LETTRE A ARTÉMISE
'Vous m'aviez ordonné, mademoiselle, en vous quittant , de vous faire un récit exact du voyage de Normandie, duquel vous ne pouviez être. Je satisfais à vos ordres si fidèlement , que je suis sûr qu'en le lisant vqus croirez l'avoir fait, sans être sortie de Paris.
^jCS desseins médités long -temps avant l'exécution sont d'ordinaire sans effet; c'est ce qui a fait que proposer et assurer ce voyage a presque été pour nous la même chose. Nous partîmes un lundi , 26 septembre 1689. Admirez notre bonheur. Il y avoit trois mois qu'il n'étoit tombé une goutte d'eau, le ciel en versa ce jour-là suffisamment pour toute une année; mais, pour nous consoler, nous séchâmes ces humides influences par un fonds de bonne humeur qui ne nous a jamais abandonnés. Vous le verrez par le couplet suivant et par les autres, sur l 'air du branle de Metz.
VOYAGE DE NORMANDIE. 36i
Pour quinze jours de campagne.
Enfin nous voilà partis De la ville de Paris.
Le bon Dieu nous accompagne!
Surtout bon gîte, bon lit, Avec du vin de Champagne; Surtout bon gîte, bon lit, Belle hôtesse , bon appétit.
Pour l'appétit, il faut dire la vérité, il nous niaur quoit pendant cinq ou six heures de la nuit ; mais il faut bien prendre son mal en patience , on ne peut pas manger et dormir tout à-la~fois : tant que nos yeux étoient ouverts, nos dents faisoient également leur fonction , et c'étoit un charme d'entendre crier miséricorde 4 toutes les basses-cours où nous an i-» vions.
A Triel , si j'ai mémoire , Autour d'un gigot assis, Comme moines bien appris , Las de manger, non de boire, Nous ne fîmes rien tous dix , En sortant du réfectoire , Nous ne fîmes rien tous dix Qu'un saut de la table au lit.
Les dames furent presque aussitôt levées que couchées. Vous vous imaginez peut-être que cette diligence à quitter le chevet fut une ardeur de novice, qui ne dura que peu de temps : vous vous trompez, et elles ont toujours été les premières eu
carrosse et à la table. Vous jugez bien que, comme on se levoit matin, l'appétit se levoit de même, et saluoit toujours l'aurore par deux ou trois petits repas anticipés ; car il est à remarquer que nous faisions autant de provisions dans notre carrosse pour faire quatre lieues que d'autres auroient fait en s'embarquant pour les Indes. Aussi auroit-il été difficile de ne nous pas trouver consommant nos provisions. Nous fîmes tant ce jour-là par nos déjeunes , qu'enfin
A Mantes fut la dînée , Où croît cet excellent vin.
Que sur le clos célestin Tombe à jamais la rosée î Puissions-nous dans cinquante ans Boire pareille vine'e !
Puissions-nous dans cinquante ans Tous ensemble en faire autant!
Avant de quitter ce pays , vous voulez bien que je vous fasse part du déplorable état où sont ces pauvres Célestins : ils font vœu présentement de boire le vin qui croît dans leur clos; je n'en sais pas la raison : mais enfin , par obéissance et par mortification, ils avalent ce calice du mieux qu'ils peuvent; Dieu leur donne la patience nécessaire pour supporter de pareilles adversités !
Si j'étois bien sûr de votre discrétion , mademoiselle, je vous dirois des choses que vous n'avez pas encore entendues; mais les filles sont comme les
femmes , elles ne vont jamais sans leurs langues ; et je me suis étonné cent fois comment de si grandes langues pouvoient tenir dans de si petites bouches : c'est pourquoi,
De Vernon je me veux taire Pour le mauvais vin qu'eu but; Chacun s'y coucha , mais chut; Car j'aime en tout le mystère.
Je sais trop comme tout va , Le monde est fait de manière ; Je sais trop comme tout va , L'envie jamais ne mourra.
