‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 198 sur 200 · ARLEQUIN, TRAFIQUET, COLOMBINE, PIERROT · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, TRAFIQUET, COLOMBINE, PIERROT

TRAFIQUET.

Que veut donc dire, s il vous plaît, cette mascarade-ci?

ARLEQUIN

Monsieur, je vous prie de me dire si je suis mâle ou femelle; car, ma foi, je n'y connois rien.

TRAFIQUET.

Vous êtes un fou , voilà ce que vous êtes.

PIERROT, riant.

Ah! ah ! ah ! essuyez-vous, monsieur le bailli; vous êtes tout barbouillé.

COLOMBINE

Je suis , mon père , disposée à vous obéir ; mais je ne crois pas que vous vouliez me donner pour mari un homme qui est capable de pareilles extravagances.

ARLEQUIN

Oh ! oh ! voilà qui est assez drôle. Par ma foi ! s'il y en a, c'est vous qui les avez faites, et qui avez voulu que je me sois fait et marquis et ce que me voilà... Voyez, ne me voilà-t-il pas bien dessiné?

38o LA COQUETTE.

COLOMBINE

Moi, je vous ai fait faire ces extravagances-là? Ma foi, monsieur le bailli, vous rêvez.

PIERROT

Monsieur, quand je vous ai dit que j'étois mieux le fait de votre fille que cet homme-là, est-ce que je me trompois? Il faudra pourtant que vous y veniez.

TRAFIQUET.

Ce que j'ai vu tantôt, et ce que je vois présentement, m'oblige de vous dire, M. le bailli, que vous pouvez, tout de ce pas, vous en retourner dans le Bas-Maine, manger vos chapons; car pour ma fille, vous n'en croquerez que d'une dent.

PIERROT

Que d'une dent, monsieur le bailli, que d'une dent.

ARLEQUIN

Allez-vous-en au diable, vous et votre fille, petit vilain grigou raccourci. Adieu', la belle; je ne crois pas qu'il y ait au monde un animal plus méchant que vous. Il faut qu'un provincial ait le diable au corps pour venir s'équiper d'une femme à Paris.

COLOMBINE

Et qu'une fille à Paris soit bien près de ses pièces pour épouser un bailli du Bas-Maine.

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