ARLEQUIN, TRAFIQUET, COLOMBINE, PIERROT
TRAFIQUET.
Que veut donc dire, s il vous plaît, cette mascarade-ci?
ARLEQUIN
Monsieur, je vous prie de me dire si je suis mâle ou femelle; car, ma foi, je n'y connois rien.
TRAFIQUET.
Vous êtes un fou , voilà ce que vous êtes.
PIERROT, riant.
Ah! ah ! ah ! essuyez-vous, monsieur le bailli; vous êtes tout barbouillé.
COLOMBINE
Je suis , mon père , disposée à vous obéir ; mais je ne crois pas que vous vouliez me donner pour mari un homme qui est capable de pareilles extravagances.
ARLEQUIN
Oh ! oh ! voilà qui est assez drôle. Par ma foi ! s'il y en a, c'est vous qui les avez faites, et qui avez voulu que je me sois fait et marquis et ce que me voilà... Voyez, ne me voilà-t-il pas bien dessiné?
38o LA COQUETTE.
COLOMBINE
Moi, je vous ai fait faire ces extravagances-là? Ma foi, monsieur le bailli, vous rêvez.
PIERROT
Monsieur, quand je vous ai dit que j'étois mieux le fait de votre fille que cet homme-là, est-ce que je me trompois? Il faudra pourtant que vous y veniez.
TRAFIQUET.
Ce que j'ai vu tantôt, et ce que je vois présentement, m'oblige de vous dire, M. le bailli, que vous pouvez, tout de ce pas, vous en retourner dans le Bas-Maine, manger vos chapons; car pour ma fille, vous n'en croquerez que d'une dent.
PIERROT
Que d'une dent, monsieur le bailli, que d'une dent.
ARLEQUIN
Allez-vous-en au diable, vous et votre fille, petit vilain grigou raccourci. Adieu', la belle; je ne crois pas qu'il y ait au monde un animal plus méchant que vous. Il faut qu'un provincial ait le diable au corps pour venir s'équiper d'une femme à Paris.
COLOMBINE
Et qu'une fille à Paris soit bien près de ses pièces pour épouser un bailli du Bas-Maine.