SCÈNE IL
Bourgeois, et né natif en plaine Saint-Denis.
M. GRASSET
Monsieur !
Oh ! je connois vos tours. Qu'il vous souvienne Qu'un jour, étant chez vous, par malheur la garenne S'ouvrit, et qu'aussitôt on vit tous vos garçons S'armer habilement de broches , de bâtons , Et qu'ils eurent grand'peine, avec cet air si brave, A faire rembucher au fond de votie cave , Et dans votre grenier, tous les lapins fuyards , Qu'on voyoit dans la rue abondamment épars.
M. GRASSET
Je ne mérite pas, monsieur, un tel reproche.
MERLIN prend deux perdiix, qu'il met dans sa poche.
Donnez-moi deux perdrix : allez coucher en broche , Et souvenez-vous bien , vous et vos galopais , De mieux, à l'avenir, enfermer vos lapins :
(à M. La Montafjnc.) Entrez. Pour vous, monsieur, qui portez la vendange, Vous ne valez pas mieux ; ou ne perd rien au change. C'est là tout mon vin?
M. LA MONTAGNE
Tout; on n'est pas un fripon.
Il faut être en ce monde , ou marchand, ou larron.
M E R L I N , tiiam une houteiHe.
On est bien tous les deux. Voyons. Sans vous déplaire , Cette bouteille-ci me paroît bien légère. Vous êtes un fripon , un scélérat.
yu LE BAL.
M. LA MONTAGNE
Monsieur,
Vous me rendez confus .
Un arabe , un voleur.
M. LA MONTAGNE
Vous avez des bontés !
MERLIN
Sans parler de la colle , Ni des ingrédients dont votre art nous désole , Je vous y tiens : voilà, monsieur le gargotier, Des bouteilles qui sont faites d'un triple osier. Ah ! monsieur le pendard !
(Il défait une bouteille couverte de trois ou quatre osiers, en sorte qu'il n'en demeure qu'un fort petit. )
M. LA MONTAGNE
Mais ce n'est pas ma faute.
Le marchand...
MERLIN
Se peut-il volerie aussi haute?
De Tor et des grandeurs , je n en demande pas : Juste ciel, seulement fais qu'avant mon trépas Je puisse de mes yeux voir trois de ces cofsaires , Ornant superbement trois bois patibulaires, Pour prix de leurs larcins , en public élevés , Danser la sarabande à deux pieds des pavés. Voilà les vœux ardents que fait pour votre avance Le plus sincère ami que vous ayez en France. Adieu... Laissez-m'en deux, comme un échantillon,