SCÈNE I
J'ai refusé d'(5tre commis chez un commis de la douane, (|ui m'ainoit fait bien des gracieusetés, et OÙ j aurois tenu la caisse.
ARLEQUIN
Il ne tient qu'à moi d'être gouverneur des filles d'honneur d'une honnête dame qui demeure dans la tue Froidmanteau.
COLOMBINE
Je passe sous silence les avances que me fait un |)rocureui* moderne, qui me signifie tous les jours quelque avenir amoureux, et qui veut m'associer à sa pratique.
ARLEQUIN
Je ne fais point mention d'une ancienne procureuse qui me donne toujours quelque exploit galant, et qui m'a accordé la préférence sur quatre grands clercs.
COLOMBINE, d'un ton radouci.
Peut^on savoir le nom de votre ancienne procureuse ?
ARLEQUIN, du même ton.
Peut-on apprendre comment s'appelle votre procureur moderne ?
COLOMBÎNE.
Si vous n'étiez pas un petit indiscret.. ^
ARLEQUIN
Si vous n'étiez pas une grande babillarde...
COLOMBINE
lo vi direicine c'est monsieur Jacquemard
ARLEQUIN
lo vi diréî que c'est madame Jacquemard.
COLOMBINE
Madame Jacquemard ! E possibile ? Ah! caro Arlicchinol Nous négocions Tun et l'autre dans la même boutique.
ARLEQUIN
Ahl carissima Colom bina ! embrassez-moi. Nous travaillons tous deux dans le même atelier.
COLOMBINE
J'ai fait croire à M. Jacquemard que je suis une fille de qualité de province, nommée Léonore, et que je suis à Paris pour solliciter un procès.
ARLEQUIN
Et moi je me suis introduit auprès de la procureuse, sous le nom du baron de Groupignac, e cke sono y^enuto a Pariai per sollecitar un donc.
Quel est-il ce don?
ARLEQUIN
C'est de pouvoir seul avoir des haras de mulets dans les montagnes d'Auvergne.
COLOMBINE
Il faut de cette affaire faire notre fortune. Tu sais que notre mariage n'est retardé que par notre indigence : il faut que nous plumions ces oisons. J'assigne dès à présent ma dot sur les malversations du procureur.
SCKNE I. 2fù
ARLKQUIN.
Kt moi, ton douaire sur les malversations de la iprocurcuse. l/Kpine est dans mes intérêts.
COLOMBINE
Il est aussi dans les miens, et son secours ne nous sera pas inutile.