Voyez tome XII, page 15î
3. La langue latine fut introduite en Pologne par le clergé comme langue religieuse, et ensuite, à mesure que le clergé devenait plus puissant et plus influent, comme langue politique. 11 en est résulté une confusion singulière : « Le mot de république polonaise fut employé d'abord dans le sens général où les Romains le prenaient d'habitude , sans y attacher la condition de formes particulières du gou- Ternement. Les étrangers l'entendirent bientôt dans l'opposition qu'il a présentée chez la plupart des modernes aux doctrines et aux institutions de la monarchie. Les Polonais finirent par le comprendre comme on faisait au dehors, et c'est une chose curieuse que de suivre dans les écrivains ou les orateurs les progrès que fit cette méprise et les résultats qu'elle a enfantés. On en vint à s'épouvanter de tout rapport avec les royautés héréditaires et puissantes du reste de l'Europe, comme d'une infidélité aux traditions des ancêtres, aux constitutions antiques de l'État, au nom même adopté par la patrie. » M. db Salvandy, Histoire de Pologne, liv. I , page 63. — Le latin n*a pas du reste étouffé la langue polonaise, sœur des langues russe et bohème. (A. G.)
vail de ses mains appartiennent, et qui peuvent le vendre et regorger avec le bétail de la terre. Tout ce qui est gentilhomme ne dépend que de soi. Il faut, pour le juger dans une affaire criminelle, une assemblée entière de la nation: il ne peut être arrêté qu'après avoir été condamné ; ainsi il n'est presque jamais puni. II y en a beaucoup de pauvres; ceux-là se mettent au service des plus puissants, en reçoivent un salaire, font les fonctions les plus basses. Ils aiment mieux servir leurs égaux que de s'enrichir par le commerce; et, en pansant les chevaux de leurs maîtres, ils se donnent le titre d'électeurs des rois et de destructeurs des tyrans*.
Qui verrait un roi de Pologne dans la pompe de sa majesté royale le croirait le prince le plus absolu de l'Europe; c'est cependant celui qui l'est le moins. Les Polonais font réellement avec lui ce contrat qu'on suppose chez d'autres nations entre le souverain et les sujets. Le roi de Pologne, à son sacre même, et en jurant les pacta conventaj dispense ses sujets du serm^t d'obéissance en cas qu'il viole les lois de la république. '
Il nomme à toutes les charges, et confère tous les honneurs. Rien n'est héréditaire en Pologne que les terres et le rang de noble. Le fils d'un palatin et celui du roi n'ont nul droit aux dignités de leur père ; mais il y a cette grande différence entre le roi et la république, qu'il ne peut ôter aucune charge après l'avoir donnée, et que la république a le droit de lui ôter la couronne s'il transgressait les lois de l'État.
La noblesse, jalouse de sa liberté, vend souvent ses suffrages et rarement ses affections. A peine ont-ils élu un roi, qu'ils craignent son ambition, et lui opposent leurs cabales. Les grands qu'il a faits, et qu'il ne peut défaire, deviennent souvent ses ennemis, au lieu de rester ses créatures. Ceux qtii sont attachés à la cour sont l'objet de la haine du reste de la noblesse: ce qui forme toujours deux partis; division inévitable, et même nécessaire, dans des pays où l'on veut avoir des rois et conserver sa liberté.
Ce qui concerne la nation est réglé dans les états généraux qu'on appelle diètes. Ces états sont composés du corps du sénat
1. Au lieu des deux dernières lignes on lisait d'abord: « L'esclavage de la plus grande partie de la nation, et l'orgueil et Toisiveté de l'autre, font que les arts sont ignorés dans ce pays, d'ailleurs fertile, arrosé des plus beaux fleuves de l'Europo, et dans lequel il serait très-aisé de joindre par des canaux l'Océan septentrional ot la mer Noire, et d'embrasser le commerce de l'Europe et de l'Asie. Le peu d'ouvriers et de marchands qu'on voit en Pologne sont des étrangers, des Écossais, dos Français, des Juifs, qui achètent à vil prij^s denrées du pays, et vendent chèroment aux nobles de quoi satisfaire leur