‹ uvres complètes de RegnardChapitre 63 sur 288 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LÉ ON OR

Oh ! je n ai pas le temps.

De chagrins trop cuisants j'ai Tame pénétrée.

MERLIN

Tant mieux : je vous voudrois encor désespérée.

LISETTE

Elle n'en est pas loin.

MERLIN

C'est comme je la veux, Pour donner à mon art un exercice heureux.

LÉONOR

Pour des Bretons, monsieur, gardez votre science.

MERLIN

J'ai tout ce qu'il vous faut autant qu'homme de France. Tout Breton que je suis , je sais votre besoin.

LISETTE, à Léonor.

Ne le renvoyons pas, puisqu'il vient de si loin.

MERLIN

Dans un concert d'hymen , lorsque quelqu'un discorde ,

Je sais juste baisser ou hausser une corde;

Nul ne sait de l'amour mieux le diapason ,

Ni mettre, comme moi, deux cœurs à l'unisson.

LISETTE

Oh ! vous aurez grand' peine , avec votre industrie , A faire ici chanter deux amants en partie.

MERLIN

J'ai dans cet étui-là , madame , un instrument Qui calmeroit bientôt vos maux, assurément : îl est doux, amoureux, insinuant et tendre ;

Il va tout droit au cœur*.

LISETTE

Ne peut-on point l'entendre ?

LÉONOR

Ah ! laisse-moi , Lisette , en proie à mon malheur.

LISETTE

Madame , un air ou deux calment bien la douleur.

MERLIN

Écoutez-le , de grâce , un seul moment sans peine ; Et , s'il ne vous plaît pas , soudain je le rengaine.

( Il ouvre l'étui dans lequel est Valère. )

Cet instrument, madame, est-il de votre goût?

LÉONOR

Que vois-je ? c'est Valère !

LISETTE

Et Merlin !

MERLIN

Point du tout.

Je suis un Bas-Breton,

VALÈRE

Non, belle Léonore, Je n'ai pu résister au feu qui me dévore ; Et puisqu'on rompt les nœuds qui nous avoient liés , Je viens, dans ce moment, expirer à vos pieds.

LÉONOR

A quoi m'exposez-vous?

(*) Dans ledition originale et dans celle de 1728, on lit : Et qui va droit au cœur.

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