DE LA MÉDITATION
Lorsqu’on fait son oraison en particulier , il est bon de se servir toujours d’un livre de méditations,* au moins
(*) Règlement de vie , ch. 2. § 2. — Médit, pour la retr. Avert.
Les œuvres ascétiques de Saint Alphonse abondent en excellentes Méditations^ qu’on peut varier selon les diverses époques de l’année , de la manière suivante : pendant l’Avent , à Noël , et à l’Epiphanie , sur l’Incarnation , la Naissance , et la sainte Enfance de Jésus-Christ, tome I Ve j pendant le Carême, sur la Passion et la Mort du Sauveur, tome V® ; au temps pascal et aux fêtes du Saint- Sacrement, du Sacré-Cœur, et du Saint-Esprit, tome VD ; aux fêtes de la Sainte Vierge, des Saints Anges, de Saint Joseph , Sainte Thérèse, Saint François de Sales, tome Ville ; pour le reste de l’année et en tout temps, tome prêt ilP. — Ces méditations conviennent aux personnes de toute condition.
11 peut être utile de rapporter ici ce que l’Auteur écrivit luimême à ses Religieux, dans une circulaire en date du 26 février 1 771 : « Je recommande de se servir le plus souvent , pour la méditation , de mes livres ; la Préparation a la mort, les Méditations SUR LA PASSION, les Traits DE FEU qui sont dans la Voie du salut , et les Méditations de l’avent jusqu’à l’octave de l’Épiphanie. Je dis ceci . non pour prôner mes misérables ouvrages , mais parce que ces méditations sont mêlées de pieuses affections, et remplies, ce qui importe davantage, de saintes prières , qu’on ne trouve guère
DE L ORAISON MENTALE
dans les commencements, en s’arrêtant aux passages qu’on trouve plus touchants, et sans s’attacher à lire toute la méditation. Saint François de Sales dit qu’il faut en cela imiter les abeilles , qui s’attachent à une fleur tant qu’elles y trouvent du miel à sucer , et qui volent ensuite à une autre. Sainte Thérèse a suivi cette méthode pendant dix-sept ans : elle lisait d'abord un peu , puis elle méditait quelque temps. C’est ainsi qu’il convient de faire, a l’exemple de la colombe qui boit : après avoir aspiré un peu d’eau, elle lève les yeux vers le ciel.
Quand l’oraison a lieu en commun , un seul fait pour tous les assistants la lecture du sujet a méditer, en le divisant en deux parties : la première se lit au commencement , après les actes préparatoires ; la seconde , vers le milieu de la demi-heure, ou après la consécration , si
dans les autres livres. Je prie donc qu'on ait soin de lire toujours , à la méditation , la seconde partie, qui consiste dans les Affections et les Prières- »
Observons enfin que Saint Alphonse rend la pratique de Toraisoii mentale extrêmement simple, claire, facile, et non moins fructueuse ; grâce à la méthode qu’il enseigne , cet exercice indispensable pour quiconque veut se sanctifier , est vraiment mis à la portée de tout le monde. Aussi veut-il que tout le monde apprenne à méditer : il recommande instamment de donner des instructions spéciales au peuple à cet eftet , et de faire tous les jours l’oraison en commun dans les églises , pour les personnes de toute condition , et particulièrement pour celles qui ne savent pas lire ; il explique en outre la méthode à suivre dans cet exercice pour qu’il soit durable. Missions , ch. 7-9.)
Benoît XIV accorde à ceux qui enseignent ou qui apprennent fréquemment, soit en public soit en particulier , la manière de méditer ou de faire l’oraison mentale , une indulgence plénière une fois le mois , au jour dans lequel , véritablement contrits , ils se confesseront, communieront, et prieront selon les intentions.de l’Eglise; de plus une indulgence de sept années et de sept quarantaines chaque fois que, véritablement contrits, et ayant communié, ils enseignent l’oraison mentale ou assitent aux explications données pour apprendre à la faire. Ces indulgences sont applicables aux fidèles défunts.
Le Traducteur.
1)E l’oraison mentale. 281
c'est pendant la messe. On doit lire à haute voix et lentement, pour être bien entendu.
