‹ uvres complètes de RegnardChapitre 120 sur 288 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

( A Dorante. ) Bonjour , mon frère.

Qu'est-ce? Eh Lien! qu'avez-vous? Vous êtes tout changé!

Allons, gai. Vous a-t-on donné votre congé?

DOE ANTE

Vous êtes Lien instruit des chagrins qu'on me donne ! On ne me verra point violenter personne ; Et quand je perds un cœur qui cherche à s'éloigner, Mon frère, je prétends moins perdre que gagner.

GÉRONTE

Voilà les sentiments d'un héros de Cassandre. Entre nous , vous aviez fort grand tort de prétendre Que sur votre neveu vous pussiez l'emporter.

DORANTE

Non ; je ne sus jamais jusque-là me flatter. La jeunesse toujours eut des droits sur les belles ; L'Amour est un enfant qui badine avec elles : Et quand, à certain âge, on veut se faire aimer, C'est un soin indiscret qu'on devroit réprimer.

GÉRONTE

Je suis , en vérité , ravi de vous entendre ;

Et vous prenez la chose ainsi qu'il la faut prendre.

NÉRINE

Si l'on m'en avoit cru, tout n'en iroit que mieux.

DORANTE

Ma présence est assez inutile en ces lieux. Je vais de mon amour tâcher à me défaire.

( Il sort. )

Allez , consolez-vous ; c est fort bien fait , mon frère. Adieu.

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