‹ uvres complètes de RegnardChapitre 55 sur 288 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Comme ces fins gourmets qui vont goûter le vin. Sans acheter d'aucun , à chaque pièce on tâte : On laisse celui-ci de peur qu'il ne se gâte ; On ne veut pas de l'un, parcequ'i^est trop vert, Celui-ci trop paillet, cet autre trop couvert; D'un tel vin la couleur est malade et bizarre ; Cet autre , dans le chaud , peut tourner à la barre ; L'un est trop plat au goût, l'autre trop pétillant; Et ce dernier enfin a trop peu de montant. Ainsi , sans rien choisir , de tout on fait épreuve : Et voilà justement comme fait une veuve.

LISETTE

Une veuve a raison. J'aime mieux, prix pour prix, Deux amants comme il faut, que cinquante maris. Un époux est un vin difficile à revendre ; On peut en essayer, mais il n'en faut point prendre.

MERLIN

Si tu voulois de moi faire un petit essai , J'ai du montant de reste , et le vin assez gai. Mais je m'arrête trop , et je laisse mon maître Se distiller en pleurs , et s'enivrer peut-être. Je te quitte, et je vais arrêter ses transports. Si Lisette est pour nous , nous sommes assez forts.

LISETTE, seule

Je veux à les servir, m'employer tout entière : Ce monsieur Bas-Normand me choque la \isière.

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