Vous qui vous escrimez de la rime , vous allez dire qu'il y a un e de trop à ce dernier vers : je le sais aussi bien que vous; mais si on ne me donne cette licence et de pareilles, je quitte dès à présent le métier de poète de la troupe, que je fais à mon grand regret , et aux dépens de mes ongles , qui sont déjà assez courts. Je ne suis que trop rebuté de la profession ; et, sans les petits profits que nous autres rimailleurs attrapons auprès des filles, qui aiment ce genre d'écrire, il y auroit long-temps que j'aurois vendu ma charge à bon marché. Mais , puisque nous voilà sur le chapitre des filles , vous saurez que nous en trouvâmes une charmante proche la chartreuse de Gaillon. Vous me direz que ce n'est pas là un meuble de chartreuse ; mais ces jolis animaux-là se trouvent partout.
Au Pont-de-r Arche et au Roule Le ciel exauça nos vœux, Et fit paroître à nos yeux Jeune hôtesse faite au moule :
Elle portoit devant soi Deux petits monts faits en boule j Elle portoit devant soi Un morceau digne d'un roi.
La Normandie, comme vous savez, est une terre fertile en pommes. Le voisinage de la mer leur donne un orgueil et une dureté qu'elles n'ont point ailleurs. Nos dames de Paris voudroient bien que leur terrain fût aussi bon ; mais on ne peut pas tout avoir: à'cela près, les femmes de Rouen sont, à ce que je crois, faites comme à Paris ; ce qui nous fit dire :
A Rouen laides et belles , Comme partout, l'on trouva.
Les filles de l'opéra Sont, comme à Paris, cruelles.
Enfin , rien n'est différent.
Dans les jeux , dans les ruelles ; Enfin, rien n'est différent.
Hors qu'on parle mieux normand.
Il faut dire la vérité , cette langue-là est en grande vénération dans ce pays-ci; les habitants reçoivent tous en naissant des talents merveilleux pour l'apr prendre : à quatre ans les enfants y parlent déjà normand comme de petits anges ; on diroit qu'ils n'au-r roient fait autre chose toute leur vie. Les merles
DE NORMANDIE, 36fî
même et les perroquets n'y parlent point autrement. On m'a dit que cette langue-là etoit merveilleuse pour plaider; c'est ce qui fait qu'il n'y a guère de Normand qui n'ait vaillant sur pied pluS de vingt procès , sans les espérances de ceux qu'il a déjà perdus.
Nous trouvâmes ici notre bon ami Fatouville. Vous ne sauriez croire les instances qu'il nous fit pour nous mener à sa terre de la Bataille, et le plaisir que sa conversation donna aux dames : elles voulurent à toute force qu'il en fût fait mention par les vers suivants :
Le seigneur de la Bataille, Qui charme dès qu'on l'entend ^ Malgré nous , malgré nos dents , Voulut nous faire ripaille; Mais le diable s'en mêla, On fit grâce à sa volaille; Mais le diable s'en mêla, A Caudebec on alla.
Vous croyez qu'en ce lieu-là on se coucbe pour dormir , comme à Paris : vous vous trompez ; toute la nuit l'hôtellerie fut en rumeur pour fournir aux dames des rôties au vin. On en fait prendre aux perroquets qui ont perdu la parole; mais d'en donner à des dames usantes et jouissantes de leurs langues, c'est avoir envie de se lever comme on se couche : aussi cela ne manqua pas d'arriver.
A cette maigre couchée On oublia de dormir :
Que sert de s'en souvenir.
Quand une femme éveillée, Pour aiguiser son caquet, Tout le long de la nuitée , Pour aiguiser son caquet, Mange soupe à perroquet?
Il ne falloit pas se lever de si bon matin pour aller dans la plus maudite hôtellerie qui soit, je crois, de Paris au Japon , et pour avaler un brouillard épais , que le soleil ne put percer que sur les deux heures. Un autre plus galant vous diroit que les yeux des dames, plus puissants que cet astre, dissipèrent d'abord cette noire vapeur ; mais pour moi, qui suis plus sincère , je vous dirai franchement que les brouillards d'octobre sont fort difficiles à gouverner proche la mer , et de plus , que nos dames dormirent dans le carrosse cahin^ caha, toute la matinée, et n'ouvrirent les yeux qu'à la Botte. A propos de Botte, vous voulez bien que je vous donne un petit avis :
Passant, fuyez de la Botte Le séjour trop ennuyeux; Il est vrai que dans ces lieux La maîtresse n'est pas sotte; Mais sans pain , sans vin , sans feu , Dans un pays plein de crotte, Mais sans pain, sans vin, sans feu.
L'amour n'a pas trop beau jeu.
