ACTE I, SCÈNE X. iSy
Qui , forcés à garder une longue abstinence , Pleurent d avoir trop mis à la réjouissance.
TOUT A BAS
Et c'est de là que vient la beauté de mon art.
En suivant mes leçons, on court peu ce' hasard.
Je sais, quand il le faut , par un peu d'artifice ,
D'un** sort injurieux corriger la malice;
Je sais dans un trictrac , quand il faut un sonnez,
Glisser des dés heureux, ou chargés , ou pipés ;
Et quand mon plein est fait , gardant mes avantages ,
J'en substitue aussi d'autres prudents et sages ,
Qui, n'offrant à mon gré que des as à tous coups,
Me font en un instant enfiler douze trous.
GÉP. ONTE.
Et monsieur Toutabas , vous avez l'insolence De venir "dans ces lieux montrer votre science?
TOUTABAS.
Oui, monsieur, s'il vous plaît.
GÉRONTE
Et vous ne craignez pas Que j'arme contre vous quatre paires de bras , Qui le long de vos reins?...
TOUTABAS.
Monsieur, point de colère; Je ne suis point ici venu pour vous déplaire.
(*) Ce est conforme à l'original. On Ut de dans les éditions modernes.
(•^ D'un est conforme à l'édition originale et à celle de 1 728. Dans lei éditioni modernes, on lit du
i58 LE JOUEUR.
GÉRONTE, le poussant.
Maître juré filou, sortez de la maison.
TOUTAT AS.
Ison , je n'en sors qu'après vous avoir fait leçon?
GÉROXTE.
A moi , leçon ?
TOUT A BAS
Je veux , par mon savoir extrême , Que vous escamotiez un dé comme moi-même.
GÉRONTE
Je ne sais qui me tient, tant je suis animé,'
Que quelques bons soufflets donnés à poing fermé...
Va-ten.
( Il le prend par les épaules. )
TOUTABAS.
Puisqu aujourd'hui votre humeur pétulante Vous rend lame aux leçons un peu récalcitrante , Je reviendrai demain pour la seconde fois.
GÉRONTE
Reviens.
TOUTABAS.
Vous plairoit-il de m avancer le mois?
GÉRONTE, le poussant tout-à-fait dehors.
Sortii'as-tu d'ici, vrai gibier de potence?