Il faut observer que Tutilité de Foraison mentale consiste moins dans la méditation même que dans les AlFeclions, les Prières , et les Résolutions, qui sont les trois principaux fruits de la méditation. «Le profit de notre âme , dit Sainte Thérèse , ne consiste pas a penser beaucoup â Dieu, mais a l’aimer beaucoup ; et l’on acquiert cet amour en se déterminant a faire beaucoup pour lui. » Aussi les maîtres de la vie spirituelle disent, en parlant de Foraison , que la méditation est comme une aiguille, après laquelle doit venir un fil d’or, composé d’affections, de prières, et de résolutions ; ce que nous allons expliquer.
Des Affections.
Ainsi , dès que vous avez médité un point , et que vous vous sentez pénétré de quelque bon sentiment, élevez votre cœur a Dieu et offrez-lui des actes fervents d’humilité, ou de confiance, ou de remerciement ; mais répétez surtout fréquemment , dans votre oraison , les actes de contrition et d’amour.
L’acte d’amour, comme aussi l’acte de contrition, est une chaîne d’or qui attache l’âme â Dieu. Un acte d’amour parfait suffit pour nous faire remettre tous nos péchés : Charitns operit miiltitndlnnn peccatoriim:^ Le Seigneur a déclaré qu’il ne saurait haïr ceux dont il est aimé : Ego diligentes me diligo.^^ La vénérable sœur Marie du Crucifix vit un jour un globe de feu qui consumait â l instant des brinsde paille : il lui fut donné a entendre par là que, lorsqu’une âme fait un véiitable acte d’amour, elle obtient le
J, y. Pet. 4. s. 2) Prov. S. 17.
*) Missions , ch. 7. § 7. — cli. 9. § 1 .
DE l’oraison mentale.
pardon de toutes les fautes qu elle a commises. En outre, le Docteur Angélique enseigne que tout acte d’amour nous lait acquérir un nouveau degré de gloire : Quilibet actus charitatis meretur vitam œternum.^
On fait des actes d’amour en disant , par exemple :
Mon Dieu ! je vous estime au-dessus de tout.
Je vous aime de tout mon cœur.
Je me réjouis de ce que vous êtes infiniment heureux.
Je voudrais vous voir aimé de tout le monde.
Je ne veux que ce qui peut vous plaire. .
Faites-moi connaître ce que vous attendez de moi , je suis prêt à le faire.
Disposez de moi et de ce qui m’appartient, comme il vous plaît.
Ce dernier acte d’offrande est très -agréable a Dieu ; Sainte Thérèse le répétait au moins cinquante fois par jour.
L’acte d’amour le plus parfait qu’on puisse produire dans l’oraison, c’est de se réjouir de la félicité infinie du Seigneur. Puisque tel est ' certainement l’exercice continuel des Bienheureux en paradis ,• où ils se complaisent moins dans leur propre félicité que dans celle de Dieu , parce qu’ils aiment Dieu immensément plus qu’eux^mêmes, celui qui , par des actes fréquents , se réjouit de la joie du Seigneur, commence à faire ici-bas ce qu’il. espère continuer dans le ciel durant toute l’éternité.*
Remarquons en outre ce que dit Saint Augustin, savoir,
■ (I) q, ni. a. 7.
(*) Réflexions pieuses, § 83. '
DE LORATSON MENTALE. 283
que c’est, non la peine, mais la cause du martyre, qui fait les vrais martyrs : Martyres veros, 7ion pœiia facit , sed causa. ^ Aussi Saint Thomas ^ enseigne que c’est être vraiment martyr que de souffrir la mort pour exercer un acte de vertu. D’où il faut conclure qu’on a le mérite du martyre, non-seulement quand on sacrifie sa vie pour la foi par la main du bourreau , mais encore quand on accepte la mort pour, se conformer a la volonté de Dieu et pour lui. plaire ; ce qui est le plus grand acte de vertu possible , puisque c’est se dévouer tout entier a l’amour divin. Ayant donc tous a payer la dette de la mort, efforçons-nous , dans l’oraison , de l’accepter de bon cœur pour accomplir la volonté de Dieu , quand il lui plaira de nous appeler hors de ce monde. Chaque fois qu’on fait cet acte avec une vraie disposition intérieure , on gagne un mérite semblable a celui qu’obtiennent les martyrs en donnant leur vie pour Jésus-Christ. Toutes les fois que Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi s’inclinait en récitant le Gloria Patri dans l’office , elle se disposait intérieurement a baisser la tête comme pour recevoir le coup de mort de la main du bourreau.*
On remarquera que je parle ici de l’oraison ordinaire ; car, s’il arrive qu’on se sente uni à Dieu par un recueillement surnaturel ou infus , sans penser d’une manière particulière a quelque vérité. éternelle ou a quelque mystère , on ne doit point chercher à produire d autres actes que ceux auxquels on se sent doucement attiré par le Seigneur, il suffit alors d’être attentif a se maintenir dans cet état d’intitne union avec Dieu, sans mettre obstacle a 1 opération divine en s’efforçant de faire des réflexions et des
(1) Epist. 89. E. B. (2) 2. 2. q. a. 5.
