‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 12 sur 86 · LE PALAIS DE LA VOLUPTÉ · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE LA VOLUPTÉ

Sur une maiton de plaisant»

que Mottteigneur le Dire du Rets a fait battir

dans (a fontt de Prinçay*.

MS M8 A mis toute son industrie

|^ ||8| I'our faire en M bo'f esfiarté

Wï&isisS Le palus de la Volupté.

Jamais le vague dieu de l'onde,

Ny celuy dea clartez du monde ,

N'e être prirent rien de plus beau ,

Quand, Bans trident et sans flambeau ,

D'une volonté mutuelle ,

Ils mirent en main la truelle,

Et bous des habits de maçons ,

Employèrent en cent façons

Tous les beaui traits que la nature

Admire dans l'architecture ,

Pour loger ce prince troyen

Qui depuis les paya de rien.

i. On trouve beaucoup de ces description! allégoriques dans les ailleurs du temps. Triïtana ilécril 1* Biiunt i'Àtlrtt ou le palais des Amours On a du P. Lemoine le Palaù ie la Foffw», le Ptlilt tet Fleuri d» lyi, le Calai, in Sommeil, etc. , de Hubert, le Tenpit te la Jtort, etc.

s. A quelques lieues de Nantes ; il en reste encore quelques débris.

w Le Palais

Arriére ces masses énormes Où s'entre- confondent les formes , Où l'ordre n'est point observé , Où l'on ne roit rien d'achevé ; 11 n'en est point icy de mesme ; Tout y suit la raison supresme , Et le dessein en cbasque part S'y rapporte aux règles de l'art.

L'invention en est nouvelle.

Et ne vient que d'une cervelle Qui fût tout avec tant de poids , Et prend de tout si bien le chois Qu'elle met en claire évidence , Que sa grandeur et sa prudence Sont aussi dignes , sans mentir, De régner comme debastir.

Cet esprit que ma muse adore , Qui de son amitié m'honore Et que j'estime comme un Dieu , A Fait ce palais en ce lieu , Où fréquente la solitude , Tant pour la chasse et pour l'estude.

Que pour tous tes autres plaisirs Qui s'accordent à ses désirs,

La salis grande et somptueuse Autant qu'elle est majestueuse, Se dedîe au roy des forests.

Au bon Pan , qui dans un marests Vit sa maistresse en vain aimée En fresles roseaux transformée; De quoy pour chanter son tourment II fit à Heure un instrument Qui ne dit mot quand on le toucha Si l'on ne le porte à la. bouche, Essayant ainsi d'appaiser

■ ,GoogIe

HE là Volupté.

Son ardeur par quelque baiser.

La dedans encore on revête , Diane au front doui et severe , Non pas pour cette chasteté Dont son humeur Tait vanité , Quoy qu'avec Hypolile on croye Qu'elle s'en donnoit à cœur joje, Hais parce qu'elle ayme d'amour A chasser en ce beau séjour.

Ceux de qui lame et les oreilles Trouvent des douceurs coni pareilles Aux plaisans et confus accors Que font ensemble et chiens et cors Entremeslez de voix humaines , Quand , par les bois ou par les plaines, Ou par les monts ou par les vaux.

Et les hommes et les chevaux Poursuivent cerf, chevreuil ou lièvre A qui la peur donne la fièvre , Ceux, dis -je, qui ne craignent pdint Le plaisir à la peine joint, Tel qu'il l'est en cet exercice Qu'où nomme un aymable caprice, Y sont bien venus en tout temps.

Et n'en partent point mal-contens.

Le démon des tours de finesse , Qui dès sa plus simple jeunesse Attrappa jadis tous les dieux , Et sur la terre et dans les deux ; L'inventeur du jeu de la chance, Où les trois dez, menans la dance, Taschent, au sortir d'un cornet, A vous mettre une bource au net ; Le patron des maquerellages , Le suborneur des pucellages,

Le Palais

Le chef des illustres a C'est à dire des orateurs, Dont souvent la soûle éloquence Rend les sujets de conséquence ; Mercure , dis -je , aux doux propos , Aux yeux perçans , au corps dispos , Qui par une routte inconnue Voleàson gré dessus la nue, Ailé comme unesmerillon, Préside au premier pavillon.

En ceUsndroit , sans tromperie, Et sur tout sans criaillerie , Peuvent a'esbattre nuict et jour, Gagnans et perdans tour à tour Sous le bon plaisir de fortune, A l'un douce, à l'autre importune , Ceux qui pensent que Paradis, C'est ramener quinze sur dis.

