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986 Préface
au moindre* vétilles, je ne conseillersy jamais k personne dfl l'entreprendre. Je m'y suis pieu de tout temps , parce qu'ayinant la liberté comme je fais , je veux mosme avoir mes candies franches dan» le langage. Or, comme cehiy-lb embrasse, sans contredit, beaucoup plus de tonnes, de façons de parler et de mots que l'héroïque tout seul , j'ay bien voulu en prendre la place le premier, afin que, si quelqu'un y réussit mieux après moy, j'aye k tout te moins la gloire d'avoir commence. Oapeut dire qu'il est de ces pièces comme de ces belets grotesques qui , estant dancez d'ordinaire par les plus eieellens baladins sur les airs du mouvement le plus admirable, plaisent plus aux spectateurs, avec leurs habits estranges , leurs masques bizarres et leurs postures merveilleuses, que ne font ces balets sérieux , ces morslitei muettes , dont les démarches sont trop ajustées , et où le plus souvent il ne se voit rien de beau que l'éclat et la magnificence. C'est assez: changeons de discours, et venons à l'argument de uostre caprice herol-eomique.
Les Espagnols, dont l'ambition est plus grande que la terre, et h qui les nouveau! mondes ne suffisent pas , s'estant saisis des isles de Saincte-Marguerite et de 5si net- Honorât , situées en la cosle de Provence , uostre invincible monarque, dignement secondé, en toutes ses glorieuses entreprises, des graves et sublimes conseils du grand cardinal duc de Richelieu, fit assembler en la rade de l'isle de Ré une armée navale la plus puissante et la mieux equtppée que la France eust mise de long-temps sur l'Océan, afin que, faisant voile d'une isle si fameuse par la honte de l'Angleterre , elle en allait rendre deux autres encore plus illustres par la honte de l'Espagne. Hais, comme ce n'est pas assez d'amasser de grandes forces si l'on ne sçait faire eslection d'un chef capable de lea commander , Son Eminence , divine au choix des hommes aussi bien qu'en toutes les autres merveilles de sa vie, et comme ayant l'entière superintendance de nos mers, nomma k Sa Majesté, pour en estre le gênerai, ce brave et vaillant prince monseigneur le comte de Hareourt , de qui les miraculeuses actions sont aussi hautes, aussi eclaltsntes et aussi connues que le soleil, et par ce digne employ, luy donnant lien d'exercer amplement sa rare conduite et son extraordinaire valeur, se le rendit destors et h jamais redevable de toutes les belles choses qu'il a faites depuis
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ce temps- lï. De m 'amuser à dire icy par la mena uostre depart, quel vent favoris» uostre roui* et combien de corsaire* turcs nous prismes en chemin, ce n'est pas mon dessein ; je dira y seulement qu'après avoir cosloyé toute la Galice et tout le Portugal sans avoir rencontré une seule barque de pescheur», tant l'effroy de nostreannée aToit frappé le cœur des ennemis, nous arrivasiues au cap de Spartel eu Afrique, ou, ayant demeuré deux jours à l'ancre pour nous mettre mieux eu estât de passer le destroit de Gibraltar, lequel nous croyions nous devoir estre infailliblement disputé par la Botte d'Espagne, nous quittâmes cette plage déserte , espouventable et solitaire, ott Tonne voit que des lyons, des aigles et des serpens, etmismes à la voile au meilleur ordre du monde environ deux ou trois heures devant soleil levé.
