SCÈNE XL
Pe la sorte insulter la musique bretonne!
SOTENCOUR.
Lisette , quelle est donc cette mine bouffonne ?
LISETTE
C'est un musicien bas-breton !
SOTENCOUR.
Bas-breton !
Cet homme doit chanter sur un diable de ton ■ Je crois dès à présent sa musique enragée : Jamais, de son pays, il n'est venu d'Orphée; Pour des doubles bidets, passe.
MERLIN
Fat, animal , Vil carabin d'orchestre , atome musical , Par la mort...
SOTENCOUR, l'arrêtant.
Doucement.
MERLIN
Tenez-moi , je vous prie ; Si j'échappe une fois , je veux avoir sa vie. ïiaissez...
( Il donne sur les doigts de Sotencour. )
SOTENCOUR.
Si je te tiens, je veux être empale.
MERLIN, revenant.
Comment ! me soutenir que mon air est pillé ! Un air délicieux, que j'estime, que j'aime, Et que j'ai pris plaisir à composer moi-même Dans Quimper-Corentin.
GÉRONTE
Il a tort.
LISETTE
Entre nous , Cela ne se dit point.
SOTENCOUR.
Là , là , consolez-vous , Ce n'est pas un grand mal; on ne voit point, en France, Punir de ces larcins la fréquente licence. Mais que vois-je? est-ce à vous ce petit instrument?
MERLIN
Pour vous servir, monsieur.
SOTENCOUR.
J en joue élégamment; Je vais vous régaler d'un petit air.
MERLIN, rarrêtant.
De grâce , Je ne puis m'arrêter... Il faut...
SOTENCOUR.
Sur cette basse.
Je veux que Ion m entende un moment préluder.
MERLIN
Vous seriez trop long-temps, monsieur, à l'accorder; Et , de plus, mon valet a la clef dans sa poche.
SOTENCOUR.
Tous ces gens-là sont faits de croche et d'anicroche. Je vous dis que je veux...
LISETTE
Vous en jouerez fort mal ;