Nous trouvions assez plaisant d'aller, comme bonnes personnes, toujours devant nous; et je crois que nous aurions été dix lieues par-delà le bout du monde , sans le malheur que vous allez apprendre.
Après six jours de voyage Où tout alloit à gogo , Nous allions jusqu'à Congo, Valets, chevaux et bagage; Mais au Havre on s'arrêta, Malgré ce vaste courage ; Mais au Havre on s'arrêta , Car la terre nous manqua.
Voilà une plaisante excuse ! m'allez-vous dire. Quand on a bien envie d'aller, au défaut de la terre, on prend la mer. Nous n'y manquâmes pas aussi; et les dames dès le lendemain,
D'une valeur plus qu'humaine
Affrontèrent l'Océan.
Mon dieu ! que le monde est grand
Sur cette liquide plaine ,
Où l'on touche en un moment,
Sur une vague incertaine,
Où l'on touche en un moment.
L'enfer et le firmament !
N'auroit-ce pas été un coup de bonne fortune pour les maris, si quelque honnête homme de corsaire eût mis la main sur la chaloupe? J'en connois
quelques uns qui n'auroient point regretté d'aVoir donné de l'argent à leurs femmes pour aller voir là mer, si pareil cas leur arrivoit. Pour moi, qui ai déjà tâté de ces messieurs les Turcs, gens fort incivils , j'en voulus courir le risque sur le rivage; et^ considérant ces gros vaisseaux, et faisant réflexion qu'il n'y avoit qu'une planche épaisse de deux doigts qui séparoit de la mort ceux qui étoient de^ dans , je me mis à chanter i
Qu'un autre avec des boussoles , Sur ces grands palais flottants, Bravant Neptune et les vents.
Cherche l'or sous les deux pôles ; Mais polir moi je ne veux pas Servir de pâture aux soles ; Mais pour moi je ne veux pas Leur faire un si bon repas.
je vous avoue que je ne me consolerois jamais j si je me voyois ainsi pour mon plaisir; et j'aurois été encore plus fâché ce jour-là, car M. dé Louvigni, intendant de la marine, nous envoya le soir six bouteilles d'un vin de Canarie si exquis, que, quand il l'auroit fait lui-même , je doute qu'il l'eût fait meilleur.
Sus , ma muse , je te prie , Brûlons quatre grains d'encens A cet illustre intendant.
Pour son vin de Canarie.
Avec ce nectar , je croi La province bien munie; Avec ce nectar , je croi Qu'on sert dignement son roi.
Vous voyez qu'il fait bon nous faire du bien ; pour cinq ou six bouteilles de vin , voilà un homme immortalisé. Après tou t , je ne sais si les six meilleurs vers du monde valent seulement une pinte d une pareille liqueur. Quoi qu'il en soit, il s'en contenta, et nous eussions bien souhaité que tous les hôtes de la route eussent été aussi raisonnables.
Le lendemain le gouverneur, pour nous recevoir, fit mettre la citadelle en armes. Nous visitâmes l'arsenal, ce terrible palais de Mars. Mon Dieu! que d'instruments pour abréger nos pauvres jours ! Ce qui nous fît dire à tous :
Il faudroit être bien ivre^ D'aimer ces lieux de fracas , Où, pour cent mille trépas, On fond le fer et le cuivre.
Que de moyens pour mourir, Lorsqu'il n'en est qu'un pour vivre!
Que de moyens pour mourir!
Jene le saurois souffrir*
Voilà des sentiments bien héroïques! me dire2:vous. D'accord ; mais si vous saviez comme moi ^ mademoiselle , ce qu'il en coûte pour mettre un
enfant au monde, vous auriez , plus que personne ,
horreur de ces lieux de destruction ; et en vérité, si vous étiez une personne bien raisonnable , vous vous marieriez au plus vite, afin de travailler comme il faut à la réparation du genre humain, lequel, pendant que toute l'Europe est en guerre, court le grand chemin de sa ruine totale. C'est à vous d'y penser, et de faire réflexion que vous passeriez mal votre temps, s'il n'y avoit plus d'hommes au monde. Vous croyez peut-être, mademoiselle, que parceque l'on vous a menée en vers au Havre , on vous ramènera par la même voilure ; c'est ce qui vous trompe : Pégase n'a pas accoutumé de faire avec moi de si longues traites. Je vous dirai donc eu prose que nous revînmes à Rouen en très peu de temps , ayant toujours vent derrière : cela n'est pas trop nécessaire en carrosse; mais c'est pour vous dire que tout conspiroit à seconder Fenvie que j'ai d'être auprès de la plus aimable personne du monde.
