‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 65 sur 200 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

PLUTON, PÏIOSERPINE, assis sur un trône de flamme, au milieu de leur cour.

PLUTON

C'est une chose étonnante, phlégétontique assemblée , que de voir Taffluence d'ames qui tombent journellement par vos soins dans mon royaume : il faut désormais refuser l'entrée aux survenants, ou faire bâtir des appartements nouveaux; et, pour cela, je crois, qu'il sera bon de lever un droit sur le bois et le charbon qui se brûlent ici-bas : voilà le sujet pour lequel je vous assemble.

PROSERPINE

Ah ! fi , m'amour ! ne parlons point d'impôt : c'est quelque nouveau venu de maltotier qui vous a soufflé cet avis-là.

PLUTON

J'ai vu autrefois le temps si misérable, qu'il ne venoit pas ici le moindre petit griffonneur de sergent, qu'il ne fallût députer un diable exprès pour aller le quérir; et présentement, nous ne sommes employés qu'à les chasser : il faut que les greffiers attendent des années entières à la porte, parcequ'ils ne veulent pas passer devant les conseillers, qui pieuvent ici de toutes parts.

PROSERPINE

Il ne faut plus recevoir de gens de robe ; l'enfer est déjà assez lugubre; et surtout, point de greffiers^

SCKNE VÏII. ir")

Oar ces (jcns-Iù mettent l'enfer en mauvais prédicament.

PL UT ON

Oui ; mais vous ne savez pas que, moi qui suis Pluton, je n'ai pas plus de droit en enfer que ces messieurslà. Bienheureux si, quelque joUr, ils ne m'en chassent pas. Je suis si soûl de ces gens de chicane, que dernièrement je fis une querelle d'Allemand à un diable de qualité, qui revenoit de Paris, et je lui fis fermer la porte, parcequ'il avoit hanté mauvaise compagnie là-haut, et qu'il sortoit du corps d'un procucureur.

PROSERPINE

Vous avez eu raison ; ce seroit le moyen de gâter tout ici.

PLUT ON

Je veux que vous soyez témoin de ce que je dis, et que Caron apporte devant vous le livre journal des âmes qu'il a passées aujourd'hui.

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