TRAFIQUE T
Le ciel en soit loué! Je me déferai peut-être à la fin de ma fille, et je ne verrai plus dans ma maison des animaux de toute sorte d'espèce, et particulièrement cette assemblée de femmes, ou plutôt cette académie de folles qui s'y tcnoit.
PIERROT
Tout franc, monsieur, je commençois à être bien las de toutes ces visageresses , et j'étois résolu de prendre mon con^é ou de vous donner le vôtre. Mais, monsieur, je voudrois bien vous lâcher un petit mot, tandis que je sommes sur la chose du mariage.
Parle, Pierrot ; que me veux-tu?
PIERROT
Monsieur, regardez -moi bien; tel que vous me voyez , je vais me marier.
TR AFIQUET.
Toi, te marier! es-tu fou?
PIERROT
Ce qui mè console, monsieur, c'est que celle que j'épouse est aussi folle que moi.
TRAFIQUET.
Et qui est dgnc cette malheureuse-là?
33o LA COQUETTE.
PIERROT
Oh! monsieur, vous la connoissez bien; c'est... mademoiselle votre fille.
TRAFIQUET.
Ma fille , ma fille Colombine ?
PIERROT
Vraiment, monsieur, cest tout prêt; on n'attend plus que votre consentement et le sien.
TRAFIQUET.
Je ne sais, maraud, à qui il tient que je ne tassomme de coups.
PIERROT
Mais, monsieur, il ne faut pas se fâcher; cela n est pas si inégal. Je suis un garçon, une fois, et elle est une fille; et puis, monsieur, je ne sais ce que c'est que de faire le blêche : vous me donnez quinze écus par an; j'aime mieux n en gagner que dix et être votre gendre. Voilà comme je parle, moi.
TRAFIQUET lui donne des coups de canne.
Et moi, voilà comme je réponds.
PIERROT
Ehî fi donc, monsieur; est-ce comme ça qu'on parle de mariage?