ACTE m, SCKNE V. ii
AIILEQUIN.
J'ai mis, au lieu de sajjitlaire,
Ce véncrable apothicaire.
Tout visage sans nez frémit à $on aspect; Et lui, s agenouillant de civile manière,
Tire la flèche avec respect.
LE DOCTEUR
Est-ce qu'il y a quelque signe de mort , que je vois une place vacante dans votre zodiaque?
J'ai cherché vainement dans tout notre hémisphère. Une fille pour mettre au signe de virgo;
Mais, par le premier ordinaire.
Il m'en vient une de Congo.
^ Mais que dites-vous de ces deux jumeaux-là?
LE DOCTEUR
Comment ! c'est Octave et Angélique qui s'embrassent !
ARLEQUIN
Vous l'avez dit, docteur; les Gemini sont morts; Mais ces deux grands jumeaux que vous voyez paroître
Ne faisant plus qu'un en deux corps,
Malgré vous en feront renaître.
LE DOCTEUR, en colère.
Allez-vous-en au diable, avec votre zodiaque. Je vous trouve bien insolent.
ARLEQUIN
Poucement, ne nous fâchons point, monsieur le
docteur. Pour vous dépiquer, je vais vous faire entendre quelque chose de beau.
LE DOCTEUR
Je ne veux plus rien voir, ni rien entendre. Vous êtes un suborneur de la jeunesse.
Vous ne sauriez pourtant vous en dédire. (Le Temps représenté par Mezzetin , quitte le cadran , et s'avance sur le devant du théâtre. ) Voilà le Temps qui s'avance pour chanter : il faut que vous l'écoutiez paisiblement; il y va de votre vie. Si vous Tinterrompiez, il vous couperoit le cou avec sa faux,
LE DOCTEUR
La malepeste! j'aime mieux l'écouter.
MEZZETIN, représentant le Temps, chante au nez du docteur. Ton temps est passé; Ton timbre est cassé.
Tu t'en vas finir ta carrière :
Ne prends point de femme , car, Au lieu de sonner l'heure entière, Tu ne sonnerois que le quart.
(Le fond du théâtre se referme, et tous les acteurs sortent. )