‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 157 sur 270 · ÉPITRE A SES AMIS · texte numérisé non relu

ÉPITRE A SES AMIS

Ayez pitié, ayez pitié de moi

A tout le moins s’il vous plaît, mes amis.

En fosse gis, non pas sous houx ne mai,

En cet exil ouquel je suis transmis 80 Par Fortune, comme Dieu l’a permis.

Filles, amants, jeunes gens et nouveaux, Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux, Fins comme dards, aigus comme aiguillon, Gosierstintant clair comme cascaveaux, 85 Le laisserez là le pauvre Villon?

Chantres chantant à plaisance sans loi, Gallant, riant, plaisants en faits et dits, Courant, allant, francs de faux or, d’aloi,

74. Ni à toi ni à d’autres, il ne resterait un haillon. N’élait la providence de Dieu, je ruinerais le monde entier sans merci.

75. Car pour etc. lors : car alors au lieu de. — Feraie, trois syllabes.

EPITRE A SES AMIS. Titre allongé.

717,78. Imité du Livre de Job : Miseremini mei sallem vos amici mei.

79 Je gis en fosse, dans une fosse, c'est-à dire dans une chambre basse, celle de la prison qui était sans lumière. — Ne : ni. — Mai : arbre qu’on plantait le premier mai devant la porte des gens pour les fèter. — Non pas etc. Badinage signifiant : je ne suis pas à la noce.

80. Exil : cette prison même. —Onquel, contracté d’en lequel : dans lequel. — Transmis : envoyé.

81. Fortune, ici personnifiée. — Comme Dieu etc. Imité du Livre de Job : Quia manus Domini letigit me.

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