‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 205 sur 270 · DES CONTRAIRES · texte numérisé non relu

DES CONTRAIRES

Je meurs de seuf auprès de la fontaine, | Chaud comme feu et tremble dent à dent, 210 En mon pays suis enterre lointaine, | Lès un brasier frissonne tout ardent,

Nu comme un ver, vêtu en président,

Je ris en pleurs et attends sans espoir, | Confort reprends en triste désespoir, 215 Je m'éjouis et n'ai plaisir aucun,

Puissant je suis sans force et sans pouvoir,

Bien recueilli, débouté de chacun.

Rien ne m'est sûr que la chose incertaine,

Obscur fors ce qui est tout évident; 220 Doute ne fais fors en chose certaine,

Science tiens à soudain accident.

Je gagne tout et demeure perdant, |

Au point du jour dis : Dieu vous doint bonsoir,

DES CONTRAIRES, Titre ajouté. De 209. Ce vers, diversement commenté par les concurrents du concours de

Blois, sert de thème au poème pour un coq-à-l’âne multiplié, Ainsi entre autres Pierre Vidal :

. Ses peccat pris penedansa, etc.

210. Trembler dent à dent : claquer des dents. 212. Lés : à côlé de. — Ardent : brûlant.

213. En président. 11 s’agit d’un président de cour. 214. Je ris en pleurs. Ainsi Pierre Vidal :

E gaug entier de plorar.

215, Con/ort reprends : je reprends courage.

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