CHAP I TRE I
A cognoissance des choses tant universelles que particulières gist en leurs principesetcommencements : desorte que nul ne se peut dire avoiracquis ce titre de cognoissance, s'il n'a pénétré dans les secrets les plus cachez de la chose cogneue, parce que d'autant plus qu'il ignoreroit sa source et son origine, tant plus il s'esloigneroit de son progrez et de sa fin. Ainsi nostre jugement seroit plustost limité d'une ignorance très-obscure
i . Cette préface, en deux chapitres , se retrouve , dans les Recueils en deux parties , à la suite des Préambules , sous le titre de : Fantasies tabarinesques ou tabariniques.
14 Recueil général, Chap. I.
qu'esclairé d'une notion parfaite. Nostre ame, qui à la recherche exacte des choses aiguise ses plus fortes conceptions, désire avec plus de véhémence de sçavoir leurs commencemens que leurs
'" 'C'est ce qui m'a esguilionné . en parlant de Tabarin, d'en rechercher la source, et me rendre certain tant de son extraction que de son origine. Ceste cognoissance me servira de planche pour passer à la suite de ce discours , parce qu'il est aisé, en cognoissant parfaictement sa cause et son essence, devenir en cognoissance ' des effects qui en peuvent naistre.
Pour l'ancienneté , l'ethimologie et dépendance du nom de Tabarin, les autheurs tant modernes qu'anciens en sont en grandes disputes : ainsi est-ce un différent digne d'exciter les plus subtils esprits et d'esveiller les jugements les plus solides pour le terminer.
Quant à l'ethimologie du nom, les uns le dérivent de îaberna, comme qui diroit tabarina, et certes bien à propos, veu que tous les discours tabariniques ne buttent qu'à la taverne, et à la mangeaille; les pointes les plus gaillardes de ce droguiste ne sont tirées que du fond de la marmite, ses devis les plus facétieux ne sentent que la cuisine, c'est pourquoy 2 le reprend ordinairement son maistre : et de cecy le mot françois nous en fournit de grandes preuves , et des apparences très-évidentes ; car Tabarin vaut autant à dire, si nous voulons un peu periphraser, que
i. Var. : d'acquérir la cognoissance.