ACTE II, SCÈNE YI. 3S
maison. — Par le bâton de Jacob, je jure que je ne ine sens nulle envie d'aller ce soir à un festin en ville ; cependant j'irai.— Vous, drôle, prenez les devants, et annoncez que je vais y aller.
LANCELOT. — Je vais vous précéder, monsieur. (Bas à Jessica.) Maîtresse, malgré tout ce qu'il dit, regardez à la fenêtre; vous verrez approcher un chrétien, qui mérite bien les regards d'une Juive.
(Lanceloi sort.)
SHYLOCK. — Hél que vous dit cet imbécile de la race d'Agar?
jEssiCA. — Il me disait : Adieu, maîtresse; rien de plus.
SHYLOCK.— ^Ce Jeannot-là ^ est assez bon homme, mais gros mangeur, lent au projet comme une vraie tortue, et dormant dans le jour plus qu'un chat sauvage. Les frelons ne bâtissent pas dans ma ruche : ainsi je me sépare de lui, pour le céder à un homme que je veux qu'il aide à dépenser promptement l'argent qu'il m'a emprunté.— Allons, Jessica, rentrez. Peut-être reviendraije sur-le-champ. Faites ce que je vous recommande : fermez les portes sur vous. Bien attaché, bien retrouvé : c'est un proverbe qui ne vieillit point pour un esprit économe»
(Il sort.)
JESSICA. — Adieu. — Et, si la fortime ne m'est pas contraire, j'ai perdu im père, et vous une fille.
(Elle sort.)