ROGER, MÉLISSE, LE MARI DE MÉLISSE, UN DRUIDE
CLg mari de Mélisse est inquiet du mouvement de la baguette, et en demande la laison.)
MÉLISSE, à son mari.
Va, va, mon mari, ne te chagrine point : tu m'as plus d'obligation que tu ne penses; car sans moi tu n'a urois jamais été retrouvé.
ROGER
Cela est vrai; sans la flèclie rompue, vous étiez un homme perdu.
(Le mari de Mélisse insiste et se fâche. ) ROGER.
Puisque vous voulez être éclairci, voilà le druide, qui est l'oracle de ce pays-ci , qui va vous éclaircir.
LE DRUIDE chante.
Une femme est encor trop sage, Lorsqu'après avoir fait naufrage, Elle veut bien cacher l'écueil à son époux : Mais un mari, qui connoît son dommage.
Doit filer doux , De peui' d'apprendre au voisinage Qu'il a raison d'être jaloux.
Jl 0 G E R chante sur l'air : Réveillez-vous , belle endormie. rse crains pas que le voisin cause.
Son mal est trop égal au tien :
Quand on le sait, c'est peu de chose; Quand on l'ignore, ce n'est rien.
LA nAonr/iTR de vulgain. 79 SCÈNE V.
UOGER, FLOUIDAN, LE DRUIDE,
UNE BERGÈRE, fommedeFloridan.
r LORIDAN.
En me rendant le jour, Rendez le calme à mon amour.
En quatre mots, dites-moi votre affaire.
FLORIDAN
Avant d'être enchanté, cette jeune bergrre , Entre plusieurs amants, me choisit pour époux.
Ce nom, qui vous paroît si doux,
Ne peut encor me satisfaire;
Et je sais que, pour Fordinaire, L'amant que Ton distingue avec de si beaux nœuds
N'est pas toujours le plus heureux.
ROGER
Je vous entends, du moins je vous devine;
Ou je me trompe, ou vous avez la mine
D'être le fils d'un fermier bien rente,.
Dont le riche mérite a si fort éclaté Aux yeux d'une avare maîtresse, Qu'elle a refusé la tendresse •
De vos rivaux.
FLORIDAN
Mon père étoit rentier, Mais je n'ai point traité l'amour en financier^
8o LA BAGUETTE DE VULCAIN.
Et j'ai gagné son cœur à force de tendresse.
J'en doute fort; mais baste, on vous le laisse, Puisque par un contrat vous l'avez acheté : Il est à vous, j'entends pour la propriété;
Car l'usufruit, c'est autre chose;
11 faut que la femme en dispose.
FLORIDAN
Cet usufruit est encor de mon lot; Pour le céder, il faudroit être un sot.
ROGER
Un sot, d'accord.
FLORIDAN
Oh ! point de raillerie :
Une femme n'est pas comme une métairie ; J'en veux être le maître, et non pas le fermier; Et par la sambleu! le premier...
ROGER
Oh ! tout beau ; respect au druide :
Je ne fais qu'opiner, mais c'est lui qui décide.
LE DRUIDE chante.
Ne craignez rien, l'hymen est votre asile;
Le nom d'époux écarte les rivaux ;
De votre Iris la garde est inutile ;
Ne songez plus qu'à garder vos troupeaux.
ROGER chante sur l'air : 0 le bon vin ! tu as endormi ma mère.
O le bon temps Où Ihymen servoit d'asile !
Mais pour à présent.
SCI>NE V. 8i
Tourelouic, lourc, lourc, Ce n'est fju'un manteau pour couvrir l'amant !