SCÈNE I
Une pièce dans l'hôtellerie de la Jarretière. Entrent FALSTAFF bt MISTRISS QUICKLY.
FALSTAFF. — ^Trêve de bavardage, je t'en prie. Adieu; je m'y rendrai. Voici la troisième tentative ; le nombre impair me portera bonheur, j'espère. Allons, va-t'en. On dit qu'il y a dans les nombres impairs une vertu divine, soit qu'ils s'appliquent à la naissance, à la fortune ou à la mort. Adieu.
QUICKLY. — Je vous aurai une chaîne, et je vais faire de mon mieux pour vous procurer une paire de cornes.
FALSTAFF. — Adieu, vous dis-je : le temps se perd, allez, levez la tête, et rengorgez-vous. (Sort mistriss Quickly, Entre Ford.) Ahl vous voilà, monsieur Brook; monsieur Brook, les choses s'éclairciront ce soir, ou jamais. Trouvez-vous vers minuit dans le parc, auprès du chêne de Heme ; vous y verrez des merveilles.
FORD. — Mais n'êtes-vous pas allé hier, monsieur, au rendez- vous qu'on vous avait donné?
FALSTAFF.— J'y allai comme vous me voyez, monsieur Brook, en pauvre vieil homme, mais j'en revins en pauvre vieille femme ; son mari, le coquin de Ford, a dans le corps le plus fameux enragé démon de jalousie, monsieur Brook, qui se soit jamais avisé de gouverner un fou de son espèce. Je vous dirai qu'il m'a cruellement battu sous ma figure de vieille femme ; sous ma figure d'homme je ne craindrais pas Goliath, une aune de tisserand en main : je sais comme un autre que la vie n'est