Sur Fair : Five le Roi et Béchamel:
(Parti de Paris, le 3 mai. )
J }e Paris la grande ville ,
Il est parti, Avec toute sa famille, Et ses amis, Un lundi d'assez bon matin.
Vive du Vaulx et le bon vin , Et le bon vin!
Comme le but du voyage
Autre n'étoit Que mettre linotte en cage.
Ainsi fut fait.
Y manquer n'eût pas été fin.
Vive, etc.
( A Brie , vin du pajs. )
La première hôtellerie,
Quittant Paris , Ce fut aux Trois Rois , à Brie ,
Où l'on V fit
Mauvais repas, s'il m'en souvient,- Vive, etc.
( Guigne, on sait son nom. )
> En quittant cette demeure ,
Chemin faisant, Nous vînmes de fort bonne heure , Toujours chantant, A Guigfne, dite la Catin.
Vive, etc.
( La Bretoche. )
En passant à la Bretoche
D'un mûr esprit , D'un bon déjeuner de poche, L'on se munit, Pour mieux de là gagner Provins* Vive, etc.
( A Provins on ne savoit que faire. )
D'un vin meilleur que rhubarbe.
L'on s'y remplit :
Notre comte y fit sa barbe , Il s'embellit :
Il sembloit un vrai chérubin.
Vive, etc.
( A Nogent, logé à Jérusalem. )
Entrant dans la bonne ville,
Dite Nogent, Jérusalem fut l'asile. Soleil couchant :
Bon séjour pour un pèlerin.
ViVe, etc.
DE GHAUMONT. Syâ
( M. Perrin nous envoya de bon vin )
Plein d'esprit de pénitence,
Dans ces saints lieux, On mit sur sa conscience Du bon vin vieux , Grâce au ciel et M. Perrin.
Vive, etc.
(Aux Pavillons ) bon cuisinier. )
Sus , ma muse , je t'appelle ,
Debout, allons, Chantons la gloire immortelle Des Pavillons, Où repose ce jus si fm.
Vive , etc.
Le salé, de bonne mine,
Tout aussitôt Fut mangé dans la cuisine; Et le grand broc ■ Ne duroit ni vide, ni plein.
Vive, etc,
(Troyes. )
Chez les Troyens , nuit venue ,
On s'arrêta :
J'eus grand'peur que dans la rue On ne gîtât :
Car nous marchions à trop grand train.
(Chanoine, au lieu de nous donner la collation, nous mena voir un
moulin. )
Chanoine ici nous fit boire ,
Comme canard: >
Son vin, comme Ton peut croire,
N'ëtoit bon ; car Il nous mena boire au moulin.
Vive, etc.
( On envoya chercher des matelas chez tous les tapissiers de la ville. )
Dieu! pour coucher femme ou fille,
Que peine on a!
Un tapissier de la ville Y renonça.
Avec vingt matelas de crin.
Vive , etc.
( A Troyes, bal donné. )
Maint rebec à l'ancienne ,
A peu de frais Fit sauter la gent troyenne, Le jour d'après :
On dansa jusqu'au lendemain.
Vive , etc.
( Les dames logèrent chez le curé. )
Chez le curé de Vandœuvre
On descendit; Il fit une très bonne œuvre , Nous donnant lit :
Dieu le guérisse du farcin.
(Il avoit cent gros muids de vin , et n'avoit qu'un petit bréviaire. )
Vingt rubis ont hypothèque
Dessus son nez; Il fait sa bibliothèque
De ses celliers:
Cent tonneaux font tout son latin.
Vive, etc. ^
( On logea à Tabbaye. )
A Clervaux quatre grands drilles ,
Bien découplés, Pour bien recevoir nos filles , Furent lâchés :
L'abbé même en personne y vint.
Vive, etc.
Dès qu'on eut mangé la soupe,
De fort bon goût , L'abbé prit sa large coupe.
Et dit à tous :
Ainsi doit boire un bernardin.
Vive, etc.
( On ne pouvoit écarter la populace. )
Dedans Chaumont notre entrée
Fit du fracas :
Les enfants de la contrée Suivoient nos pas :
On vouloit sonner le tocsin.
Vive , etc.