*) Vict. des Martyrs , Introd. § 2.
DE l’oraison mentale.
actes. Mais cela ne regarde que le cas où le Seigneur daigne appeler une âme à cette oraison surnaturelle : tant qu’on ne reçoit pas cette faveur, on ne doit pas se départir de la manière ordinaire de faire l’oraison , en passant , comme nous l’avons dit, de la considération aux affections; toutefois, pour les personnes habituées à l’oraison, il vaut mieux s’adonner aux affections qu’aux raisonnements.
2° Des Prières.
En outre, dans l’oraison , il est extrêmement utile , et peut-être préférable 'a toute autre chose, de faire de fréquentes prières , en demandant a Dieu avec humilité et confiance ses grâces , c’est-a-dire , les lumières dont on a besoin , la résignation , la persévérance , etc. , mais surtout le don de son saint amour. Saint François de Sales disait qu’en obtenant l’amour divin , on obtient toutes les grâces ; car, en effet, une âme qui aime vraiment Dieu de tout son cœur, évitera d’elle-même, sans qu’on le lui dise, tout ce qui pourrait déplaire au Seigneur, et s’efforcera de lui être agréable en toutes choses.
S’il vous arrive de tomber dans la sécheresse et robscurité, au point de vous sentir presque incapable de produire de bons actes , il suffit que vous disiez alors :
Mon Jésus! miséricorde. Seigneur! par pitié, secourez-moi.
Une oraison ainsi faite sera peut-être pour vous la plus utile et la plus fructueuse.
Le vénérable père Paul Segneri rapporte qu’avant d’avoir étudié la Théologie, il s’appliquait principalement, dans l’oraison, à faire des réflexions et des affections : (( Mais enfin , ajoute-t-il , Dieu m’a ouvert les yeux , et ,
DE L ORAISON MENTALE
depuis ce moment, je me suis attaché a la prière ; et s’il est en moi quelque bien , je m’en reconnais redevable a 1 habitude que j’aj prise de me recommander a Dieu. » Suivez cçt exemple ; demandez au nom de Jésus-Christ toutes les grâces que vous désirez, et vous serez exaucé ; car notre divin Sauveur ne peut manquer â la promesse qu’il nous a faite, que nous obtiendrions tout ce que nous demanderions a son Père en son nom : Amen, amen dico vobis : si (juid petieritis Patrem in nomine meo, dabil vobisA
En un mot , toute votre oraison doit consister a faire des actes et des prières ; c’est précisément ce que la vénérable sœur Marie du Crucifix a un jour déclaré dans une extase, en disant que foraison est la respiration de l’âme : en effet, de même que , par la respiration , nous recevons et nous rendons l’air tour a tour, ainsi par les prières notre âme reçoit de Dieu, et par les actes d’offrande et d’amour elle se donne elle-même a Dieu.
3° Des Résolutions.
En terminant Foraison, on doit prendre la résolution spéciale, soit de se corriger de certain défaut auquel on est plus sujet, soit de mieux pratiquer certaine vertu, par exemple : de supporter ce qu’on a â souffrir de la part de telle personne, d’obéir plus exactement a tel supérieur, de se mortifier en telle chose. Il faut renouveler la même résolution plusieurs fois, jusqu’à ce qu’on soit corrigé de ce défaut, ou qu’on ait acquis cette vertu. Après Foraison, on doit avoir soin de mettre en pratique les résolutions qu’on a formées, dès que l’occasion s’en présente. Ajoutons que, si Fon a contracté quelque engagement particulier
1) Jo. i6. ^3.
DE LOKAISON MENTALE.
envers Dieu, par vœu ou autrement, il est bon de le renouveler avant de finir chaque oraison ; c est en multiplier le mérite et s’attirer de nouveaux secours pour persévérer et croître en grâce.