‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 42 sur 181 · ROGER, MÉLISSE, LE MARI DE MÉLISSE, UN DRUIDE · texte numérisé non relu

ROGER, MÉLISSE, LE MARI DE MÉLISSE, UN DRUIDE

CLg mari de Mélisse est inquiet du mouvement de la baguette, et en demande la laison.)

MÉLISSE, à son mari.

Va, va, mon mari, ne te chagrine point : tu m'as plus d'obligation que tu ne penses; car sans moi tu n'a urois jamais été retrouvé.

ROGER

Cela est vrai; sans la flèclie rompue, vous étiez un homme perdu.

(Le mari de Mélisse insiste et se fâche. ) ROGER.

Puisque vous voulez être éclairci, voilà le druide, qui est l'oracle de ce pays-ci , qui va vous éclaircir.

LE DRUIDE chante.

Une femme est encor trop sage, Lorsqu'après avoir fait naufrage, Elle veut bien cacher l'écueil à son époux : Mais un mari, qui connoît son dommage.

Doit filer doux , De peui' d'apprendre au voisinage Qu'il a raison d'être jaloux.

Jl 0 G E R chante sur l'air : Réveillez-vous , belle endormie. rse crains pas que le voisin cause.

Son mal est trop égal au tien :

Quand on le sait, c'est peu de chose; Quand on l'ignore, ce n'est rien.

LA nAonr/iTR de vulgain. 79 SCÈNE V.

UOGER, FLOUIDAN, LE DRUIDE,

UNE BERGÈRE, fommedeFloridan.

r LORIDAN.

En me rendant le jour, Rendez le calme à mon amour.

En quatre mots, dites-moi votre affaire.

FLORIDAN

Avant d'être enchanté, cette jeune bergrre , Entre plusieurs amants, me choisit pour époux.

Ce nom, qui vous paroît si doux,

Ne peut encor me satisfaire;

Et je sais que, pour Fordinaire, L'amant que Ton distingue avec de si beaux nœuds

N'est pas toujours le plus heureux.

ROGER

Je vous entends, du moins je vous devine;

Ou je me trompe, ou vous avez la mine

D'être le fils d'un fermier bien rente,.

Dont le riche mérite a si fort éclaté Aux yeux d'une avare maîtresse, Qu'elle a refusé la tendresse •

De vos rivaux.

FLORIDAN

Mon père étoit rentier, Mais je n'ai point traité l'amour en financier^

8o LA BAGUETTE DE VULCAIN.

Et j'ai gagné son cœur à force de tendresse.

J'en doute fort; mais baste, on vous le laisse, Puisque par un contrat vous l'avez acheté : Il est à vous, j'entends pour la propriété;

Car l'usufruit, c'est autre chose;

11 faut que la femme en dispose.

FLORIDAN

Cet usufruit est encor de mon lot; Pour le céder, il faudroit être un sot.

ROGER

Un sot, d'accord.

FLORIDAN

Oh ! point de raillerie :

Une femme n'est pas comme une métairie ; J'en veux être le maître, et non pas le fermier; Et par la sambleu! le premier...

ROGER

Oh ! tout beau ; respect au druide :

Je ne fais qu'opiner, mais c'est lui qui décide.

LE DRUIDE chante.

Ne craignez rien, l'hymen est votre asile;

Le nom d'époux écarte les rivaux ;

De votre Iris la garde est inutile ;

Ne songez plus qu'à garder vos troupeaux.

ROGER chante sur l'air : 0 le bon vin ! tu as endormi ma mère.

O le bon temps Où Ihymen servoit d'asile !

Mais pour à présent.

SCI>NE V. 8i

Tourelouic, lourc, lourc, Ce n'est fju'un manteau pour couvrir l'amant !

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