(Petit-Jean, traiteur à Chaumont. )
Que l'on vante la Galère ,
Rousseau, Lamy; Petit- Jean fait autre chère ; Et, près de lui, Bergerac n'est qu'un assassin.
Vive, etc. ^
( On traita un officier de la ville, qui devoit traiter. )
Lieutenant fort magnifique,
Et criminel, Venu d'un cœur héroïque A notre hôtel , Reçut repas , et n'en fit brin.
Vive , etc.
( Repas de religieuses , c'est tout dire. )
Pour nous régaler, les nones
Levèrent plats :
Dieu garde honnêtes personne^ D'un tel repas!
Plutôt mourir de male-faim.
Vive , etc.
Quatre corbeaux diaboliques „
En tourte mis, D'autant de poulets étiques Furent suivis :
En deux mots voilà le festin.
Vive , etc.
Mais, ma muse si gentille,
Tu causes trop ; Sus, de Cliaumont faisons Gille, Et, au grand trot, Passons vite notre chemin.
Vive, etc.
( Il y a des forges en cet endroit. )
On vit, arrivant à Fronde, Forges de fer 5
Liieu le plus propre du monde Pour Lucifer, Et pour tout son peuple lutin.
Vive, etc.
( L'hôtesse a six filles. )
A l'Etoile, dans Joinville,
Près du château, Six grands brins de belle fille, Friand morceau, Y tenteroient un capucin.
Vive, etc.
( Hôtesse aigre et douce. )
De toi , Saint-Dizier sur Marne ,
Parlons un peu; Ton hôtesse charlatane Me met en feu :
Pluton gratte son parchemin.
Vive , etc.
(A Vitry, mal logea l'enseigne du nouveau monde.)
Viens, Vitry, que je te fronde ;
Quel maudit lieu !
De loger en l'autre monde , Sans dire adieu , Me donneroit moins de chagrin.
(Il gela le matin et fit chaud le soir. )
D'une inconstante maîtresse
Ne suis surpris , Ayant eu , plein de détresse ,
Près de Pongni , Si chaud soir , et si froid matin.
Vive, etc.
( Châlons. )
Sus , ranimons notre zèle ,
Chantons Châlons; C'est ici que je t'appelle, Grand Apollon , Souffle-moi ton esprit divin.
Vive , etc.
(M. le grand prévôt de Champagne, filleul du roi )
Grand prévôt, nul ne t'égale ;
Le grand Bourbon Te donna l'ame royale , Te donnant nom , Digne filleul d'un tel parrain.
Vive, etc.
(Repas magnifique chez lui.)
Fin rôt , ragoût , nappe blanche ,
Bonne liqueur, Tu donnas pour un dimanche : Mais le grand cœur Fut encore un mets bien plus fin.
Vive, etc.
De la vineuse Champagne
Sois tout l'honneur , Et qu'à jamais t'accompagne Gloire et bonheur :
Le ciel te fasse un long des tin l Vive , etc.
( M. le grand prévôt avoit eu soin de nous envoyer les relais. )
De Châlons , droit comme un cierg^e ,
Un matin frais , Nous allâmes vite à Bier^e Prendre relais.
Mon dieu , que relais fait grand bien ! Vive, etc.
(Étauge. )
Passant, évitez Etauge,
Et son château, Les chevaux y sont à bauge, Bon foin , bonne eau :
Mais quel séjour pour un humain !
Vive, etc.
(Verrerie à Montmirel, et vin excellent. )
A Montmirel il faut boire,
Car on y fait Ce vase qui fait la gloire De maint buffet, Et qui rubis forme en son sein.
( Dîné détestable. )
Hôtesse de la Bussière,
Au lieu d'argent , Tu baiseras mon derrière Assurément :
Tu n'as pas seulement de pain.
Vive, etc.
( Meaux. )
Dans le courroux qui m'anime
38o VOYAGE DE CHAUMONT.
Étrillons Meîiux; Mais tout beau , ce nom-là rime
Au cher du Vaulx :
Sans cela je ferois beau train.
Vive, etc.
( A Tépee royale le jardin est au second étage. )
A Claye, chasses surprenantes ,
Tout fut bien fait :
Les dames furent contentes :
Mais en effet Au grenier étoit le jardin.
Vive, etc.
Muse , finis ton ouvrage ,
Et ta chanson :
Voilà le charmant voyage Fait à Ghaumont :
De voit-il j amais prendre fin ?
