‹ uvres complètes de RegnardChapitre 41 sur 288 · SCÈNE XXIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII

CHAMPAGNE

Maraud! Voilà quelqu'un qui me connoît. Je suis plus pesant que de coutume, et je ne sais si mes jambes pourront porter au logis tout le vin que j ai bu.

M. GRIFON, à part.

Ne seroit-ce point quelque émissaire de mon coquin de fds, qui viendroit ici pour troubler la fête? Je veux m'en éclaircir.

CHAMPAGNE

Holà, l'ami, qui parlez tout seul, suis-je loin de chez moi , par parenthèse?

M. GRIFON.

Où loges-tu?

CHAMPAGNE

Hé! palsembleu, si je le savois, je ne le demanderois pas.

M. GRIFON.

Que cherches-tu dans ce quartier?

CHAMPAGNE

Je ne sais, je ne m'en souviens pas. Je suis pourtant venu pour quelque chose. Ah!... monsieur Grifon, le connoissez-vous?

M. GRIFON, à part.

Je ne me trompois pas , c'est un fripon.

CHAMPAGNE

Justement, un fripon, unvilain, un fesse-mathieu

M. GRIFON.

A qui penses-tu parler? C'est moi qui suis monsieur Grifon.

5o LA SÉRÉNADE.

CHAMPAGNE

Le diable emporte si je laurois deviné. Or donc, pour revenir à nos moutons, monsieur Mathieu, cet autre vilain, ce ladre...

M. GRIFON.

Ce pendard-là me fera perdre patience.

CHAMPAGNE

Patience, oui, c'est bien dit, allons doucement. Ce monsieur Mathieu donc, comme de vilain à vilain il n'y a que la main , il est arrivé que , par la concomitance d'un collier..., enfin je ne me souviens pas bien de tout cela.

M. GRIFON.

Tu as oublié la leçon qu'on t'a faite. Combien te donne-t-on pour jouer le personnage que tu fais?

CHAMPAGNE

Comme monsieur Mathieu est un vilain, je ne gagne pas grand'chose; mais je suis sobre.

M. GRIFON.

Il y paroît.

CHAMPAGNE

Venons à l'explication. Vous êtes monsieur Grifon, je suis monsieur Champagne : donnez-moi de l'argent au plus vite, car j'ai hâte.

M. GRIFON.

Que je te donne de l'argent ?

CHAMPAGNE

Oui, parbleu, de l'argent; je ne perds point le jugement, j'ai beau boire. Il me faut huit cent deux

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