ARRÊT DU PARLEMENT EN FAVEUR D'ARISTOTE. H
ARRÊT DU PARLEMENT EN FAVEUR D*ARISTOTE. HABILE FRIPONNERIE D*UN NONCE. MORT DE L*AVOCAT GÉNÉRAL SERVIN, EN PARLANT AU PAR- LEMENT.
Cette cruelle démence, de condamner aux flammes pour un crime qu'il est impossible de commettre, n'était pas particulière
il doit faire rendre aux églises catholiques les biens des églises protestantes de Béarn. Ainsi Ton vit un évêque louer un prince d*avoir commis un assassinat, afin d'obtenir de lui la permission de commettre un vol.
Un bomroc accusé d*avoir écrit un libelle contre Luines fut rompu vif; an autre, qui en avait fait une copie, fut pendu.
On en roua un troisième, sous prétexte qu'il avait voulu assassiner la reine mère. Mais au contraire c'était Luines qu'il voulait assassiner; il s'en était ouvert à un espion de Luines, qui faisait semblant d'en être ennemi ; et pour ne pas rendre cet espion suspect au parti de la reine, Luines imagina de substituer un projet contre la reine à un projet contre lui. On eut la précaution d'ordonner de brûler le procès de ce malheureux avec son corps. Il était prêtre, et l'espion qui le dénonçait était un homme de la cour.
On poursuivit avec fureur Bardin, secrétaire d'État sous Coucini. Enfermé à la Bastille, il fut interrogé par des conseillers d'État. Luines montra ses réponses au conseiller du grand conseil Lasnier, qui promit, d'après ces pièces, de faire rendre un arrêt de mort contre Bardin. Lasnier et La Greslière furent nommés ses rapporteurs. Bardin demanda d'être renvoyé au parlement en sa qualité de secrétaire du roi. On lui refusa son renvoi. H est singulier qu'en France on crût alors avoir besoin d*un privilège pour demander ce qui, dans tous les pays, est le droit de chaque citoyen. Bardin protesta contre les réponses extrajudiciaires qu'il avait faites aux conseillers d'État. Ses protestations ne furent pas écoutées.
Luines sollicita ouvertement tous les juges. Ceux qui résistèrent à la corruption crurent être-obligés, pour le sauver, de le condamner à un bannissement : exemple qnMmitèrent depuis les juges du surintendant Fouquet. Cependant déjà une voix de plus l'avait condamné à la mort, lorsqu'un des juges s'évanouit; revenu h lui, on le ramena dans l'assemblée : « Messieurs^ dit-il, vous voyez en quel état j'ai été ; Dieu m'a fait voir la iport, qui est une chose si horrible et si effroyable que Je ne puis me porter à condamner un innocent comme celui-ci, de qui il s'agit. J'ai oui quelques opinions qui vont au bannissement; s'il y en a quelqu'une plus douce, je prie le conseil de me le dire, afin que j'en sois. » Alors les jeunes conseillers revinrent presque tous à l'avis du bannissement; le président de Bercis, seul parmi les présidents, se joignit à eux, et Bardin fut sauvé. Voyez V Histoire de la Mère et du Fils, ( K.) ~ VHistoire de la Mère et du Fils, que citent las éditeurs de Kehl, fut publiée sous le nom de Mézeray, 1730, un volume in-4°, ou deux volumes. C'est la première partie des Mémoires du cardinal de Richelieu, imprimés pour la première fois en 1823, 10 volumes in-8<*. Dans le tome V^, pages 447 et 509, se retrouvent textuellement les deux passages que les éditeurs de Kehl ont goillemetés. Voyez aussi, tome XIV, le chapitre ii du Siècle de Louis XIV^ (B.)
à la France. Presque toute l'Europe était alors infectée de la croyance à la magie, aux possessions du diable, aux sortilèges de toute espèce. On condamnait même quelquefois des sorciers dans les pays protestants. Cette superstition était malheureusement liée à la religion. La raison humaine n'avait pas encore fait assez de progrès pour distinguer les temps où Dieu permettait que les Pharaons eussent des magiciens, et Saûl une pythonisse, d'avec les temps où nous vivons.
Il y a une autre espèce de superstition moins dangereuse, c'est un respect aveugle pour l'antiquité. Ce respect, qui a nui aux progrès de l'esprit pendant tant de siècles, était poussé pour Aristote jusqu'à la crédulité la plus servile. La fortune de ses écrits était bien changée de ce qu'elle avait été quand elle parut en France pour la première fois, du temps des Albigeois. Un concile alors avait condamné Aristote comme hérétique, mais depuis il avait régné despotiquement dans les écoles.
Il arriva qu'en 1624 deux chimistes parurent à Paris. La chimie était une science assez nouvelle. Ces chimistes admettaient cinq éléments diflférents des quatre éléments d'Aristote. Ils n'étaient pas non plus de son avis sur les catégories ni sur les formes substantielles. Ils publièrent des thèses contre ces opinions du philosophe grec. L'université cria à l'hérésie; elle présenta requête au parlement. La rumeur fut si grande que les nouveaux docteurs furent mis en prison , leurs thèses lacérées en leur présence par un huissier, les deux délinquants condamnés au bannissement du ressort du parlement ; enfin il fut défendu par le môme arrêt, sous peine de la vie, de soutenir aucune thèse sans la permission de la Faculté.
Il faut plaindre les temps où l'ignorance, et la fausse science encore pire, avilissaient ainsi la raison humaine : et malheureusement ces temps étaient bien proches du nôtre. Nous avions eu cependant des Montaigne, des Charron, des de Thou, desl'Hospital ; mais le peu de lumière qu'ils avaient apportée était éteinte, et cette lumière même n'éclaira jamais qu'un petit nombre d'hommes.
Si le parlement, ayant plus étudié les droits de la couronne et du royaume que la philosophie, tombait dans ces erreurs, qui étaient celles du temps, il continuait toujours à détruire une autre erreur que la cour de Rome avait voulu introduire dans tous les lieux et dans tous les temps, et qui était l'erreur de presque tous les ordres monastiques : c'était ce préjugé incroyable, établi depuis le pape Grégoire VII, que les rois sont jus-