‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 52 sur 301 · ACTE IV, SCÈNE î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE î

ché aujourd'hui mon ami et moi-même à des peines cruelles. C'est de grand cœur que nous payons vos obligeants services, avec les trois mille ducats qui étaient dus au Juif.

ANTONIO. — Et que de plus nous reconnaîtrons vous devoir à jamais notre attachement et nos services.

poRTiA. — On est payé, quand on est satisfait; je le suis d'avoir réussi à vous déUvrer ; ainsi donc, je me regarde comme très-bien payé. Mon âme n'a jamais été plus mercenaire que cela. Je vous prie de me reconnaître, quand il nous arrivera de nous rencontrer. Je vous souhaite toute sorte de bonheur et prends congé de vous.

BASSANio. — Mon cher monsieur, je ne puis m'empécher de faire encore mes efforts pour que vous acceptiez de nous quelque souvenir à titre de tribut et non de salaire. Accordez-moi deux choses, je vous prie, de ne me pas refuser, et de m'excuser.

PORTIA. — Vous me faites tant d'instances, que j'y cède. Donnez-moi vos gants, je les porterai en mémoire de vous : et, pour marque de votre amitié, je prendrai cette bague.... Ne retirez donc pas votre main, je ne veux rien de plus ! Votre amitié ne me la refusera pas.

BASSANIO. — Cette bague, mon bon monsieur I eh ! c'est une bagatelle ; je rougirais de vous faire un pareil présent.

PORTIA. — Je ne veux rien de plus que celte bague, et maintenant je me sens une grande envie de l'avoir.

BASSANIO. — Elle est pour moi d'une importance bien au-dessus de sa valeur. Je ferai chercher à son de trompe la plus belle bague de Venise, et je vous l'offrirai : pour celle-ci, je ne le puis, excusez-moi, de grâce.

PORTIA. — Je vois, monsieur, que vous êtes libéral en offre. Vous m'avez d'abord appris à demander, et maintenant, à ce qu'il me semble, vous m'apprenez comment on doit répondre à celui qui demande.

BASSANIO. — Mon bon monsieur, je tiens cette bague de ma femme ; lorsqu'elle la mit à mon doigt, elle me fit jurer de ne jamais la vendre, ni la donner, ni la perdre.

PORTIA. — Cette excuse sauve aux hommes bien des présents. A moins que votre femme ne soit folle, lors-

qu'elle saura combien j'ai mérité cette bague, elle ne se brouillera pas avec vous à tout jamais, pour me l'avoir donnée. C'est bien ; la paix soit avec vous !

(Sortent Poriia et Nérissa.)

ANTONIO.— Seigneur Bassanio, donnez-lui cette bague. Que ses services et mon amitié l'emportent sur Tordre de votre femme.

BASSANIO.— Allons. Va, Gratiano, tâche de le joindre.

Donne-lui la bague, et, s'il se peut, engage-le à venir

chez Antonio. Cours, dépêche-toi. [Gratiano sort,) Ren-

. dons-nous-y de ce pas. Demain de grand matin nous

volerons à Belmont. Venez, Antonio.

(lU sortent.)

Toujours à Venise. — Une rue.

Entretd PORTIA et NÉRISSA.

PORTiA. — Demande où est la maison du Juif; donnelui cet acte à signer. Nous partirons ce soir, et nous arriverons un jour avant nos maris. — Cet acte sera fort bien reçu de Lorenzo.

(Entre Gratiano.)

GRATIANO. — Mon beaù monsieur, soyez le bien retrouvé. Le seigneur Bassanio, après de plus amples réflexions, vous envoie cette bague et vous invite à diner.

PORTIA. — ^Je ne le puis. J'accepte sa bague ; dites-le-lui ainsi de ma part, je vous prie. — Enseignez, de plus, je vous prie, encore à ce jeune homme la demeure du vieux Shylock.

GRATIANO. — Je vais vous l'indiquer.

NÉRISSA. — Monsieur, je voudrais vous dire un mot. (A Portia,) Je veux essayer si je pourrai ravoir de mon mari la bague que je lui ai fait jurer de conserver toujours.

PORTIA. — Tu y parviendras, je t'en réponds.— Ils vont

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