ACTE II, SCÈNK I. i
IMîOGANTlN.
Mais je crois que vous avez toutes deux l'esprit en écharpe. Est-ce que je suis hors d'âge d'avoir lignée? Savez-vous bien que l'on n'a que lage que l'on paroît; et monsieur Visautrou, mou apothicaire, me disoit encore ce matin, en me donnant un remède, que je ne paroissois pas quarante-cinq ans.
COLOMBINE
Oh ! mon papa, c'est qu'il ne vous voyoit pas au visage.
BROCANTIN.
J'ai ce que j'ai ; mais je sais bien que j'ai besoin d'une femme. Je crève de santé, et j'ai trouvé une fille commejela souhaite, belle, jeune, sage, riche; enfin, une fille de hasard.
ISABELLE
Une autre fille que moi, qui ne sauroit pas vivre, vous diroit, mon père, que vous risquez beaucoup en vous mariant; qu'il faut avoir perdu l'esprit pour songer, à votre âge, à un engagement, et que l'on renferme tous les jours des gens aux Petites-Maisons pour de moindres sujets : mais moi, qui sais le respect que je vous dois, sans me prévaloir des raisons que les enfants ont d'appréhender un second mariage," je vous dirai que, puisque vous crevez de santé, vous faites parfaitement bien de prendre une femme.
COLOMB IN E
Pour moi, je vous le conseille; car je voudrois que tout le monde fût marié.
lÔÔ L'HOMME A BONNES FORTUNES,
Oh ! vous prenez la chose du hon biais. Puisque vous êtes si raisonnables , apprenez donc que je suis en pourparler de mariage ; mais c'est pour vous.
ISABELLE et COLOMBINE, ensemble.
Ah! mon père!
BROC AN TIN
Ah! mes filles!
ISABELLE
Je vous ai des obligations que je n'oublierai ja^ mais.
COLOMBINE, se jetant au cou de Brocantin.
Ah ! mon petit papa , que je vous aime !
BROCANTIN.
Je savois bien que cela te feroit plaisir, et que tu n'aïuois point de chagrin de voir marier ta sœur avant toi.
colôMbîne.
Quoi ! mon père , ce n'est pas moi que voiis voulez marier?
ISABELLE
Non ; on feroit bien mieux de vous faire passer ia première, et d'attendre à me marier que vous eussiez trois ou quatre enfants! Pour moi, je ne conçois pas cette petite fdle-là.
COLOMBINE
Si vous ne me mariez, je sais bien ce que je ferai, moi.