‹ Œuvres complètes de VoltaireChapitre 138 sur 420 · LITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LITRE DEUXIÈME

eDToya même un calice d'or à une église de Suède, ce qui aurait sonleré contre lui les Polonais catholiques, si quelque chose aTait pu prévaloir contre la terreur de ses armes.

11 sortait de Cracovie bien résolu de poursuivre le roi Auguste sans relâche. A quelques milles de la ville, son cheval s'abattit, et lui fracassa la cuisse ^ Il fallut le reporter à Cracovie, où il demeura au lit six semaines entre les mains des chirurgiens. Cet accident donna à Auguste le loisir de respirer. Il fit aussitôt répandre dans la Pologne et dans Fempire que Charles XII était mort de sa chute. Cette fausse nouvelle , crue quelque temps , jeta tous les esprits dans Fétonnement et dans Tincertitude. Dans ce petit intervalle il assemble à Marienbourg, puis à Lublin, tous les ordres du royaume déjà convoqués à Sandomir. La foule y fut grande : peu de palatinats refusèrent d'y envoyer. Il regagna presque tous les esprits par des largesses, par des promesses, et par cette affabilité nécessaire aux rois absolus pour se faire aimer, et aux rois électifs pour se maintenir ^ La diète fut bientôt dé~ trompée de la fausse nouvelle de la mort du roi de Suède; mais le mouvement était déjà donné à ce grand corps : il se laissa emportera l'impulsion qu'il avait reçue; tous les membres jurèrent de demeurer fidèles à leur souverain; tant les compagnies sont sujettes aux variations. Le cardinal primat lui-même, affectant encore d'être attaché au roi Auguste, vint à la diète de Lublin ; il y baisa la main au roi, et ne refusa point de prêter le serment comme les autres. Ce serment consistait à jurer que Ton n'avait rien entrepris et qu'on n'entreprendrait rien contre Auguste. Le roi dispensa le cardinal de la première partie du serment, et le prélat jura le reste en rougissant. Le résultat de cette diète fut qne la république de Pologne entretiendrait une armée de cinquante mille hommes à ses dépens pour le service de son souverain; qu'on donnerait six semaines aux Suédois pour déclarer s'ils

1. D'autres auteurs placent cet accident avant Tentréo do Charles \II à Cracovie.

2. Ici une circonstance très-nccessaire à l'éclaircissement de Thistoire est onûiie. Les dépotés de la grande Pologne, à la diète de Lubliu, soupçonnés d'être partisans da roi de Suède, ne furent point admis à Tactivité. Dans leur diétino de relation, assemblées qui se tiennent ordinairement après la diète, ils exagérèrent Taffmnt fait aux palatinats et la lésion faite à la liberté. Animés d'ailleurs et soutenus par les Suédois, ils firent une confédération qui contenait le maintien du roi Auguste sur le trône, salvis junbus pactorum conventorum : clause fort sujette à interprétation, et à un examen douteux si le roi Tavait observée. Cette confédération, appt?lant d'autres palatinats pour se joindre à ceux de la grande Pologne, s'avança vers Varsovie où, dans rassemblée convoquée par le cardinal, Vexvinculatit n de Toléissance au roi de Pologne fut publiée. ( P.)

1% HrSTOIRE DE CHARLES XIL

voulaient la paix ou la guerre, et pareil terme aux princes de Hapieha, les premiers auteurs des troubles de Lithnanie, pour venir demander pardon au roi de Pologne.

Mais durant ces délibérations, Charles XII, guéri de sa blessure, renversait tout devant lui. Toujours ferme dans le dessein de forcer les Polonais à détrôner euxnnémes leur roi, il fit convoquer, par les intrigues du cardinal primat, une nouvelle assemblée à Varsovie , pour l'opposer à celle de Lublin. Ses généraux lui représentaient que cette affaire pourrait encore avoir des longueurs, et sévanouir dans des délais; que pendant ce temps les Moscovites s'aguerrissaient tous les jours contre les troupes qull avait laissées en Livonie et en Ingrie ; que les combats qui se donnaient souvent dans ces provinces entre les Suédois et les Russes n étaient pas toujours à l'avantage des premiers, et qu'enfin sa présence y serait peut-être bientôt nécessaire. Charies, aussi inébranlable dans ses projets que vif dans ses actions, leur répondit : u Quand je devrais rester ici cinquante ans , je n'en sortirai point que je n'aie détrôné le roi de Pologne. »

Il laissa l'assemblée de Varsovie combattre par des discours et par des écrits celle de Lublin , et chercher de quoi justifier ses procédés dans les lois du royaume; lois toujours équivoques, que chaque parti interprète à son gré, et que le succès seul rend incontestables. Pour lui, ayant augmenté ses troupes victorieuses de six mille hommes de cavalerie , et de huit mille d'infanterie , qu'il reçut de Suède, il marcha contre les restes de l'armée saxonne, quil avait battue à Clissau. et qui avait eu le temps de se rallier et de se grossir pendant que sa chute de cheval l'avait retenu au lit. Cette armée évitait ses appnurhes, et se retirait vers la Prusse, au nord-ouest de Varsovie. La rivière de Bug était entre lui et les ennemis. Charles passa à la nage, à la tète de sa cavalerie ; l'infanterie alla chercher un gué aunlessus. (!•' mai 1703) On arrive aux Saxons dans un lieu nommé Pullesh. Le général Stenau les commandait au nombre d'environ dix mille. Le roi de Suède, dans sa marche précipitée, n'en avait pas amené davantage, sûr qu'un moindre nombre lui suffisait. La terreur de ses armes était si grande que la moitié de l'armée saxonne s'enfuit à son approche sans rendre de combat. Le général Stenau fit ferme un moment avec deux régiments : le moment d'après il fut lui-même entraîné dans lafuitegénéraledeson armée, qui se dispersa avant d'être vaincue. Les Suédois ne firent pas mille prisonniers, et ne tuèrent pas six cents hommes, ayant plus de peine à les poursuivre qu'à les défaire.

Auguste, à qui il ne restait plus que les débris de ses Saxons,

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