C'est ce qu'il faut sçavoir pour un plus grand esclairci&sement de ces vers, que je commencay la mesiue nuict dans l'admirai , avant eu l'honneur d'estre appelle h ee voyage par lettres expresses et obligeantes de ce généreux prince, qui peut tout sur moy, et a qui j'uy voué tous mes soins et tous mes services. Or, estant dont saisi delà verre, sur le poinct que, suivant mon conseil , nous avions fait apporter le jambon et la bouteille, et nous fortifiions le cteur pour nous préparer a jouer de* cousteaux , et l'ardeur du bon Phebus escliiuffant mon ame avant que ses rayons eussent éclairé mes yeux , je m'y laissa? aller brusquement a l'aspect des estotles qui nous regardaient boire, et fi* , le verre et non la plume à la main , les premiers couplets de cette pièce. Jamais il ne fut une telle joye que la nostre, dans le terme espoir que nous avions de trouver et- de vaincre l'enuenty ; jamais on oe vit rien de si beau que ce que nous viames quand la clarté de l'aurore, dis-' sipant les ténèbres , nous vint a desceuvrir tout d'un coup le superbe et furieux appareil de uostre floue ; et il faut advouer que qui n'a teu la 'pompe d'une armée navels le jour qu'elle s'attend de donner bataille ne se la sçauroil imaginer parfaitement. Nous avions plus de taffetas au vent que de toile; nous
lestes. La splendeur des broderies d'or et d'argent eblouissoit la veue en l'agréable diversité de* enseigne*. Tout favorisoit uostre passage : un sephire doux, et propice nous souftloit en
poupe; l'air estoit serain , la mer calme, te ciel net, pur et ra-
mîueux, et l'an tins! dit que 1m terre de l'Europe elde l'Àffriqne l'abaisaoit en certains endroits autour de Don» par respect, et •e haussait en d'autres par curiosité. Enfin, ai je ne retenois la bride h ta fougue poétique qui, malgré moj, te voudrait bien couler dans ma proie , je dirais que, quelque frayeur qu'eus! l'Espagne de nostre puissance et de nostre eonrage , elle ne se pouioit tenir d'admirer nostre somptuosité et nostre bel ordre, et de témoigner de prendre plaisir a voir le* lerges mesmes qui la deroient chaslier. Mai» comme ras matières- U sont da gibier des vers, je croy que ma muse ne s' j sera pas épargnée, et que peu de gens l'en fussent mieux acquitte! que inoy parm; le bruit et la multitude d'un vaisseau, Où Ces belles dames de Parnasse n'ont gneres accoustumé de se trouver. Je me suis joué sur les noms de quelques navires , autant que 1b fable , l'histoire ou la nature l'ont pu permettre, et me suis esteudu k décrire particulièrement la pompe de eeluy du roj et de la pataebe nommée la Cardinal*. Et je pense que l'on ne me brocardera point de m'eslre voulu commenter mo j-mesme pour avoir mis quelques apostilles en la marge de cet ouvrage, afin de donner l'intelligence de quelques termes que les plus doctes ne sçavent pas , ny ne sont pas mesme obligez de scaioir s'ils n'ont le pied marin. J'y en ay mis eneor quelques autres sur des choses qui ne sont pas communes et que les plus raisonnables ne trouveront point inutiles. Qui n'entendra le reste, h son dam. Ausurplua, si nous eussions combataen cedestroit, comme nous ne fiâmes point, ou par la lasebeté , ou par l'impuissance des Espagnols, qui n'y osèrent venir, j'eusse employé d'autres couleurs en la composition de ce tableau que je ne fis ; il n'y auroit rien paru que d'héroïque et de sérieux, et, sans vanité, j'eusse fait voir, comme j'espère que nostre Moyse fera quelque jour, que nous no sommes pas plus mal adroits à nous servir de la trompette on de la lyre que de la fluste ou de ta gniterre. Hais, ne s'estant versé que du viu en cette journée, au lieu du sang que nous nous attendions de répandre , je le continua; du mesme air que je l'avois commencé, et insera y dedans , par manière de prophétie , selon les bons tours du mestier, le combat donné quelque temps après entre nostre armée navale et les galères d'Espagne, devant le chasteau de
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Menton; la descente que nous fiâmes en llile de Sardaigne, où monseigneur le comte de Harcourt rendit des preuve» signalées de u prudence et de sa hardiesse, et la merveilleuse et non jamais assez eialUe reprise des isles de Saincte-Marguerite et de Saincl-Hono rat. De là , retournant à décrire noatre passage , qui doit astre mémorable à perpétuité pour les importantes suites qu'il eut , je me raille du tiers et du quart à ma mode, selou l'humeur enjouée où j'eslois, et, me trouvant justement vis-S-iis de la ville de Gibraltar, qui est h le fin de ce destroit, du coste de l'Espagne, je mets en mesine tempe fin s. me pièce, et achevé noblement la débauche par la santé du roy. Voilà tout ce que j'avoisà dire là-dessus, borsmis qu'avant esté l'un des Argonautes d'un voyage ai célèbre , j'en suis aussi fier, et m'en estime autant que ce fameux poêle qui accompagna Jason dauslesien. VIVAT !
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