A MONSEIGNEUR LE COMTE DE HÀRCOURT
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Si mon pouvoir avoit respondu à mon désir, je tous présenterais aujourdTiuy, au lieu de ce petit recueil de diversitez capricieuses, un volume illustre où tout ce que les Huses scauroient produire de grave, d'éclatant et de superbe, seroit estalé à la louange de vos incomparables actions. Ce n'est pas
i . Les louanges de Saint-Amant, malgré leur exagération, sont encore an dessous de celles du sieur de François de Heaulx dans son Panéffriqueàniûiutigntiir learmlt de Baremrl île leicictoirtl i'IIaiU, Paris, Ménard et Quiaet, i S 43, in-4- Si Saint-Amant montre le comte ■ sentant a ehersl par dessus un effroyable retranchement », le panigyriste s'écrie : « Ayant heureusement rencontré le régiment que Roquesenière Tsisoit marcher droit an retranchement (a la bataille de Cazal, aS avril i64°). et •lort ayant commandé de donner, tous executastes le premier tos ordre* par une aveugla oheyssance de vous-mesme k tou*-
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que je ne me sois mis en devoir de les célébrer : qu'on ne m'accuse ny de paresse ny d'ingratitude ; mais, je l'avoue, la splendeur de la matière m'a eblouy ; mon génie s'est deflié de ses forces à l'aspect de tant de miracles , et toutes les fois que j'ay voulu essayer d'en écrire quelque chose, il m'est avenu comme a un certain peintre qui, voulant tirer une excellente beauté, n'eus! pas si tost jette l'oeil sur elle pour en ébaucher les premiers traits , que, ravy en la contemplation de ses merveilles et confus de la témérité de son entreprise, le pinceau luy tomba d'une main et les couleurs de l'autre. Aussi , Monseigneur, vos exploits sont si prodigieux , que , par un malheur souhaitable , et dont il n'y a que tous seul au monde qui se puisse plaindre héroïquement, vous y trouverez du desadvantage pour vostregloire. La grandeur en combat la certitude, le nombre en diminue la fby, et si vous en eussiez moins fait , ou que vous n'eussiez exécuté que des choses possibles, vostre réputation seroit peut-estre plus solidement establic dans la créance des siècles â venir : car, soit
mpjme . Vous fistes sauter vostre cheval par delà la ligne des ennemis buitt ou dix pas plus haut. Généreux cheval , qui es digne de porter le nom de ce tu j dun t la mémoire dure encore [Çucéphale< par une ville qui fut bastie (Bueépbalia) pour le rendre immortel; cheval non seulement de bataille, mais de victoire et de trionjiihe, qui es superbe de porter un si grand capitaine... ce n'est pas assez que l'on te voie dresser les oreilles, jeter le feu par les jeux et par les naxeaux... si, après toutes ces belles marques de générosité , tu ne noua ramènes sauve et victorieux ton Alexandre. . Ces saillies de ma plume ne font pas que je. vous perde de vue , Monseigneur. n (P. Si.)
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Episthe. , a4<)
que l'histoire raconte par la bouche de la fidélité, mesme tout ce que la mer et la terre tous ont veu Élire de hardy et d'estrange , suit que la poésie , sans avoir besoin de s'ajder de ses nobles impostures , vous fasse sauter à cheval par dessus un effroyable retranchement , comme un Mars que l'Espagnol crut s'estre élancé de sa sphère pour Tenir fondre sur lu y et le chastier de sou audace , qui est-ce quj ne tiendra et l'un et l'autre récit également fabuleux ? Ouy,
.. Monseigneur, il faut de nécessité absolue , ou que l'on ne croye pas la moindre de vos actions , ou que tout ce que les romans ont dit de leurs paladins et de leurs chevaliers passe pour véritable. Je n'ay
. point de peur d'estre suspect de flaterie en parlant de la sorte : il n'y a personne qui ne soit de mon sentiment et qui ne souscrive k mon opinion, et, connoissant vostre rare modestie au poinct que j'ay 'l'honneur de la connestre , j'oserois affirmer que , quand ou ne croiroit rien de tout ce que tous avez fait et qu'on n'en parleroit jamais non plus que tous, vostre vertu, qui ne cherche de satisfaction que dans elle-mesme , seroit aussi contente que si on tous donnoit des louanges immortelles, on qu'on tous erigeast des statues de marbre et de bronze par toutes les places publiques. Toutefois , ô mon prince magnanime ! après tout ce que j'ay dît sur la peine qu'aura la postérité à croire les grandes choses que tous avez exécutées , puis que ceux mesmes lesquels ont eu le bonheur d'en estre les tesmoins démentent presque leurs propres yeux , je trouve qu'il y va trop de l'ititerest du ciel pour n'espérer pas qu'il en
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autuorise la mémoire par quelque façon admirable. Il vous a donné te cœur de les entreprendre, il les fera sçavotr à tons les hommes ; bref, les estoiles dont vous serez couronné quelque jour s'arrangeraient au firmament en forme de caractères historiques de vostre vie , plutost que d'en permettre l'oubly , et chaque nation l'y verroit écrite en chaque langage, plutost que de l'ignorer. C'est la pensée de celuy que l'honneur de vostre longue et généreuse bien -veil lance , reconnue de mon costé par un zèle sans égal , oblige à estre jusque* au dernier soupir,
Vostre très-humble , très-obéissant , tresfidelteet très passionné serviteur,
Saint-Amant.
LES OEUVRES
DU SIEUR DE