Le second , c'est où l'on conserve L'auguste portrait de Minerve, De cette sagedeïté, Qui, gardant sa virginité, Est cependant mère Féconde De divers enfans mis au monde , Les uns par les habilles mains Des plus industrieux humains.

Les autres enlaroesme guise Que l'on chante qu'elle y fut mise , Lorsque Bon père en accoucha Par le cerveau, qu'on Iny trencha ; Ce sont les arts et les sciences , Que, malgré nos impatiences , Autrefois elle nous apprit, Tant du corps comme de l'esprit. Là ceux qui pensent ne point viv

de la Volupté.

S'ils n'ont le Des dans quelque livre , Messieurs les doctes seulement, Se trouvent. en leur élément.

Au troisiesme , on voit en m gloire Celuy qui se plais t tant à boire , Ce dieu de pampre couronne Qui s'enyvra dès qu'il fut né; Ce fameux prince des crevaiiles , Ce guerrier de qui les batailles Se donnent en plein cabaret Sous un drappeau blanc et clairet, Ce bon Denis4, à qui ma muse Aucun éloge ne refuse , Nv jamais n'en refusera Tant que sa verve durera.

Là, tous les honnestes fvrongnes , Aux cœurs sans fard, aux nobles trongnes. Tous les gosiers voluptueux , Tous les desbauchez vertueux , Qui parut y leurs propos de table Joignent l'utile au délectable , Sont receus et traitiez aussi Comme des enfans sans soucy.

Et pour le dernier où se trouvent Mille tableaui qui nous esinenvent A faire ce crime innocent A quoy la nature consent, C'est à la cause des pensées D'où naissent toutes les ar"* *.

C'est i celle qui sur les Dots, Le divin germe estant esclos, Vogua dans un berceau de nacre ,

n4 Le Palais

C'est à Venus qu'il se consacra , A Venus, qui s'apprit deslors Dans la mer au bransle du corps , Qu'elle exerça depuis sur terre, Menant une si rude guerre Au* plus vigoureux bra***, Que jusques i celuy de Mars, 11 lu; faim rendre les armes, El recourir cent fois aux Inj-mos Pour quelque trêve en obtenir, Puis qu'il ne pouvoit la finir.

Là , ceux que Priape convie Au plus cher plaisir de la vie , Où l'on espreuvo un doux trespas , Encore qu'on ne meure pas , Trouvent, sans prendre cette peine Qui souvent en amour est vaine , Dequoy saouler leurs appétits , .

Autant les grands que les petits.

— Que ces empaleurs de Gomorre , Cas bon"* que mon cœur abhorre.

Ces infâmes pescheurs d'est***.

Ces soldats lasches et poltrons , Qui, denuez de toute audace , N'osent assaillir qu'une place Qui , sans tour et sans parapet , Ne se deffend qu'à coups de pet; Que ces tentes extravagantes, Ces fous aux humeurs arrogantes, Qui sans révérence des Dieux Se plaisent a morguer les doux, Pestons avec mille blasphème»

Contra tout, voire eontr'eux mesmet Seulement pour estre compris

de la Volupté. Au nombre de nos forts esprits;

Que ces misérables avares A leur endroit mesme barbares , Qui bien moins hommes qu'animaux Se donnent tous les jours les maux Que dans les biens dont ils se privent Ils craignent qui ne leur arrivent , Et se laissent mourir de faim De peur de n'avoir plus de pain ; Que ces mines de secrétaires, Ces graves discoureurs d'affaires , Qui, sans adveu du potentat, Trenchent des ministres d'estat ; Que ces vieilles rattes -pourries , Ces âmes qui ne sont nourries Que d'un chagrin contredisant

A tout ce qu'on Tait de plaisant ;

Que les ennemis des sciences ,

Que les perfides consciences,

Que les yvrongnes querelleux,

Ny les ignorans scrupuleux.

Ne viennent point, pour nos supplices

Troubler en ce lieu les délices

Que l'on y gouste tous les jours;

Bref, pour accomplir ce discours,

Que le petit noble rustique

Avec son habit à l'antique ,

Son corps mal fait , son sot maintien ,

Et son ridicule entretien ,

Ne se présente en nulle sorte

A cette vénérable porte,

Qu'il ferait sauter bors des gonds.

