août 1697. (Note de Voltaire
cien pratique, jusqu'au milieu de janvier 1698, et alors il partit pour TAngleterre, toujours à la suite de sa propre ambassade.
Le roi Guillaume lui envoya son yacht et deux vaisseaux de guerre. Sa manière de vivre fut la môme que celle qu'il s'était prescrite dans Amsterdam et dans Sardam. Il se logea près du grand chantier à Deptford, et ne s'occupa guère qu'à s'instruire. Les constructeurs hollandais ne lui avaient enseigné que leur méthode et leur routine : il connut mieux l'art en Angleterre; les vaisseaux s'y bâtissaient suivant des proportions mathématiques. Il se perfectionna dans cette science, et bientôt il en pouvait donner des leçons. Il travailla selon la méthode anglaise à la construction d'un vaisseau qui se trouva un des meilleurs voiliers de la mer. L'art de l'horlogerie, déjà perfectionné à Londres, attira son attention ; il en connut parfaitement toute la théorie. Le capitaine et ingénieur Perri, qui le suivit de Londres en Russie, dit que depuis la fonderie des canons jusqu'à la fllerie des cordes, il n'y eut aucun métier qu'il n'observât et auquel il ne mit la main toutes les fois qu'il était dans les ateliers.
On trouva bon, pour cultiver son amitié, qu'il engageât des ouvriers comme il avait fait en Hollande; mais outre les artisans, il eut ce qu'il n'aurait pas trouvé si aisément à Amsterdam, des mathématiciens. Fergusson, Écossais, bon géomètre, se mit à son service ; c'est lui qui a établi l'arithmétique en Russie, dans les bureaux des finances, où l'on ne se servait auparavant que de la méthode tartare de compter avec des boules enfilées dans du fil d'archal ; méthode qui suppléait à l'écriture, mais embarrassante et fautive, parce qu'après le calcul on ne peut voir si on s'est trompé. Nous n'avons connu les chiffres indiens dont nous nous servons que par les Arabes, au ix« siècle ; l'empire de Russie ne les a reçus que mille ans après : c'est le sort de tous les arts; ils ont fait lentement le tour du monde. Deux jeunes gens de l'école des mathématiques accompagnèrent Fergusson, et ce fut le commencement de l'école de marine que Pierre établit depuis. Il observait et calculait les éclipses avec Fergusson. L'ingénieur Perri, quoique très-mécontent de n'avoir pas été assez récompensé, avoue que Pierre s'était instruit dans l'astronomie : il connaissait bien les mouvements des corps célestes, et même les lois de la gravitation qui les dirige. Cette force si démontrée, et avant le grand Newton si inconnue, par laquelle toutes les planètes pèsent les unes sur les autres, et qui les retient dans leurs orbites, était déjà familière à un souverain de la Russie, tandis qu'ailleurs on se repaissait de tourbillons chimériques, et que dans
la patrie de Galilée des ignorants ordonnaient à des ignorants de croire la terre immobile.
Perri partit de son côté pour aller travailler à des jonctions de rivières, à des ponts, à des écluses. Le plan du czar était de faire communiquer par des canaux l'Océan, la mer Caspienne et la mer Noire. -
On ne doit pas omettre que des négociants anglais, à la tête desquels se mit le marquis de Garmathen, amiral, lui donnèrent quinze mille livres i^erling pour obtenir la permission de débiter du tabac en Russie. Le patriarche, par une sévérité mal entendue, avait proscrit cet objet de commerce ; PÉglise russe défendait le tabac comme un péché. Pierre, mieux instruit, et qui parmi tous les changements projetés méditait la réforme de TÉglise, introduisit ce commerce dans ses États.
