SCÈNE XIV
M^-e LA RESSOURCE, VALÈRE, HECTOR.
VA L È R E , embrassant madame la Ressource. Hél bonjour, mon enfant : tu ne peux concevoir Jusqu'où va dans mon cœur le plaisir de te voir.
M™e LA RESSOURCE.
Je vous suis obligée on ne peut davantage.
HECTOR
Elle est jolie encor. Mais quel sombre équipage ! Vous voilà, sans mentir aussi noire qu'un four.
VALÈRE
Ne vois-tu pas, Hector, que c'est un deuil de cour?
M™e LA RESSOURCE.
Oh ! monsieur, point du tout. Je suis une bourgeoise , Qui sais me mesurer justement à ma toise. J'en connois bien pourtant, qui ne me valent pas, Qui se font teindre en noir du haut jusques en bas : Mais pour moi je n'ai point cette sotte manie ; Et si mon pauvre époux étoit encore en vie...
(Elle pleure.)
VALÈRE
Quoi! monsieur la Ressource est mort?
M'"e LA RESSOURCE.
Subitement.
HECTOR , pleurant.
Subitement? Hélas ! j'en suis fâché vraiment.
i84 LE JOUEUR.
( Bas à Valère- ) Au fait.
VALÈRE
J aurois besoin , madame la Ressource , De mille écus.
M™e LA RESSOURCE.
Monsieur, disposez de ma bourse,
VALÈRE
Je fais , bien entendu , mon billet au porteur. HECTOR.
Et je veux l'endosser.
M™e LA RESSOURCE-
Avec les gens d'honneur On ne perd jamais rien.
VALÈRE
Je veux que tu le prennes- Nous faisons ici bas des routes incertaines ; Je pourrois bien mourir. Ce maraud m avoit dit Que sur des gages surs tu prêtois à crédit.
M"^*^ LA RESSOURCE
Sur des gages , monsieur? c'est une médisance j
Je sais que ce seroit blesser ma conscience.
Pour des nantissements qui valent bien leur prix,
De la vieille vaisselle au poinçon de Paris,
Des diamants usés , et qu'on ne sauroit vendre ,
Sans risquer mon honneur, je crois que j'en puis prendre.
VALÈRE
Je n'ai pour te donner, vaisselle ni bijoux.