ACTE I, SCÈNE VI. 3oi
LE CHEVALIER, à Valère.
Voyez-le par vos yeux.
Nous sommes cinq amis que la joie accompagne, Qui travaillons ce soir en bon vin de Champagne. Vous serez le sixième, et vous paierez pour nous; Car à cinq chevaliers , en nous cotisant tous. Et ramassant écus, livres, deniers, oboles, Nous n'avons encor pu faire que deux pistoles.
LISETTE
Heureux le cabaret, monsieur, qui vous attend ! Vous voilà cinq seigneurs bien en argent comptant !
VALÈRE
Mais nétes-vous pas fou?....
A propos de folie , Savez-vous que dans peu, monsieur, je me marie?
(à Lisette. ) Comment gouvernes-tu cet objet de mes vœux?
LISETTE
Monsieur....
LE CHEVALIER
S'apprête-t-elle à couronner mes feux?
C'est un petit bijou que toute sa personne , Que je veux mettre en œuvre , et que j'affectionne :
( à Valèrè. )
Elle est jeune , elle est riche •, et de la tête aux pieds , Vous en seriez charmé, si vous la connoissiez.
VALÈRE
Je la connois : mais vous , connoissez-vous sa mère ?
3o2 LE DiSTRAlfi
Elle ne prétend pas songer à cette affaire.
LE CHEVALIER
Elle ne prétend pas ! Il faut que nous voyions Qui des deux doit avoir quelques prétentions. Elle ne prétend pas ! Parbleu , le mot me touche ; Je veux apprivoiser cet animal farouche.
LI8ETTE
L'apprivoiser! monsieur ? Vous perdrez votre temps j Et vous prendrez plutôt la lune avec les dents. LE CHEVALIER^ à Lisette.
ïîous allons voir; suis-moi.
Hé ! doucement de grâce ; Ralentissez un peu cette amoureuse audace. A vous voir, on vous croit partir pour un assaut. Et chez les gens ainsi s'en va-t-on de plein saut?
LE CHEVALIER
Elle ne prétend pas ! Ah ! vous pouvez lui dire
Que nous sommes instruits comme il l^ut se conduire ;
Et nous savons la règle établie en tel cas.
Je la trouve admirable ; elle ne prétend pas !
VALÈRE
je n'épargnerai rien pour la rendre capable De prendre à votre ampur un parti convenable. Vous, cependant, tâchez, avec des airs plus doux, A mériter le choix qu'on peut faire de vous.
LE CHEVALIER
J'y penserai, mon oncle. Adieu.