Avant que Pierre quittât l'Angleterre, le roi Guillaume lui fit donner le spectacle le plus digne d'un tel hôte, celui d'une bataille navale. On ne se doutait pas alors que le czar en livrerait un jour de véritables contre les Suédois, et qu'il remporterait des victoires sur la mer Baltique. Enûn Guillaume lui fit présent du vaisseau sur lequel il avait coutume de passer en Hollande, nommé le Royal Transport, aussi bien construit que magnifique. Pierre retourna sur ce vaisseau en Hollande, à la fin de mai 1698. Il amenait avec lui trois capitaines de vaisseau de guerre, vingt-cinq patrons de vaisseau, nommés aussi capitaines, quarante lieutetenants, trente pilotes, trente chirurgiens, deux cent cinquante canonniers, et plus de trois cents artisans. Cette colonie d'hommes habiles en tout genre passa de Hollande à Archangel sur le Royal Transport, et de là fut répandue dans les endroits où leurs services étaient nécessaires. Ceux qui furent engagés à Amsterdam prirent la route de Narva, qui appartenait à la Suède.
Pendant qu'il faisait ainsi transporter les arts d'Angleterre et de Hollande dans son pays, les officiers qu'il avait envoyés à Rome et en Italie engageaient aussi quelques artistes. Son général Sheremetoff, qui était à la tète de son ambassade en Italie, allait de Rome à Naples, à Venise, à Malte; et le czar passa à Vienne avec les autres ambassadeurs. Il avait à voir la discipline guerrière des Allemands après les flottes anglaises et les ateliers de Hollande. La politique avait encore autant de part au voyage que l'instruction. L'empereur était l'allié nécessaire du czar contre les Turcs. Pierre vit Léopold incognito. Les deux monarques s'entretinrent debout pour éviter les embarras du cérémonial.
Il n'y eut rien de marqué dans son séjour à Vienne, que Tan-
é6S PREMIERE FARTIE. — CHAPITRE UL
ciesse fêle de r^fr et de rXi«toir % que LèopoM reBDWRcb immit IsU «t qui ii'afait point élé en nsage pendant son règne. Celte fSIe, qui se Domne trurichaffl^ se oéUiMe de «tle BuièreL LV pereor est fliôielier, flmpéntrice rhOtelière, le roi des les ardiidiics, les ardiiduebesses. scmt d'oidinaire les aides;, et lecoireot dans MiôteUerie toutes les natîcHis vHmècs à la plis anciemie mode de leur pays: ceux qui soot a^Mlés à la flHe firent au sort des billets. Sur chacun est éciit le nom de la nation et de la coédition qu'on doit représenter. Uun a un billet de mandarin dû- DOIS» Fautre de mirEa tartare, de satrape persan on de sénalenr romain : une princesse tire un billet dejardinière on de laitière; on prince est parsan ou soldaL On forme des danses convenables à toos ces caractères. Lliôte, rh<Messe, et sa funille, serrent à table.Tclle est randnine institution ' ; mais, dans cette occasion, le roi des Romains, iosepb, et la comtesse de Tnun représentèfent les andens ÈgjpdemB ; Farchiduc Cbaries ^ la comtesse de Talsletn figuraient les Flamands du temps de Cbaries-Quint L^ardiidncbesse Marie-Élisabetb ^ le comte de Tnun élaioit en Tartares; Farcbidudiesse Jos^ibine arec le comte de TorUa étaient à la persane; Farcbiducbesse Marianne ^ le prince Maximilien de HanoTre en paysans de la Xord-HoUande. Pierre sliabilla en paysan de Frise, et on ne lui adressa la parole qu*en cette qualité, en lui pariant toiqours du grand czar de Russie. Ce sont de trèspetites particularités : mais ce qui rappelle les anciennes monirs peut, à qaelqaes égards, mériter qu*on en parie.
Pierre était prêt à partir devienne pour aller acberer de slnstmire à Venise lorsqa'U eut la nouTeUe d'une réTolte qui troublait ses États.
1. Voluire a fait, en 1776, un dirertissement indtalé rHôie H r/Vdlessc U en derait, comme il le dit, Ildée à cette ancienne fête de la cour de Vienne ; Toyex tome VII de Im présente édition.