ISABELLE, COLOMBISE, LE CHEVALIER
COLOMBINE
Je ne sais, madame, ce que vous voulez faire, mais je vous avertis que monsieur a enfermé une roue du carrosse dans son cabinet, pour vous empêcher de sortir.
ISABELLE
Qu'importe? nous irons dans le carrosse de monsieur le chevalier.
LE CHEVALIER
Cela ne se peut pas , madame ; mon cocher s'en sert : c'est queje lui donne mon carrosse un jour la semaine pour ses gages; c'est aujourd'hui son jour, et il Va loué à des dames qui sont allées au bois de Boulogne.
AC rb: II, SCENE VIII. 77
COLOMB! NE
Cela ne doit pas nous arrêter. Si madame veut aller à l'Opéra, je trouverai bien un carrosse.
ISABELLE
x\h! fi, Colombinc, avec ton Opéra. Peut-on revenir à la demi-ilollande, quand on s'est si long-temps servi de batiste? J'y allai dès deux heures à la première représentation; j'eus tout le temps de m'eunuyer avant que l'on commençât; mais ce fut bien pis, quand on eut une fois commencé.
COLOMBINE
Je ne conçois pas comment on peut s'ennuyer à l'Opéra ; les habits y sont si beaux!
ISABELLE
Je vois bien que nous ne sommes pas engouées de musique aujourd'hiu, et qu'il faudra nous en tenir à la comédie italienne.
LE CHEVALIER
En vérité, madame, je ne sais pas quel plaisir vous trouvez à vos comédies italiennes ; les acteurs y sont détestables. Est-ce qu'Arlequin vous divertit? C'est une pitié. Excepté cet homme qui parle normand dans l'Empereur de la Lune, tout le reste ne vaut pas le diable. J'étois dernièrement à une pièce nouvelle; elle n'étoitpas encore commencée, que j'entendis accorder les sifflets au parterre, comme on fait les violons à l'Opéra. Je m'en allai aussitôt, pestant comme un diable contre ces nigauds-là, et je n'en voulus pas voir davantage.
ISABELLE
Vous n attendîtes donc pas que la toile fût levée?
LE CHEVALIER
Hé! vraiment non. Ne voit-on pas bien d'abord à ces indices-là qu'une pièce ne vaut rien?