‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 273 sur 301 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

diguée.... excepté les miens, qui ont désiré de te voir encore, et se sentent malgré moi, à ta vue, obscurcis par les lannes d'une folle tendresse.

HENRI.— Mon trois fois gracieux seigneur, je serai dorénavant plus semblable à moi-même.

LE ROI.— Par Tunivers, tel tu es en ce jour, tel était Richard lorsque, revenant de France, je débarquai à Ravensburg, et tel que j'étais alors, tel est aujourd'hui Percy. Et par mon sceptre, par le salut de mon âme, Percy a dans le pays un pouvoir plus respectable que toi, l'ombre du successeur au trône. Car, sans droit à la couronne, sans la moindre apparence de droit, il remplit nos campagnes de guerriers armés. U affronte la gueule menaçante du lion, et quoiqu'il ne doive pas plus aux années que toi, il conduit aux combats sanglants et aux coups meurtriers de vieux lords et de vénérables prélats. Quel honneur immortel ne s'est-il pas acquis contre le fameux Douglas dont les hauts faits, les rapides incursions, et la grande renommée dans les armes, enlèvent à tous les guerriers la première place, et le titre suprême de premier capitaine du siècle dans tous les royaumes qui reconnaissent le Christ? Eh bien ! trois fois cet Hotspur, ce Mars au maillot, ce héros encore enfant, a battu le grand Douglas et fait échouer ses entreprises ; îl Ta fait une fois prisonnier, lui a rendu la liberté et s'en est fait un ami pour emboucher aujourd'hui la trompe retentissante du défi et ébranler la paix et la sûreté de notre trône. Que dis-tu de cela ? Percy, Northumberland, monseigneur l'archevêque d'York, Douglas , Mortimer, s'unissent contre nous, et déjà sont en armes.... Mais pourquoi t'informé-je de ces nouvelles? pourquoi, Henri, te parlé-je de mes ennemis à toi qui es mon plus proche comme mon plus cher * ennemi? Il n'est pas impossible que, subjugué par la crainte, entraîné par la bassesse de tes inclinations, ou par une suite de mécontentements, tu ne combattes bientôt contre moi à la solde de Percy,

i Dearest; c'est ici à la fois et le plus aimé et celui qui coûte le plus cher,

rampant à ses pieds, le saluant lorsqu'il fronce le sourcil, et pour montrer à quel point tu es dégénéré.

HENRI. — Ne le croyez pas; vous ne verrez rien de semblable ; et que le ciel pardonne à ceux qui m'ont fait perdre à ce point Testime de Votre Majesté ! C'est par la tête de Percy que je veux tout racheter ; et à la fin de quelque glorieusejournée, j'oserai vous dire que je suis votre fils, lorsque je me présenterai à vous, entièrement couvert d'une sanglante parure, et le visage caché sous un masque de sang. Ce sang une fois lavé, avec lui s'efiFacera ma honte, et ce jour sera le jour même, en quelque temps qu'il arrive, où ce jeune fils de la gloire et de la renommée, ce vaillant Hotspur, ce chevaherloué de tous, et votre Henri, auquel on ne songe pas, viendront à se mesurer ensemble. Les honneurs qui reposent sur son casque vont tous devenir le but de mes efforts ; plût au ciel qu'ils fussent en grand nombre, et sur ma tête toutes mes hontes redoublées ! Un temps viendra où je forcerai ce jouvenceau du nord à changer ses glorieuses actions contre mes indignités. Mon bon seigneur, Percy n'est que mon facteur ; il amasse pour moi des faits glorieux, et je luienferai rendre un compte si rigoureux, qu'il faudra qu'il me cède tous ses honneurs jusqu'au dernier ; oui, jusqu'au plus léger des mérites qui auront honoré sa vie, ou j'en arracherai le compte de son cœur. Voilà ce que je promets ici sur le nom de Dieu; et, s'il permet que je l'exécute, je conjure Votre Majesté que cet exploit serve à expier ma jeunesse et à guérir les cruelles blessures de mon intempérance. Si je n'y parviens pas, la vie en finissant rompt tous les engagements, et je mourrai cent mille fois avant de violer la moindre parcelle de ce serment.

LE ROI. — Dans ce serment est renfermée la mort de cent mille rebelles. Tu auras de l'emploi dans cette guerre et un commandement en chef. {Entre Blounl.) Qu'est-ce donc, brave Blount? tes regards annoncent un homme bien pressé.

BLOUNT. — Gomme les affaires dont je viens vous parler.

Page 1