ACTE III, SCÈNE VI. 8g
dire qu'il confessa avoir reçu vinjjt mille cciis, quoiqu'elle ne lui eût jamais apporté en mariajje qu'un fonds de galanterie outrée, et une fureur effrénée pour le jeu : voilà la dot de la dame Sotinet.
CORNICHON
Avec votre permission, maître Braillardet, vous ne vous tiendrez pas pour interrompu si je vous dis que vous en avez menti : il a reçu vingt mille bons écus.
BRAILLARDET.
Des démentis, messieurs, des démentis! il est vrai que voilà le style ordinaire de maître Cornichon.
CORNICHON
Eh! allez, allez votre chemin: je vous vois venir avec vos suppositions. Une fureur pour le jeu ! une femme qui n'a pas vingt ans, une fureur pour le jeu!
BRAILLARDET.
Oui, oui, messieurs; quand je dis que voilà la dot de la dame Sotinet, je n'avance rien que de véritable; mais ne croyez pas que, parcequ'elle n'a rien eu en mariage, elle en dépense moins en se mariant. Les jeunes filles qui se vendent à des vieillards achètent en même temps le droit de les envoyer à l'hôpital promptement, par leurs dépenses extravagantes: c'est ce qu'a presque fait la dame Sotinet ; car enfin le pauvre homme ne fut pas plus tôt marié, qu'il vit bien (comme presque tous les autres qui s'enrôlent dans cette miUce) qu'il avoit fait une sottise; que le mariage est une affaire à laquelle il faut songer toute sa vie; qu'un bon singe et la meilleure femme sont
go LE DIVORCE.
souvent deux méchants animaux; et que ee grand philosophe avoit bien raison de s'écrier, en voyant trois ou quatre femmes pendues à un arbre : Que les hommes seroient heureux, si tous les arbres portoient de semblables fruits !
CORNICHON
Ce fruit-là seroit diableuieixt acre, et il ne seroit bon, tout au plus, quen compote.