‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 218 sur 301 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

roi... grand roi (et cependant non pas grandement bon), si ma parole vaut encore quelque chose en Angleterre, qu'à mon ordre on m'apporte sur-le-champ im miroir, afin qu'il me montre quel air a mon visage depuis qu'il a fait faillite de sa majesté royale.

BOLiNGBROKE. — ^Allcz , quclqu'uu ; qu'on apporte un miroir.

(Sort un homme de suite.)

NORTHUMBERLAND.— Lisez cot écrit pendant qu'on va chercher le miroir.

RICHARD.— Démon, tu me tourmentes avant que je sois en enfer.

BOLINGBROKE. — Lord Northumberlaud, n'insistez plus.

NORTHUMBERLAND. — Alors Ics commuucs ne seront pas satisfaites.

RICHARD. — Elles seront satisfaites: j'en lirai assez lorsque je verrai le véritable livre où tous mes péchés sont inscrits ; ce livre c'est moi-même. (On apporte un miroir,) — Donnez-moi ce miroir ; c'est là que je veux lire.— Quoi ! ces rides ne sont pas plus profondes? Quoi ! la douleur a frappé tant de coups sur ce visage, et n'j o. pas fait des plaies plus profondes ? 0 miroir flatteur, tu fais comme mes courtisans au temps de ma prospérité, tu me trompes ! Est-ce là le visage de celui qui sous le toit de sa demeure entretenait chaque jour dix mille personnes? Est-ce là ce visage qui, comme le soleil, faisait cligner les yeux à ceux qui le contemplaient? Est-ce là le visage qui a soutenu tant de folie, et qui a été à la fin éclipsé par Bolingbroke ? C'est ime gloire fragile que celle qui brille sur ce visage, et ce visage est aussi fragile que la gloire {il jette contre terre le miroir qui se 6me), car le voilà brisé en mille éclats.— Fais attention, roi silencieux, à la moralité de ce jeu.— Comme mon chagrin a vite'détruit mon visage I

BOLINGBROKE. — L'image de votre chagrin a détruit l'image de votre figure.

RICHARD. — Répétez-moi cela : « l'image de votre chagrin ?» Ah I voyons : oui, cela est vrai, mon chagrin est tout entier au dedans, et ces formes extérieures de deuil

ne sont que des ombres du chagrin caché qui se gonfle en silence dans Tâme torturée. C'est là que vit le chagrin lui-même ; et je te remercie, roi, de ta grande bonté, qui non-seulement me donne sujet de gémir, mais m'apprend de quelle manière je dois gémir. — Je ne vous demanderai plus qu'une gi*âce, et après je me retire ; je ne vous importunerai plus : Tobtiendrai-je?

fiOLiNGBROKE. — Nommez-la, beau cousin.

RICHARD. — Beau cousin ! Eh quoi ! je suis plus grand qu'un roi; car, lorsque j^étais roi, je n'étais flatté que par des sujets ; et maintenant que je ne suis plus qu'un sujet, j'ai ici un roi pour flatteur. Puisque je suis si grand, je n'ai pas besoin de demander de grâce'

BOLiNGBROKE. — Demandez toujours.

RICHARD. — ^Et l'obtiendrai-je ?

BOLINGBROKE. — ^Vous l'obtieudrez.

RICHARD. — ^Eh bien, donnez-moi la permission de m'en aller.

BOLINGBROKE. — Où ?

RICHARD. — Où VOUS voudroz, pourvu que je sois loin de votre vue.

BOLINGBROKE.— Allez, quclques-uns de vous: qu'on le conduise à la Tour.

RICHARD. — Oh ! vous êtcs très-bons pour me conduire* ; vous êtes tous des gens de conduite, vous qui savez si lestement vous élever sur la chute d'un roi légitime.

(Sortent Richard, quelques-uns des lords et une garde.)

BOLINGBROKE. — C'est à mercredi prochain que nous fixons le jour de notre couronnement. Seigneurs, préparez-vous.

(Tous sortent, excepté l'abbé de Westminster, l'évoque de Carlisle, Aumerle.)

l'abbé DE WESTMINSTER. — Nous avons VU là une triste cérémonie.

l'évêque de carlisle. — La tristesse est à venir : les en-

1 O good! eonveyy conveyors are you alL

Convey, conveyory signifie aussi escamoter, escamoteur. Il était impossible de donner un sens en français à cette plaisanterie «n traduisant littéralement.

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