ACTE I, SCENE II. i
NÉRINE
Oh! j'entrerai , te dis-je.
Ici je suis de garde, Et je ne puis t'ouvrir que la porte bâtarde.
NÉRINE
Tes sots raisonnements sont pour moi superflus.
H ECTOR.
Voudrois-tu voir mon maître in natiiralibus .
NÉRINE
Quand se lévera-t-il?
HECTOR
Mais , avant qu'il se lève , Il faudra qu'il se couche; et franchement...
NÉRINE
Achève.
HECTOR
Je ne dis mot.
NÉRINE
Oh ! pai'le , ou de force , ou de gré.
HECTOR
Mon maître, en ce moment, n'est pas encor rentré. NÉRINE.
Il n'est pas rentré ?
HECTOR
Non. Il ne tardera guère :
^ous n'ouvrons pas matin. Il a plus d'une affaire , Ce earcon-là.
iSÉRINE.
J'entends. Autour d'un tapis A^ert, Bans un maudit brelan , ton maître joue et perd , Ou bien réduit à sec, d'une ame familière , Peut-être il parle au ciel d'une étrange manière. Par ordre très exprès dWngélique, aujourd'hui Je viens pour rompre ici tout commerce avec lui. Des serments les plus forts appuyant sa tendresse , Tu sais qu'il a cent fois promis à ma maîtresse De ne toucher jamais cornet, carte, ni dé , Par quelque espoir de gain dont son cœur fût guidoj Cependant...
HECTOR
Je vois bien qu'un rival domestique Consigne entre tes mains pour avoir Angélique.
NÉRINE
Et quand cela seroit , n'aurois-je pas raison?
Mon cœur ne peut souffrir de lâche trahison.
Angélique , entre nous , seroit extravagante
De rejeter l'amour qu'a pour elle Dorante :
Lui , c'est un homme d'ordre, et qui vit congrument,
HECTOR
L'amour se plaît un peu dans le dérèglement.
NÉRINE
Un amant fait et mûr.
HECTOR
Les filles d'ordinaire , Aiment mieux le fruit vert.