ACTE III, SCÈNE VI
SOTINET.
Mais, monsieur Tavocal, qui vous a donné charge de dire tout cela?
BR A ILLARD ET.
Hé! taisez-vous, ignorant . ce sont des figures de rhétorique qui persuadent. (Auxjuges.) Quand tout cela seroit, dis-je, messieurs, sont-ce des raisons pour faire rompre un mariage? Si je vous parlois des intrigues de la dame Sotinet, de ses aventures galantes, de ses subtilités pour tromper son mari; mais.... Ante diem clauso componet vesper olympo.
Vous rougiriez, illustres et vieilles coquettes de notre temps, de voir qu'une femme de dix-huit ans vous a laissées bien loin après elle dans la carrière de la galanterie et j'apprendrois aux femmes qui m'écoutent de nouveaux tours de souplesse (elles n'en savent déjà que trop). Et après cela, messieurs, une femme, qui est le précis, Télixir, la mère-goutte de la transcendante coquetterie, viendra vous demander une séparation ! Ne tiendra-t-il qu a donner de pareilles détorses à l'Hymen? Ordonnerez-vous qu'un mari soit déclaré veuf, avant que d'avoir eu le plaisir d'enterrer sa femme? Non, non, vous n'autoriserez point une telle injustice. Nous espérons, au contraire, que vous obligerez la dame Sotinet à retourner avec son mari , pour mieux vivre avec lui, s'il est possible. C'est à quoi je conclus.
CORNICHON
Voilà une belle conclusion. Oh! çà, çà, nous allons
voir. (Il plaide.)
Messieurs, je parle pour damoiselle Zorobabel de Roqueventrousse, demanderesse en séparation, contre Mathurin-BIaise Sotinet, sous-fermier, ci-devant laquais, et défendeur.
L'aspect de ce sénat cornu , pompe digne de l'Hymen; cet attirail funeste et menaçant, tout cela, je l'avoue, m'inspire quelque terreur : mais, d'un autre côté, l'équité de ma cause me recréât et reficit; puisque je parle ici pour quantité de femmes, qui vous disent par ma bouche qu'un mari est à présent un meuble fort inutile; et que» quand il n'y en auroit point, le monde ne finiroit pas pour cela.
Le mois de mars 87 , Matburin-Blaise Sotinet, âgé de soixante-dix ans, sentit un prurit pour la noce, une démangeaison pour le mariage; cette vieille rosse, refaite et maquignonée, cette mèche sèche et ridée , prit feu aux étincelles des yeux de celle pour qui je parle. Il l'épousa, et il ne tint qu'à lui de voir qu'il avoit mis dans sa maison un trésor de sagesse et de prudence, puisqu'elle ne dépensa, en se manant, que les vingt mille écus qu elle avoit eus en mariage. Rare exemple de modération pour les femmes d'aujourd'hui, qui montent insolemment sur une grosse dot, pour insulter à l'économie de leurs maris.
BRAILLARDET, en riant.
Ah, ah, ah ! l'économie de la dame Sotinet ! J'avois oublié de vous dire, messieurs, que le mariage fut presque rompu, parceque le futur n'avoit envoyé qu'un carreau de cinq cents écus.