SCÈNE IX
M. CROQUIGNOLET; SON VALET,
portant un sac de nuit sur son épuule. LE VALET '.
Parbleu! monsieur, je ne puis plus aller; j'ai les fesses tout ëcorchées. La peste soit du voya^je! On vous envoie solliciter un procès , et vous allez voir l'armée.
M. CROQUIGNOLET.
C'est que j'ai le cœur martial.
LE VALET
Je crois que monsieur Croquignolet votre père et madame Croquignolet votre mère vont être bien surpris , quand ils verront arriver dans leur boutique monsieur Mathurin -Biaise Croquignolet, leur fils Tavocat, qui revient de Flandre.
M. CROQUIGNOLET.
Oh! je le crois.
LE VALET
Tous les badauds du quartier vont venir fondre dans votre boutique pour savoir des nouvelles du combat.
M. CROQUIGNOLET.
Cela est assez drôle , dà ! à un jeune praticien comme moi, d'avoir déjà vu une bataille contradictoire, et d'en être revenu sain et entier.
(i) Ghérardi jouoit ce rôle à visage de'couvert.
LE VALET
Oh ! parbleu, monsieur, vous pouvez aller à toutes les occasions du monde comme à celle-là ; je vous suis garant que vous n'y serez jamais blessé.
M. CROQUIGNOLET.
Il y faisoit pourtant chaud.
LE VALET
Cela est vrai; mais vous preniez le frais sur le mcmt Pagnott€, à trois bonnes portées du canon.
M. CROQUIGNOLET.
Je n'y allois pas pour m'y faire tuer. Quelque
niais! Cela nauroit pas été honnête à moi d'y
mourir, et jaurois enragé le reste de ma vie si j'étois mort là comme un sot.
LE VALET
Oh! vous avez raison. Mais, monsieur, gagnons pays, s'il vous plaît; allons vite chez votre père, visi^ ter son vin de Bourgogne; car je sens que j'ai besoin de forces.
M. CROQUIGNOLET.
Ho ! je n'ai garde de descendre chez mon père.
LE VALET
Et d'où vient?
M. CROQUIGNOLET.
On m'a mandé à l'armée que ma grande sœur Toiïion avoit la petite vérole, et je ne serois pas bien aise d'en être marqué.
LE VALET
C'est, morbleu! bien fait, de conserver votre teint ;