SCENE L
LE VICOMTE, MEZZETIN dans le même lit, l'ua au chevet, et l'autre aux pieds.
LE VICOMTE
HoLA , quelqu'un de mes gens ! Champagne ! Picard I la Violette! Tortillon! Basque! mes pantoufles, ma î:obe-de-ciiambre, mon carrosse, à dîner, un bouillon, (Il sort du lit avec une robe d'aveugle des Quinze-Vingts.) Ne suisje pas bien malheureux qu'un homme de ma quaHté soit obligé d'éveiUer ses gens lui-même? Ovi sont donc ces marauds-là? Ou^is ! (à Mezzetin.)Et toi, ne te lèveras-
i48 L'HOMME A BONNES FORTUNES.
tu point? (Il donne un coup de pied à Mezzetin, qui est encore couché. Mezzetin, s'éveillant en sursaut, bâille et se lève.) Si 16
prends un bâton, maraud, je te ferai bien lever. (à part.) C'est un trésor en biver, qu'un laquais au pied d'un lit; son ventre sert de bassinoire.
MEZZETIN
Vous faites l'entendu, parceque les bonnes fortunes vous suivent partout; mais souvenez- vous que nous sommes deux laquais, et qu'il n'y a point d'autre différence entre nous que celle que j'y veux bien mettre : ainsi, un peu plus de douceur, s'il vous plaît, et un peu moins d'emportement avec votre camarade.
LE VICOMTE
Ce n'est point pour te quereller, Mezzetin, que je t'éveille de si bon matin; c'est seulement pour te dire que toutes ces bonnes fortunes me donnent fort à penser. A l'égard de celles qui me viennent par les présents que l'on m'envoie de toutes parts, passe; mais pour celles que nous faisons en volant des montres, en enfonçant des boutiques, et en coupant des bourses, ma foi, j'ai peur que toutes ces bonnes fortunes-là ne nous fassent faire notre mauvaise fortune à la Grève.
MEZZETIN
Hé! nous travaillons pour cela.
LE VICOMTE
Voilà une méchante besogne.
MEZZETIN
Tenez , voilà-t-il pas encore la rçbe que vous vo-