I- je Passage
Tu noua dois estre favorable :
Un prince en valeur admirable Représente icy ton Jason, Et nostre projet honorable , Comme toy, vise à la toison*.
C'est au Castillan qu'on en veut :
Nous cherchons partout à le mordre ; Mais le poltron y met bon ordre , Il fuit nostre chocq tant qu'il peut; A Neptune il Fait banqueroute , Nul deffi naval il n'escoute , La terreur l'eschoue en ses ports , Et dans Madrid mesme il redoute Le bruit mortel de nos saborts1.
La nuit commence à desnicher; Enfana , voylà l'aube qui trotte , ■ Phebus la suit, et nostre flotte Dans ledestroitva s'emmancher.
Que la pompe en est fiere et belle !
Glauque n'en a point veu de telle Depuis qu'une herbe qu'il mangea.
Rendant sa. nature immortelle, D'homme en dieu marin le changea.
Au gré de maint doux tourbillon J'y voy cent fiâmes a secouées ; Cent banderolles enjouées
1. On sait que le roi d'Espagne étoit le chef et grand maître de l'ordre de la Toison-d'Or, institué en ifcg par le duc de Bourgogne Philippe-le-Bou. Les chevaliers portoieut , attachée à un collier de fusils et de pierres a feu , l'image d'une toison semblable a celle dont Jason voulait s'emparer. 1. Sabortt, canonnières ou embrasures d'un vaisseau. (S.-A.) S. Fiama, espèces de banderolles rouges. (S.-A.)
se Gibraltar.
Y font la court au pavillon1 ; Icy, l'or brillant sur la soja En une grande enseigne ondoyé Superbe de couleur et d'art, Et là richement se désploye Le grave et royal estendart.
Le portrait du fameux chapeau Devant qui le turban suprême Tremble, et n'est en sa peur extrême Qu'un béguin «resté d'oripeau, Ornant d'une auguste manière Cette martiale bannière , Nous arme mieux qu'un morion Pour briser la teste dernière Du rogue et nouveau Gerion.
Ce digne atour du plus grand chef Qui du timon ait sceu l'usage A l'adversaire ne présage Qu'un dur et tragique mecbef; Cette lumineuse figure Est l'astre de mortelle augure Dont la rougeur le fait pâlir, Et que l'ombre la plus obscure Pour luy ne peut ensevelir.
Hais au lieu qu'il s'esvanouit Au feu de sa pourpre éclatante , Hou œil , sur la face inconstante , A son aspect se resjouit : C'est la vive ardeur qui m'allume ; C'est l'objet qui donne à ma plume
ig4 Le Passage
Va etila clair et triomfant, Qui les autres stilles consume; Mais i! m'altère en m'eschaufant.
Beuvons au généreux dessein Qui dans ce passage I ameine ; D'une fureur autre qu'humaine Je me sens agiter le sein.
Qu'à ce pot le tonneau succède ; Un certain gaj démon m'obsède Qui n'a plaisir qu'à s'eiiyvrer, Et de sa force, à qui tout cède , Le fin seul me peut délivrer.
Sus, pour honorer ce canal D'un blinde ' qui vive en l'histoire , Que chacun se prépare à boire La santé du grand cardinal1!
Il tient l'empire de Neptune , II préside à nostre fortune Sur l'un et sur l'autre élément, Et la destinée opportune File pour luy journellement.
Si j'arois icy le loisir De chanter ses exploits illustres, Tous ces noms qui fout tant les rustres En crevoroient de desplaisir ; ' Je ravirais la terre et l'onde ; La muse oltiere en sa faconde Se pendrait (soit dit t'ntsr nos), Et je ferais en l'autre monde Enrager l'ombre d'Aibornos.
DE GlBRÀtTÀR. 4g5
Ce vain Cuzman , ce comte-duc, Qui perd contre luy son aicrime, Gemiroit aux coupa de ma rime Comme l'animal de saint Luc , Et s'il venoit un jour à lire Ce que ma verve en pouirOit dira A ses mornes yeux estonnoz , .
Ses beziclss qui m'ont (kit rire D'effroy lui tomberaient du nez.
Mais nous ne sommes pas en lieu Propre à débiter ces merveilles :
le les réserve aux nobles veilles Que je voue àcedemy-dieu,- Là , descoiffant mon escritolre , A mon papier je fera; boire , Par un excès rare et divin, Plus de (laçons d'encre à sa gloire' Que je n'ay bù de brocs de vin.
Ha .' je voy ce cœur sans pareil , Ce vaillant Harcourt , qui s'apprest* ■ A faire un nouveau jour de feste , Peint de sang et de jus vermeil ; Dusjàsur le haut delà pouppe , Pour me piéger * il prend sa couppe Où pétille et rit le nectar, Et, s'escriant masse à. la trouppe , Sa voix estonne Gibraltar.
i. PUftr ou pleigtt. — Les lexiques ne donnent h ce mot d'autre sens que cautionner. Ici peut être iignifie-t-41 défier, peoMtn soutenir , appuyer , comme dans os vers du Ptrnfiu
■ ,GoogIe
îgG Le Passage
le y le chasteau de Tanger1 Et là le fort du Mout-am -Singes ■ Voudroyent pouvoir plier leurs liages En la frayeur de ce danger; La Tour ' et l'isle de Tariffe, Que l'Océan ronge el desbiffe, Se souhaittent au Tonds des eaux , Et rien n'ose attendre la griffe Du moins hardy de nos oyseaux.
- ^ Un Cocq * suivant le Saint Lonys *,
i. Le chatleim de Tan ger. place forte dans le destroit ducosté
de l'Afrique. (8.-A.)
9. Le fort te Ment-aux-Singes , antre place du mesme coalé nommée Ceiia, l'une et l'autre appartenant an roj d'Espagne. <S.-À.)