SCÈNE XII
NIGAllDlNi:i\ Li: FILOU; ARLKQUIN,
VAX Hluu, un mantt-au rouge sur le nez. ARLEQUIN, à part.
Je m'en vais renvoyer monsieur du Pont-l'Éveque d'une étran{^e manière. (Haut à l'autre filou.) Ah ! mons do la Trichardière, soyez le bien trouvé. Il y a longtemps que je vous cherche : vous m'avez filouté mon argent au jeu ; voilà'tent pistoles que j'ai été prendre chez moi : allons, ma revanche, ou il faut nous couper la gorge ensemble.
LE FILOU
Parbleu ! mons de la Filoutière, vous le prenez sur un ton bien haut! Par la mort!...
(Il met la main sur son ëpée. ) NIGAUDINET, se mettant entre eux.
Eh ! messieurs, point de bruit, (à Arlequin) Comment, monsieur, il vous a donc gagné beaucoup d'argent aux dés?
ARLEQUIN
C'est un filou, monsieur, il ne m'a pas gagné, il m'a filouté : je prétends qu'il me rende mon argent, ou qu'il rejoue encore avec moi.
NIGAUDINET.
Et combien avez-vous à perdre?
ARLEQUIN
J'ai encore cent pistoles, que voilà.
( 11 montre une bourse. )
i88 LA FOIRE S AINT-GERMAÏN.
NIGAUDINET.
Attendez, je m'en vais lui parler et tâcher de vous faire donner satisfaction. ( au filou. ) Allons, monsieur, il y a encore cent pistoles, il faut les lui gagner.
LE FILOU
Je ne le ferai pas, monsieur; j'ai de la conscience.
NIGAUDINET.
Eh! morbleu! jouez pour moi : je n'ai point de conscience, moi : je suis Normand.
LE FILOU
Le voulez-vous?
NIGAUDINET.
Je vous en conjure, et surtout les dés pipés, et toujours rafle.
LE FILOU
I^aissez-moi faire, (à Arlequin.) Oh! çà, mons de la Filoutière, puisque vous avez tant envie de jouer, faites donc apporter une table.
Allons vite, qu'on apporte une table, un cornet et des dés.
NIGAUDINET.
Allons, vite, vite, (à Arlequin.) Sans moi, monsieur, il n'auroit jamais joue.
ARLEQUIN
Je vous suis obligé, monsieur, car j'étois résolu de
lui faire tirer l'épée, et vous m'épargnez une affaire.
(On apporte ur>e table, un cornet et des clés. Le filou s'assied
à l'un des bouts de la table, Arlequin à l'autre ; Nigaudineî
se tient debout au milieu. )