S'il ne veut que par mille bonds

On luy fasse dans nne berne

ia6 Le Palais de là Volupté.

Dancer la voile à la moderne, Ou que, pour avoir trop vescu , Cent coups d'espiogle dans le eu Luy toyent octroyez par des pages Plus mes chants que des chats sauvages, Ou qu'en fin les plus torts valets Aillent luy donner le relus.

BÀCCHUS CONQUERÀHT'.

Pour un ballet du Roy,

S Ceux qui m estaient injurieux

Sole m ni sent ma teste;

Tout m 'obéit, mesmes les immortels Révèrent mes sacrez autels, Mon tbyrse orné de pampres vers

Qu'un lyerre entrelace A fait trembler tout l'univers De sa seule menace, Il a tlestry par ses exploits guerriers L'honneur des plus fameux lauriers.

i. Le» Vert pif If *«U«< lia bacchanale!, de l'Imprimerie du roy, i6«3, sont d'une extrême rareW. Un exemplaire se trouve à la Bibl. de l'Arsenal. — Les premiers «ers- sont de Théophile , les suivants sont de Saint-Âmam (lie), de du Viryer, de Sorel et de Bois-Robert. On j voit paraître deux sacrificateurs, de» csclates conduisant le triomphe de Bacdius, un coupeur de bourse, un coureur de nuit (M. le grand-prieur), des donneurs de sérénades (le duc de Longueiille et le duc n'Elbeuf), un débauché pour les mascarades (le duc de Mont' morency), un débauché pour l'amour {le maréchal de CréquyJ , enfin un débauché pour les masques (M. de Chalais). — Le livret comprend les pages i-a8. — Les ballets étaient des spectacles qui ne servoient qu'aux divertissements des rois et des princes. Cahusac n'en cite qu'un seul, la Vcritt rmlngo, qui ail

il8 BACCHOS CONQUEliANT.

L'orieut voit dessous mes lois

Ses provinces régies ; '.

Ses monts , ses fleuves et ses bois ,

Ont ouy mes orgies , Et la terreur de mes GersLeopars Est imprimée en toutes pars.

L'impiété ne produit plus

Contre moy de Penthôe ; Tous mes ennemis sont perclus ,

Leur puissance est domptée ; Bref, le destin accorde à mon désir La gloire conjointe an plaisir.

Cependant ce roy redouté

Sous qui les lys fleurissent.

Celte adorable Majesté

Que les astres chérissent , Fait , quoy que Dieu , que j'advoue aujourd'hu y De n'estre qu'homme aux prii do luy.

0 grande reine a qui les cieui

Ont rendu tout possible, Il pert seulement par vos yeux

Le titre d'invincible, Comme il acquit, pour eux se consumant, Celuy de Juste1 en vous aymant.

été donné au public, h Venise. — On Ironie dans Furetière un passage curieux sur les ballets :

e La plus nécessaire qualité à un poète pour se mettre en réputation, c'est de hanter la cour ou d'y OToir été nourrj... Je ïoudrois qu'il cust accès dana toutes les mettes , réduits et académies illustres..., qu'il... Le meilleur serait qu'il eust assez de crédit pour faire les ters d'un ballet du roy , car c'est une fortune que les poètes doivent autant briguer que les peintres font le tableau du may qu'on présente a Nolre-Dami. Resta» tturgeoit de Furetière, Bibl. elieiirienae, ai fiatm. i. Il s'agit de Louis XIII, le Jtiie.

Juroh a Paris.

J-UNON A PARIS.

Pour un ballet.

■Équitable berger, gloire du sang de Troye , SQu'un songe mal heure ni pensa donner en Aux destins irritez; [proye

l'extrême grandeur dont l'éclat m'envioit obtenu la céleste couronne, [ronno

Je o'aspireroy point à celle des beautez.

Je préside aux trésors , je fay monter les hommes Par des degrez d'honneur jusqu'au siège où nous som- Avecques tous les dieux : [mes.

C'est de mon seul pouvoir que dépend la fortune; A quiconque il me plais t sa grâce estopportune Et rend souventesfoîs la terre égale aux cieux.

Aussi le souverain que l'Olimpe révère Adoucissant pour moi son visage severe ,

Adore mon autel; Je suis l'unique objet des pensers de son ame , Et croy que ma beauté, d'où procède sa dame, L'eugt fait mourir d'amour, si! eust esté mortel.

C.OO^IC

Le Sokcibh aioiiiïoï.

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