‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 238 sur 301 · ACTE I, SCfeNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCfeNE I

quatorze céiits àiïs, pour notre avantagé ^ stir le bois amer de la croix. Mais cfe projet existe depuis un an, et je n'ai pas besoin de vous le dirfe : cela sera^ donc ce n'est pas encore aujourd'hui que nous nous rassemblons pour le départ. Maintenant, Westmoreland, mon cher cousin, rendez-moi compte de ce qui fut arrêté hifer au soir dans notre conseil, pour hâter une expédition si chère.

WESTMORELAND. — Mou souveraih, on discutait avec ardeur les moyens de l'exécuter promptement, et hier au soir seulement on avait arrêté plusieurs des dépenses qu'elle exige, lorsqu'à travers ces débats survint tout à coup un courrier de Galles, chargé de fâcheuses nouvelles. La pire de toutes c'est que le noble Mortimer, qui conduisait les gens du comte d'Hereford contre les troupes irrégulières et sauvages de Glendower, est tombé entre les mains féroces de ce Gallois. Mille de ses soldats ont été massacrés ; et les Galloises ont exercé sur leurs cadavres de telles horreurs, leur ont fait subir des mutilations si brutales, si infâmes, qu'on ne peut les redire ou les indiquer.

LE ROI. — Les nouvelles de ce combat auraient, à ce qu'il parait, empêché de donner suite à l'affaire de la terre sainte.

westmoreland! — Oui, mon gracieux seigneur, cette nouvelle jointe avec d'autres ; car il est venu du Nord des nouvelles plus pénibles et plus fâcheuses encore: et les voici. Le jour de l'exaltation de la Sainte-Croix^ le vaillant Hotspur,^ ce jeune Henri Percy, et le brave Archambald, cet Écossais tout plein de valeur et de renommée, se sont livrés à Holmedon un sérieux et sanglant combat. Les nouvelles ne nous en sont parvenues que par le bruit de leur mousqueterie, et accompagnées seulement de conjectures ; car celui qui nous les a apportées est monté à cheval au moment où la lutte devenait le plus opiniâtre, totalement incertain sur l'issue qu'elle pourrait avoir.

LE ROI. — Un ami plein d'affection et d'habile fidélité, sir Walter Blount, arrive ici descendant de cheval et

couvert des différentes espèces de poussières quUl a traversées depuis Holmedon jusqu'à cette résidence ; et il nous a apporté des nouvelles agréables et douces. Le comte de Douglas est défait. Sir Walter a vu dans les plaines d'Holmedon dix mille de ces hardis Écossais et vingt-deux chevaliers baignés dans leur sang. Au nombre des prisonniers d'Hotspur sont Mordake, comte de Fife, et fils aîné du vaincu Douglas', les comtes d'Athol, de Murray, d'Angus et de Menteith. Ne sont-ce pas là d'honorables dépouilles, une riche conquête ?Eh, cousin, qu'en dites-vous ?

WESTMORELAND. — Oui, certes, c'est une victoire dont pourrait se vanter un prince.

LE ROI. — Eh ! vraiment c'est en ceci que tu m'affliges, et que tu me fais faire le péché d'envie contre Northumberland quand je le vois père d'un fils si désirable ; d'un fils, le sujet étemel des discours de la louange, la tige la plus élancée du bocage, le favori, l'orgueil de la fortune caressante, tandis que moi spectateur de sa gloire, je vois la débauche et le déshonneur souiller le front de mon jeune Henri. 0 plût au ciel qu'on pût prouver que quelque fée se glissant dans la nuit, a tiré pour les échanger nos enfants de leurslanges, et qu'elle a nommé le mien Percy, et le sien Ptantagenet! Alors j'aurais son Henri et il aurait le mien. — Mais bannissons-le de ma pensée. — Que dites-vous, cousin, de l'orgueil de ce jeune Percy ? Les prisonniers qu'il a faits dans cette rencontre, il prétend se les approprier, et il me fait dire que je n'en aurai pas d'autres que Mordake, comte de Fife.

WESTMORELAND. — Ce sont là les leçons de son oncle; j'y reconnais Worcester, toujours malveillant pour vous

1 Mordake, comte de Fife, n'était pas fils de Douglas, mais d'Archambald, duc d'Albanie et régent du royaume d'Ecosse; mais Shakspeare qui suivait sans y regarder de plus près , la version d'Hollinshed, avait été trompé par l'omission d'une virgule dans le texte du chroniqueur, à l'endroit où il fait emmener les prisonniers faits par Hotspur à la bataille d'Holmedon; Mordake earl of Fifcy son to the govemor Archamhald earl Douglas. C'est l'omission de celte virgule après Archambald qui a fait l'erreur de Shakspeare.

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