Vive du Vaulx , et le bon vin , Et le bon vin î
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Ce volume a été coUationné sur plusieurs éditions j dont la plus ancienne est de 178 1, et en tête de laquelle on lit cet Avertissement :
« Je iie prétends point faire ici l'éloge du livre que je «présente aujourd'hui au public: le nom seul de son « auteur doit lui servir de lustre. Cliacun sait que M. Reu gfnard a été un des plus beaux gfénies de son siècle : ses «pièces de théâtre l'approchent de si près du célèbre « Molière , que l'on ne peut respecter la mémoire de l'un u sans rendre justice aux ouvrages de l'autre. Aussi je me (( garderois bien de rien ajouter au nom qui se lit à la « tète de ces œuvres , si je ne me croyois obligé de préve- « nir le lecteur sur quelques légers défauts qu'il remar- « quera dans ce livre. Il est à présumer que M. Regnard «n'avoit aucun dessein de faire imprimer ses voyages : « l'envie de se désennuyer et de contenter la curiosité de u quelques amis particuliers, étoient, je crois, les seuls « motifs qui l'ont obligé à les écrire. Cela est d'autant a plus facile à persuader, que l'on verra dans ce volume « plusieurs répétitions copiées Tune sur l'autre, si mot à u mot, qu'il est aisé de juger qu'il les envoyoit à diffé- (( rentes personnes. D'ailleurs, le style, en quelques en- (( droits, en paroît négligé; ce qui prouve clairement « qu'il ne prétendoit pas les mettre au grand jour. Ce- « pendant les curieux seront si satisfaits des découvertes « dont M. Regnard leur fait part , qu'ils lui passeront sans
u peine de légers défauts. Ce n'est donc point pour eux a que je mets cet Avertissement à la tête de cet ouvrage : « je ne l'ai fait que pour le lecteur satirique , et pour pré- « venir ces objections : Il me demandera saris doute pourri quoi ayant reconnu les fautes que je lui accuse, je ne u les ai point corrigées. A cela je lui répondrai que plu- « sieurs de nos auteurs modernes, que j'en avois priés, « m'ont avoué avec une modestie peu ordinaire à leur « profession , que les négligences peu châtiées de M. Re- « gnard l'emporteroient toujours sur leurs corrections les « mieux fondées : et je crois effectivement que les fautes (i légères de certaines gens sont plus passables que la per- « fection de certains autres. Je me flatte que la lecture u de ce livre rangera mes lecteurs de mon sentiment. Il « se rencontre a chaque pas des beautés dans cet ouvrage , « qui en réparent tellement les petites défectuosités, que t( je puis dire, avec vérité, que les unes servent de lustre u aux autres. Je crois que toutes les personnes sensées « n'auront qu'à lire pour se confirmer dans ce que je leur « avance, n
J'ai suivi le texte de cette édition autant qu'il m'a été possible, et j'ai préféré quelques fautes de Regnard aux nombreuses corrections qui ont été faites depuis par différents éditeurs.
Comme cette édition de i yS i n'est pas exempte de fautes, j'ai été obligé de faire quelques corrections ^ tantôt sur d'autres éditions j tantôt d'après le sens de la phrase : mais j'ai toujours préféré laisser une faute, à faire une correction hasardée.
Après l'impression de ce volume, j'ai découvert, à îa fin du cinquième volume de l'édùion de lySi , iift
errata qui n est que pour le premier volume de la même édition. La plupart de ces fautes ont été corrigées sans le secours de Ferrata , parcequ elles ne laissoient aucun doute.
Voici celles qui restent à corriger, suivant cet errata :
P. 4î ^- ïo • Avaient entré. Lisez .* Étoient entrés.
23, i4 : L'argent qu'il donne. Lisez ; Qu'on y donne (i). 52 , 19 : Est de la chose du monde la plus pesante , et se convertit, etc. Lisez : JEt la chose du monde la plus pesante , il se convertit , etc.
92 , 5 : Nous contemplions. Lisez : Contemplâmes (2). 190, 23 : Et nous avons remonté. Lisez et que nous avons remonté (3).
()) Dans les éditions modei-nes, on lit : L'argent de la recelte.
(2) Le texte de 1781 porte : Nous contemplassions.
(3) Le texte de 1781 porte : Et nous avons rencontré.