‹ uvres complètes de RegnardChapitre 273 sur 288 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

J'y venois * chercher la soHtude , et pleurer en liberté.

PASQUIN

Retirons-nous donc, monsieur: il est dangereux d'interrompre les larmes d'une veuve. La vue d'un joli homme fait lentrer la douleur en dedans.

DORANTE

Je vous l'ai dit cent fois, charmante spirituelle, je suis le cavalier de France le plus spécifique pour la consolation des dames.

LISETTE

Un cavalier fait comme vous ne sauroit en consoler une, qu'il n'en afflige mille autres.

DORANTE

Périssent de jalousie toutes les femmes du monde > pourvu que vous vouliez bien...

LISETTE

Ah ! n'achevez pas , monsieur ; je crains que vous ne me fassiez des propositions que je ne pourrois entendre sans horreur; car, enfin, il ny a encore que huit ans que mon mari est mort

PASQUIN

Ah! monsieur, vous allez rouvrir une plaie qui n'est pas encore bien fermée **.

(*) Dans toutes les éditions autres que l'édition originale, on lit: Bevenoii.

(**) L'édition originale porte refermée

DORANTE

Ah ! Pasquin, je sens que mon feu se rallume.

LISETTE

Hélas ! le pauvre défunt m'aimoit tant !

PASQUIN, bas à Dorante.

Elle parle du défunt; vos affaires vont bien.

LISETTE

11 m'a fait promettre, en mourant (en baissant la voix) que je ne me remarierois point.

PASQUIN, bas à Dorante.

Profitez du moment, monsieur: elle est femme; et puisque sa parole baisse , il faut qu'elle soit bien foible.

LISETTE, bégayant.

Je tiendrai... ma promesse... ou bien...

PASQUIN, bas à Dorante. ' Elle bégaie , il est temps que je me retire. DORANTE, bas à Pasquin.

a-tep.

Page 1