SCENE VIIL 8i
Que je pourrai toujours aller tête levée ;
Que, malgré votre nez , et cet air égrillard ,
Mon front, entre vos mains , ne court point de hasard.
Voudriez-vous , mignonne , à la fleur de mon âge ,
Mettre inhumainement mon honneur au pillage?
Me réserveriez-vous pour un tel accident?
Hem! vous ne dites mot?
LISETTE, à part.
Qui ne dit mot, consent.
SOTEXCOUR.
Beau-père, jusqu'ici, s'il faut que je le dise^ La future n'a point encor dit de sottise ; Peut-être qu'elle en pense : en tout cas , j'avertis Quelle a l'entretien maigre , et le discours concis.
GÉRONTE
Tant mieux pour une femme.
SOTENCOUR.
Oui , quand par retenue Elle caquette peu', mais si c'est une grue.... Dans ma* famille, au moins , on ne voit point de sots. Lui , par exemple , il a plus d'esprit qu'il n'est gros.
MATHIEU CROCHET
Le cousin me connoît. Oh ! je ne suis pas cruche. Tel que vous me voyez.
SOTENCOUR.
Lui... c'est la coqueluche Des filles de Falaise. Il étudie en droit,
(*) L'édition originale cl celle Je 1728 portent : Dans Lk famille.
Et sait tout son Cujas sur le bout de son doigt.
MATHIEU CROCHET
Oh! quand on a du code acquis quelque teinture, Près des femmes de reste on sait la procédure : Nous autres du barreau , nous sommes des gaillards.
LISETTE
Vous êtes avocat ?
MATHIEU CROCHET
• Et de plus, maître ès-arts.
SOTENCOUR.
Très cdtéré , beau-père , au moins ne vous déplaise : On a soif volontiers , quand on vient de Falaise. Allons tâter du vin.
GÉRONTE
Allons , c'est fort bien dit.
SOTENCOUR.
Je me sens là-dedans un terrible appétit.
MATHIEU CROCHET
Depuis trois jours je jeune, afin d'être capable De pouvoir dignement faire figure à table.
LISETTE
Monsieur est prévoyant.
Vraiment , c est fort bien fait.
Allons, suivez-moi donc, cousin Mathieu Crochet. Bientôt nous reviendrons, ô beauté, mon idole! Voir si vous n'avez point retrouvé la parole.