamais vu Thiver, à la comédie, ces jeunes officiers toujours brillants, qui font sans cesse le carrousel autour des actrices jolies?
GOLOMBINF*
iLa pauvre enfant I elle ne se connott pas txa hom« mes.
ISABELLE
Pour ceux-là ils sont faits exprès poUi* mon hù* meur ; ils font toujours quelques singeries; ils chan-* tent, ils cabriolent 5 ils se battent quelquefois poui* rire , et se baisent après devamt tout le monde : en^ fin, quand je les Vois sur le théâtre^ ilà me divertis-» sent cent fois plus que la comëdie»
COLOMBINE
Je vous en aurois bien proposé de cette manufac 4are-là;maîs..*
ISABELLE
Quoi! inaîs» *
COLOMBtNÊ;
Mais il vous faut un mari pour toilte Tannée , et ces inessieurs-là ne servent que par quartier; encore ti*est-ce pas aupfès de leurs femniesi (On sonne du cor. ) J^entends du bruit. Apparemment que voilà Famant chasseur qui entre en dansci *