ACTE I, SCÈNE XV
COLOMBINE
Vous avez assez trautres endroits pour vous faire distin{juer.
NIGAUDIN.
Ce n'est pas, ventrebleu! qu'on n'ait du cœur. Je voudrois que vous me vissiez aux buvettes; je fais tout trembler; et si tous mes confrères les praticiens me ressembloient, il ne se recevroit pas le quart des nasardes qui se donnent tous les jours.
COLOMBINE
Je gagerois, à votre air, que vous opinez l'épée à la main, et je vous prendrois quelquefois pour un colonel de robe.
NIGAUDIN.
Vous trouvez donc mon babit joli? c'est un petit désbabillé de chasse que je me suis fait faire pour la cour. N'est-il pas vrai que l'épée me sied bien?
COLOxMBINE.
A charmer.
NIGAUDIN.
Je sens quelquefois des convulsions de bravoure que je ne saurois retenir. (Il tousse.) J'étois né pour la guerre; mais mon père, voyant que j'avois trop d'esprit pour ce métier-là, me mit dans notre présidial de Beauvais, et m'acheta une charge d'assesseur.
COLOiMBINE.
Ah! monsieur l'assesseur, si vous débrouillez aussi bien un procès que vous savez vous faire jour dan* un cœur, que vous êtes un juge éclairé!
NIGAUDIN.
Tout franc, mademoiselle, je ne me plains pas de mes lumières, et je vous avoue que j'ai une pénétration d'esprit qui me surprend quelquefois. Je jugeai dernièrement un gros procès à l'audience, dont je n'avois pas entendu un mot.
COLOMBINÈ.
Pas un mot! et comment avez-vous pu rendre la justice?
KIGÀUDIN.
Bon! dans tous les procès, il n'y a qu'une routine. L'une des parties m'avoit envoyé un carrosse de cent pistoles, et l'autre deux chevaux gris de six cents écus; vous jugez bien qui avoit le bon droit. COLOMBINE.
Oh! je sais que deux chevaux gris mènent un procès bien rondement.
NIGAUDIN.
Ma foi, vous avez raison ; les chevaux entraînèrent le carrosse.