‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 14 sur 181 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

ARLEQUIN, en barondeLaDindonnière; ISABELLE,

COLOMBINÉ , deux valets de chiens, avec des cors.

ARLEQUIN, donnant du cor.

Ho! ho! Gerfaut, Briffaut, Miraut, Marmiteaul îio ! ho ! ho ! (à Isabelle. ) Mademoiselle , quand on chasse une jolie bête comme vous, on n'a pas besoin de chiens pour découvrir où vous êtes; il est aisé dô vous suivre à la piste , et le fumet de vos appas porte au nez de plus de cinq cents pas à la ronde.

( II donne du cor. ) ISABELLE.

Monsieur, je n'aime pas qu'on fasse l'amour à son de trompe ^ et vous faites un peu trop de bruit pour prendre les lièvres au gîte;

ARLEQUIN

Vous moquez-vous? Je suis le gentilhomme de France le plus discret; je sais qu'il faut du mystère en amour, et c'est pour cela que j'ai laissé ma meute dans votre antichambre.

COLOMBINE

Ah î mes pauvres meubles ! Vraiment , je m'en vais bien faire sauter tous les chiens par la fenêtre^

ARLEQUIN

Ne t'y frotte pas, m'amie; ce sont des gaillards qui n'ont aucune considération pour le sexe.

ISABELLE

Ah! mon dieu, Colombiae, le vilain homme!

ACTi: T, SCÈNE VII. 29

ARLEQUIN

Vous etos rli.'iniu'^e de ma personne, n'est-ce pas?

( li montre un diiuloii (ju'il porte sur \r iH)ing. ) Quand J ai Ce

compère-là sur le poing, je ne manque guère ma proie. Nous avons dans notre famille le vol des filles et du dindon.

COLOMBINE

Les filles de ce pays-ci ne se prennent pourtant pas avec des poulets dinde; quelquefois avec 'une fricassée de poulets, donnée à propos, je ne dis pas que non.

ARLEQUIN, à Isabelle.

Votre chambrière a de l'esprit: je la retiens pour être mon premier piqueur.

COLOMBINE

Ah! monsieur, vous me faites trop d'honneur; je i^e sais pas piquer.

ARLEQUIN

Oh! que cela ne te mette pas en peine, on te ip entrera .

ISABELLE

Mais , monsieur, vous ne parlez que de chasse ; est-ce que vous n'avez pas d'autre occupation?

ARLEQUIN

Oh! que si; j'aime l'étude passionnément; je me renferme tous les matins dans mon cabinet avec mes chiens et mes chevaux.

ISABELLE

La compagnie est savante.

3o LES CHINOIS.

ARLEQUIN

Laprès-dînée, je monte ma jument poil d'étourneau, pour brossailler dans la foret; et le lendemain, pour être de meilleur matin au bois, je me couche pour Fordinaire tout botté et éperonné.

ISABELLE

Tout botté et éperonné!

Oh ! que cela ne vous mette pas en peine ; nous ne nous toucherons point : mon lit a vingt-cinq pieds de diamètre, et ce n'est pas trop pour coucher deux personnes et une meute de cinquante chiens courants.

ISABELLE

Quoi ! monsieur, si je vous épouse, tous ces chiens^ là coucheront avec moi?

ARLEQUIN

Oh! non, pas tous : j'en choisirai uoe vingtaine des moins galeux.

COLOMBINE

Je suis votre très humble servante : la nuit, ils pourroient bien prendre ma maîtresse pour une biche, et la dévorer.

ARLEQUIN, à Ck)lombine.

Tais-toi ; j'ai bien plus de risques à courir qu'elle. Quand nous serons mariés, elle pourroit bien me changer en cerf comme Actéon; et mes chiens ne feroient plus qu'un morceau de ma personne. (On donne du cor; les chkûs viennent sur 1« théâtre, courant après un saor; Iflier.)

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